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"Je repasse le bac", épisode 3: comment se préparer au grand oral

C'est l'une des nouveautés de la réforme du bac: le grand oral. Une épreuve de vingt minutes, seul, debout et sans notes face au jury. La journaliste de BFMTV qui va repasser le bac s'y prépare.

C'est la pièce-maîtresse de la réforme du bac qui entre en vigueur cette année pour les élèves de terminale. Le grand oral, un entretien d'une vingtaine de minutes face à deux enseignants. Debout et sans notes.

De quoi se ronger les ongles jusqu'à l'os pour des lycéens et lycéennes de 17 ou 18 ans qui n'ont jamais passé d'épreuve ou d'examen à l'oral - ils et elles n'ont même pas eu la première expérience des oraux de français l'année dernière puisqu'ils ont été annulés à cause de l'épidémie de Covid-19.

S'il a été décidé que pour l'édition du bac 2021, les épreuves de spécialité seraient évaluées en contrôle continu en raison de la situation sanitaire, en principe, le grand oral (comme l'épreuve de philosophie ainsi que l'oral et l'écrit de français pour les élèves de première) est maintenu.

Deux "questions" à préparer

Comme l'indique le ministère de l'Éducation nationale, le principe de cette épreuve est de former les lycéens "à prendre la parole en public de façon claire et convaincante" et d'utiliser leurs connaissances "pour créer une argumentation et montrer en quoi elles sont essentielles" pour leur projet de poursuite d'études.

En clair, les candidats doivent préparer deux "questions" - c'est-à-dire deux sujets d'exposé - de leur choix pouvant traiter une seule de leurs spécialités ou croiser les deux. C'est aussi l'autre nouveauté de la réforme du bac: les enseignements de spécialité, qui remplacent les anciennes filières L, ES ou S dans la voie générale. Trois sont à choisir en première pour n'en conserver que deux en terminale.

Les candidats qui passeront le bac en candidat libre, comme moi qui ai décidé de le repasser dix-huit ans après l'avoir décroché une première fois, n'y échapperont pas. Pour ma part, je vais puiser dans ma spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques. Et j'envisage un sujet sur la conquête de mars, un autre autour de la mémoire de la guerre d'Algérie.

Pour l'anecdote, lorsque j'ai passé le bac en 2003, les travaux personnels encadrés (TPE) existaient toujours et j'avais déjà choisi ce thème. Nous avions réalisé, avec une amie de ma classe, un petit mémoire d'une trentaine de pages croisant philosophie et histoire que nous avions ensuite présenté à l'oral. "La Recherche de la vérité au sujet de la guerre d'Algérie aggrave-t-elle la culpabilité ou facilite-t-elle le travail de la mémoire?" - c'était le titre de notre TPE - nous avait rapporté 19/20. De quoi faire remonter certaines notes un peu moins glorieuses.

Adopter un point de vue

Mais il va falloir préciser les choses. Car comme l'explique à BFMTV.com le professeur d'histoire-géographie Alain Mantez, membre du collectif Les Bons Profs qui propose des cours en vidéo, plus le sujet sera précis, plus il sera original et in fine apprécié.

"Il ne faut pas hésiter à être, dans une certaine mesure, polémique et à adopter un point de vue, un regard, voire prendre position. Vous serez davantage jugé sur votre originalité et votre capacité à argumenter. Donc plus le sujet sera personnel, voire rattaché à l'histoire familiale, aux expériences ou au vécu de l'élève, plus il sera facile pour lui de le défendre."

Autre recommandation d'Alain Mantez: croiser les deux spécialités. "Vous avez tout intérêt à montrer, à l'oral, que vous maîtrisez vos différentes spécialités." Si le jury n'attend pas de l'élève qu'il déroule un cours détaillé, ce dernier devra en revanche convaincre les deux enseignants qui pourront représenter d'autres spécialités que celles choisies par l'élève.

5 minutes debout, sans notes

Concrètement, le grand oral se déroule en trois temps: 5 minutes pour présenter l'un des deux sujets préparés en amont (c'est le jury qui décidera le jour J sur quelle question portera l'épreuve), 10 minutes d'échanges avec les deux examinateurs et enfin une discussion de 5 minutes autour du projet d'orientation de l'élève.

Le candidat aura également 20 minutes de préparation et pourra remettre un document au jury. Bertrand Galliot, professeur de mathématiques et directeur pédagogique de Les Bons Profs, conseille ainsi de rédiger le plan de son argumentation. "Cela pourra servir d'appui, recommande-t-il à BFMTV.com. Si, à un moment, l'élève perd le fil ou panique, le jury pourra le relancer. Mais ce n'est pas du tout obligatoire et cela peut tout à fait prendre une autre forme."

Si je dois avouer que l'épreuve de philosophie reste pour moi une conséquente source d'angoisses - je n'avais pas précisément brillé lors de mon premier bac - je reconnais que la perspective d'une prise de parole autour d'un sujet préalablement étudié m'inquiète un peu moins. Je n'irai pas non plus jusqu'à dire "les doigts dans le nez" mais mes dix-huit années de plus que mes camarades lycéens me donnent un petit avantage.

Notamment celle de l'expérience. De mes nombreuses "colles" en classe préparatoire - des interrogations orales - aux exposés en TD à l'université, en passant par les oraux des concours des écoles de journalisme et jusqu'aux entretiens d'embauche, on se sent un peu plus armé à 36 ans.

Gérer le stress face au jury

Premier conseil de la comédienne Anna Fournier, qui a mis au point des tutos pour le grand oral sur la plateforme éducative Lumni, prendre conscience que son corps parle autant que sa voix. "Dès les premières secondes, dès que l'on entre dans la salle, les premières impressions sont importantes", explique-t-elle pour BFMTV.com.

Car la communication non verbale envoie des signaux, positifs ou négatifs. Cela passe par la manière dont on se présente, s'habille, se tient ou regarde le jury qui participent tout autant à l'exercice. Si cette professionnelle de l'art oratoire recommande d'y faire attention - gestes parasites, langage familier ou tenues vestimentaires extravagantes - elle assure qu'il n'est pas non plus nécessaire de se renier complètement.

"Ce n'est pas un problème de rougir ou d'être timide, on ne demande pas à des lycéens d'être des superhéros. On peut même formuler son émotion et dire qu'on est très stressé ou mal à l'aise, un candidat ne sera jamais pénalisé parce qu'il exprimera ses émotions."

Bégayer comme Jean-Pierre Bacri

Anna Fournier invite cependant candidats et candidates à s'imposer quelques règles: ne pas tenter d'analyser les moindres gestes du jury et ne pas essayer non plus d'imaginer ce qu'il pense.

"Ce n'est pas parce qu'un professeur va jeter un œil à sa montre, regarder au plafond, bâiller ou gargouiller que ce que vous dites n'a aucun intérêt, met-elle en garde. Il faut à tout prix s'empêcher de lire quoi que ce soit dans leur regard car à tous les coups, on finit par imaginer que ce qu'on dit est nul. Et c'est là qu'on perd ses moyens."

Dernier point sur lequel cette comédienne appelle à ne pas trop se mettre la pression: l'aisance à l'oral. Ce n'est pas grave de bégayer, buter sur des mots, se tromper et se reprendre, "l'important, c'est de ne pas paniquer", ajoute-t-elle.

"On peut penser à ces grands orateurs qui avaient une diction très particulière, chevrotante comme André Malraux ou bégayante comme Jean-Pierre Bacri. C'est notamment pour cela qu'ils étaient appréciés. La fluidité à l'oral, c'est un métier et il n'y a pas une seule manière de bien parler."

Lycéens, lycéennes et moi-même avons jusqu'au 21 juin - date de début des épreuves du grand oral qui se tiendra jusqu'au 2 juillet - pour s'entraîner.

Pour lire les précédents épisodes de la série, c'est ici. Le premier, "J'ai décidé de repasser le bac, 18 ans après l'avoir eu". Le second, "comment concilier reprise d'études et vie professionnelle". Le quatrième, "l'oral et l'écrit de français". L'épisode 5, "comment j'ai découvert que j'avais beaucoup trop bossé". Le sixième: "à quelques jours de l'épreuve, l'angoisse de la philo". L'épisode 7, "comment j'ai survécu à la philo". Le huitième: "le soulagement après le grand oral". Et le dernier: l'heure du verdict.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV