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"Je repasse le bac", épisode 2: comment concilier reprise d'études et vie professionnelle

Une journaliste de BFMTV a décidé de repasser le bac. Dans ce deuxième épisode, elle évoque ses difficultés pour concilier vie professionnelle, vie de famille et bachotage.

Depuis que j'ai décidé de repasser le bac, ma vie n'est plus la même et mes journées ont pris une teinte scolaire. J'ai 36 ans, je suis journaliste à BFMTV.com et dix-huit ans après avoir été une première fois bachelière, je me relance dans l'aventure du bac.

Ce qui suppose quelques renoncements. Terminé les loisirs - même s'ils étaient déjà fortement réduits par les confinements/couvre-feu/fermetures de restaurants, cinémas, musées et théâtres imposés par la pandémie de Covid-19. Toute distraction ou activité qui ne serait pas en lien direct avec le programme est repoussée au 7 juillet, lendemain des résultats du bac 2021. Voire au 10, si oraux de rattrapage il y a.

Quel calendrier?

La première difficulté, c'est l'absence de calendrier. En principe, j'aurais dû être convoquée, en plus des épreuves finales, pour des évaluations ponctuelles - au titre du contrôle continu instauré par la réforme du bac - comptant pour 40% de la note finale. Mais le ministère de l'Éducation nationale a annoncé fin janvier l'annulation des épreuves de spécialité, qui devaient initialement se tenir du 15 au 17 mars, au profit du contrôle continu.

Début novembre, le ministre Jean-Michel Blanquer avait déjà prévenu que les épreuves finales (les deux langues, l'histoire-géographie, l'enseignement scientifique pour la filière générale ou les mathématiques pour la filière technologique) seraient évaluées au contrôle continu. Seules deux épreuves restent ainsi maintenues: celle de philosophie - le 17 juin - et le grand oral - du 21 juin au 2 juillet - pièce-maîtresse du nouveau bac. Ce qui évidemment ne concerne pas les candidats individuels. Mais pour l'instant, impossible de savoir si, pour nous, ces épreuves se tiendront tout de même comme prévu ou si elles auront lieu plus tard, juin voire septembre m'ont été évoqués.

Toujours est-il que je n'ai pas attendu que le calendrier des épreuves soit fixé pour commencer à bosser. Je me suis procuré les manuels des programmes ainsi que les œuvres littéraires pour les épreuves anticipées de français qui ont en principe lieu en classe de première. Pour certaines d'entre elles, j'ai même récupéré les livres annotés de ma mère, étudiante il y a une cinquantaine d'années.

Pas la bosse des maths

Première surprise: les programmes sont véritablement passionnants et font écho aux enjeux, climatiques comme sociétaux, du monde contemporain. Je gardais, sans doute à tort, un souvenir très scolaire voire rébarbatif de mes années lycéennes. Je me plonge aujourd'hui avec appétit dans les manuels.

Voyez plutôt: pour l'enseignement scientifique, il est question de l'atmosphère terrestre, du système climatique, des énergies renouvelables ou encore de la biodiversité et de son évolution.

Reste que mon plus gros problème, c'est le manque de temps. Avec un travail et un enfant en bas âge, cela ne laisse que les soirées pour réviser. Bien loin d'être suffisant. La rédaction en chef a donc proposé que je consacre une heure de ma journée de travail au bachotage. Avec en plus les deux heures du soir, il va falloir être efficace.

Et c'est là que ça pèche. Car si j'avance doucement mais sûrement dans le programme - j'ai bouclé l'une de mes deux spécialités (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) ainsi que l'enseignement scientifique et j'attaque la lecture de la cinquième œuvre littéraire sur douze - je crains déjà que mon assiduité à la tâche soit loin de rimer avec efficacité.

Mes cahiers d'enseignement scientifique et de l'une de mes deux spécialités (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques)
Mes cahiers d'enseignement scientifique et de l'une de mes deux spécialités (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) © CHA

Durant mes révisions, je me suis plusieurs fois surprise à chuchoter "Mais je suis vraiment censée savoir ça?" - notamment pour une carte des ressources de l'Alaska ou la chronologie des recherches sur la radioactivité - phrase que je prononçais déjà avec sidération en 2003. Ce qui m'a poussée à noter absolument tout, pas loin de recopier les manuels. Mes cahiers sont noirs de notes, parfaitement illisibles, sans espace, surlignage ou couleurs différentes. Rendons-nous à l'évidence, j'ai perdu la main. J'ai visiblement oublié le b.a.-ba de la prise de notes. D'autant qu'il paraît évident que je ne me rappelerai jamais de tout.

Coefficient 16

Il va falloir que je m'y prenne autrement. Selon Julien Bodin, coach et formateur pour Même pas cap qui accompagne des personnes en reconversion professionnelle, la première chose va consister à me fixer des priorités. Mais aussi faire des impasses.

"Il faut travailler par objectifs, c'est comme cela qu'on est efficace, explique-t-il pour BFMTV.com. D'autant que l'objectif final c'est d'avoir le bac, pas de devenir une spécialiste du changement climatique ou des énergies renouvelables."

Il y aurait donc, selon lui, des sujets sur lesquels je pourrais passer plus ou moins de temps. "Si les maths ne sont pas votre point fort, inutile de perdre du temps à essayer de retenir des formules et des calculs alors que vous pourrez certainement récupérer des points ailleurs." L'enseignement scientifique comprenant des maths, de la physique-chimie mais aussi des sciences de la vie et de la Terre - qui me semblent bien plus abordables pour un esprit rétif aux chiffres et aux nombres - il va falloir que je me concentre là-dessus.

Les manuels des programmes et une partie des œuvres à étudier pour le bac 2021.
Les manuels des programmes et une partie des œuvres à étudier pour le bac 2021. © CHA

La méthode 80-20

"Il faut également parvenir à identifier rapidement les matières où vous pourrez récupérer un maximum de points. Et se focaliser sur vos forces", ajoute Julien Bodin. Si l'on se penche sur les coefficients, l'affaire est entendue: 8 pour la philosophie (je n'avais pas exactement brillé dans cette matière lors de mon premier bac), 10 pour le grand oral et 16 pour les deux enseignements de spécialité. A contrario du français, coefficients 5 à l'oral comme à l'écrit.

Autre recommandation de ce spécialiste de la reprise d'études en activité: arrêter de vouloir tout noter pour ne se concentrer que sur l'essentiel. L'objectif, c'est le 80-20, poursuit Julien Bodin.

"Comment, avec 20% de mon temps, je peux réussir à 80% du résultat. Vouloir être exhaustif et chercher le 100%, c'est la meilleure façon pour ne se souvenir de rien et c'est une stratégie vouée à l'échec. En plus, cela ajoute du stress, le pire ennemi de l'apprentissage. Avec le stress, la mémoire devient une passoire."

Stimuler la mémoire

L'autre faiblesse dans ma méthode de travail: tout aborder d'un coup et tout ranger une fois que le chapitre est terminé. Grossière erreur. Pour Noémi Pineau, qui propose du coaching en méthodologie de travail, la clé de la réussite réside avant tout dans l'actualisation des connaissances. "Pour mémoriser, il faut être actif, indique-t-elle à BFMTV.com. Cela passe par des QCM, des auto-interrogations sur une feuille blanche ou à l'oral."

Selon cette spécialiste de la réussite scolaire, revoir et répéter le plus tôt et le plus régulièrement possible sans attendre que les connaissances ne s'accumulent stimuleraient le processus de mémorisation.

"On peut s'y prendre par petits blocs, par chapitre, se réexpliquer les choses. C'est comme cela que la mémoire se crée. Peu importent les lacunes, ce qui compte c'est de trouver sa bonne tactique."

Bon, je vais tenter de m'y tenir: réserver une heure par jour aux révisions de ce qui a été vu la veille au soir. J'avoue avoir deux ou trois soirs dérogé à la règle - et à en avoir culpabilisé - la faute à Omar Sy et son Lupin. Il me reste cinq mois pour boucler huit disciplines à raison de trois heures de travail par jour. Faisable, estime Isabelle Bui, coach et formatrice, membre du réseau Cap-Cohérences. À condition de s'imposer rigueur et auto-discipline.

"Concilier vie professionnelle et reprise d'études, on ne peut clairement pas faire ça sur un coup de tête, il y a tout un écosystème à trouver, pointe-t-elle pour BFMTV.com. Mais ce n'est pas impossible. Nous sommes faits pour continuer à apprendre toute notre vie."

Pour lire les précédents épisodes de la série, c'est ici. Le premier, "J'ai décidé de repasser le bac, 18 ans après l'avoir eu". L'épisode 3, "comment se préparer au grand oral". Le quatrième épisode, "l'oral et l'écrit de français". L'épisode 5, "comment j'ai découvert que j'avais beaucoup trop bossé". L'épisode 6: "à quelques jours de l'épreuve, l'angoisse de la philo". L'épisode 7: "comment j'ai survécu à la philo". Le huitième: "le soulagement après le grand oral". Et le dernier: l'heure du verdict.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV