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"Je repasse le bac", épisode 4: l'oral et l'écrit de français

Les épreuves anticipées de français, orale et écrite, ont toujours lieu en classe de première. La journaliste de BFMTV qui va repasser le bac va également devoir plancher.

Douze œuvres complètes à étudier et quatorze textes à préparer pour l'oral - sept pour la filière technologique. Les élèves de première passeront au mois de juin l'écrit et l'oral de français, épreuves anticipées du baccalauréat. Deux épreuves qui ont été maintenues tout comme celle de philosophie ainsi que le grand oral - l'une des grandes nouveautés de la réforme du bac - malgré le contexte sanitaire et le passage au contrôle continu des épreuves de tronc commun et de spécialité.

Le contrôle continu va ainsi représenter 82% de la note finale de l'examen, l'épreuve de philosophie et celle du grand oral correspondant aux 18% restants. Par ailleurs, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé d'autres aménagements: pour la philosophie, la meilleure note retenue sera celle du contrôle continu ou de l'épreuve finale, quant au grand oral, les élèves pourront conserver les notes.

L'impression de ne rien savoir

Pour les élèves de première, tout comme moi qui ai décidé de repasser le bac dix-huit ans après l'avoir une première fois décroché, c'est une source conséquente de travail. Et à quelques jours des premières épreuves - pour les quelque 3000 à 4000 candidats individuels (candidats des établissements hors contrat, du Cned et candidats libres) qui passent le bac chaque année, toutes les épreuves finales sont maintenues - j'ai à la fois l'impression d'avoir bien avancé dans mes révisions et en même temps de ne rien savoir.

Je m'explique. J'ai bouclé les programmes d'enseignement scientifique, d'histoire, de géographie, de mes deux spécialités, j'ai lu et fiché dix des douze œuvres en français, j'ai plus ou moins identifié les quatorze textes à préparer pour l'oral, mais à chaque fois que je relis mes notes dans mes cahiers, j'ai l'impression de tout redécouvrir et de ne me rappeler de rien.

Chaque jour, je m'impose pourtant la révision d'un chapitre - que ce soit le calcul de l'interférence bayésienne pour l'enseignement scientifique, la crise de 1929 ou l'affirmation du tiers monde en histoire, la maritimisation de l'économie en géographie, les nouvelles formes de conflit ou l'élargissement de la notion de patrimoine pour ma spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques - mais c'est comme si je n'imprimais pas. Que ma mémoire était saturée et que plus rien ne pouvait y entrer et s'y fixer à moins d'en faire sortir quelque chose.

"C'est la course contre la montre"

Quant à la philosophie - j'en suis à peu près à la moitié du programme - épreuve lors de laquelle je n'avais pas exactement brillé il y a dix-huit ans, si je comprends les concepts, je ne suis pas certaine de me rappeler de grand chose le jour J. Et si je parviens à citer un ou deux auteurs par thématique - il y en a 17 au total dont l'art, le bonheur, le devoir, l'État, la justice ou l'inconscient - ce sera déjà un petit miracle. J'aimerais pouvoir travailler davantage, mais les deux ou trois heures que j'arrive à grapiller chaque jour m'imposent l'efficacité.

Une sensation que je ne suis pas la seule à partager. Pour Sonia Mollet, responsable du groupe lettres pour le syndicat enseignant Snes, "c'est la course contre la montre", déplore-t-elle pour BFMTV.com. Car si le nombre de textes à présenter le jour de l'oral pour l'épreuve français a été réduit - du fait du contexte sanitaire - de vingt à quatorze, cela serait insuffisant pour que les élèves abordent l'épreuve sereinement.

"Il faudrait également réduire de moitié le nombre d'objets d'étude (la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle, la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle, le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle, le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle, NDLR) pour l'épreuve écrite. Les collègues en sont réduits au bachotage."

La question de grammaire

Avec la pandémie de Covid-19, l'enseignement à distance ainsi que les cours en présentiel en demi-jauge, l'année scolaire et l'édition 2021 du bac auront été particuliers. D'autant que l'épreuve orale de français a été révisée: dorénavant, en plus de l'explication linéaire du texte à tenir sur huit minutes (évaluée sur huit points) et la présentation d'une œuvre littéraire de son choix (huit points également), une question de grammaire (deux points) sera également posée au candidat.

Sur un court extrait, je pourrai ainsi être interrogée sur la négation, les subordonnées conjontives ou l'interrogation. Le ministère précise néanmoins que "les notions rencontrées en classe de seconde (...) doivent être connues et mobilisables". Comme les accords dans le groupe nominal et entre le sujet et le verbe, les valeurs du verbe, le lexique, les relations au sein de la phrase complexe ou la syntaxe des propositions subordonnées relatives. Autant de notions qui s'improvisent difficilement.

"Cela peut paraître un gros investissement pour seulement deux points mais même si la réponse est inexacte, cela peut tout de même apporter 0,5 ou un point s'il y a du bon, voire 1,5 point si le relevé est exact, assure pour BFMTV.com Elodie Pinel, professeure agrégée de français dans un lycée de Saint-Germain-en-Laye, autrice pour Le Robert et enseignante pour les Bons Profs, un site de soutien scolaire en ligne qui propose des cours en vidéo. Il faut aller chercher les points."

Des points "faciles à gagner"

D'autant que, selon cette professeure, certains points seraient "faciles à gagner". La lecture à voix haute de l'extrait est en effet notée sur deux points. "Il suffit pour cela de s'entraîner, en faisant les liaisons, respectant le rythme et la métrique du vers ou le E muet si c'est de la poésie. Et avec de l'intonation qui donne vie à la lecture, indique cette enseignante. Pas besoin non plus d'être Gérard Depardieu ou Isabelle Huppert."

Autre conseil pour l'oral: adopter une attitude respectueuse, ni trop à l'aise ni désinvolte. "On n'est pas là pour saquer les élèves, poursuit Elodie Pinel, mais si on se fait couper la parole ou si l'élève se comporte comme si son propos était plus pertinent que nos remarques, ce sera mal vu."

Quant à l'épreuve écrite, Elodie Pinel met également en garde contre des points qui seraient à contrario faciles à perdre. Comme le risque de dresser un "catalogue" de figures de style dans le cadre du commentaire composé sans pour autant en donner la signification. "L'exercice que l'on demande à l'écrit, si l'élève ne choisit pas la dissertation, n'est pas le commentaire linéraire de l'oral. Il faut une problèmatique, un plan."

Les erreurs qui comptent double

Certaines erreurs seraient-elles rédhibitoires? Cette professeure évoque des maladresses repérées dans les copies de bac blanc de ses élèves, comme La Fontaine identifié comme un auteur du XVIIIe, voire du XIXe (c'est en réalité un auteur du XVIIe, du siècle de Louis 14) ou encore Rica, l'un des personnages des Lettres Persanes - un Perse en voyage en France - présenté en femme.

"Ça part mal dès le début, regrette Elodie Pinel. Mais si c'est la seule erreur, il n'y a pas mort d'homme. Le souci, c'est que souvent, ces erreurs sont des indices qui annoncent d'autres problèmes de compréhension ou de difficultés d'analyse. L'important reste de démontrer qu'on a compris le texte et d'argumenter. Je peux avoir un doute sur une hypothèse de lecture mais si la démonstration est solide, je suis ouverte à d'autres argumentations."

Reste que ce qui pècherait le plus dans les copies, ce ne serait pas les contresens mais les fautes de grammaire, d'orthographe, de conjugaison et de syntaxe. "On passe plus de temps à les corriger, au point que parfois, on ne comprend pas ce que veut dire l'élève", témoigne-t-elle. A priori, pour moi, la difficulté ne viendra pas de la forme mais plutôt du fond. Vais-je être capable de construire une dissertation ou un commentaire de texte - les derniers commencent à dater - qui tienne la route et à y placer des connaissances?

Des impasses

Reste qu'à quelques jours des premières épreuves - les écrits des deux langues vivantes le 19 mai, avant l'enseignement scientifique et l'histoire-géographie le lendemain - la pression est là, et bien là. Pour ne rien arranger, j'ai appris que mes collègues (et chefs) avaient parié sur mes résultats, certains auraient même misé sur une mention. Pure folie. Pour ma part, si je décroche le bac du premier coup, ce sera déjà une belle victoire.

D'autant que j'ai tout de même fait deux impasses: j'ai misé sur de beaux restes pour l'anglais, ma LV1, ce qui n'est pas le cas de ma LV2, l'espagnol. Je n'ai ni lu, ni écrit, ni parlé, ni entendu espagnol depuis une quinzaine d'années, à l'exception de la série La Casa de papel. Je vais peut-être quand même m'y remettre un peu pour essayer de faire vaguement illusion. Quant au sport (j'ai notamment choisi le demi-fond), l'affaire n'est pas non plus entendue: il faut que je gagne trente secondes sur le 800m pour espérer obtenir la moyenne.

Entre les insomnies et les cauchemars - la plupart du temps, c'est le même scénario: je découvre un sujet qui ne m'évoque rien, je réalise que je suis complètement passée à côté lors de mes révisions et c'est la panique totale - les prochaines semaines s'annoncent intenses, voire fébriles. L'écrit de français, c'est le 17 juin, et l'oral, entre le 21 juin et le 2 juillet.

Pour lire les précédents épisodes de la série, c'est ici. Le premier, "J'ai décidé de repasser le bac, 18 ans après l'avoir eu". Le second, "comment concilier reprise d'études et vie professionnelle". L'épisode 3, "comment se préparer au grand oral". Et l'épisode 5, "comment j'ai découvert que j'avais beaucoup trop bossé".

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV