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"Je repasse le bac", épisode 6: à quelques jours de l'épreuve, l'angoisse de la philo

La journaliste de BFMTV qui repasse le bac va elle aussi devoir passer par l'emblématique épreuve de philosophie. Dans cet épisode, elle planche pour un bac blanc. En conditions réelles.

Le 17 juin prochain au matin, les quelque 725.760 candidats aux baccalauréats général et technologique plancheront sur la philosophie, l'une des épreuves finales maintenues, avec le grand oral, du fait des nombreuses perturbations causées par le Covid-19. Toutes les autres matières sont en effet évaluées cette année au contrôle continu, ce qui avait été le cas pour l'édition du bac 2020 du fait de la pandémie.

En principe, la réforme du bac prévoyait déjà la mise en place du contrôle continu qui devait compter pour 40% de la note finale. Mais compte tenu du contexte sanitaire, des semaines de cours en distanciel et de l'année scolaire perturbée par le coronavirus, des aménagements ont été annoncés. Le contrôle continu représentera ainsi 82% de la note finale.

Quant à la philosophie, elle comptera pour 8% - 10% pour le grand oral - sachant que seule la meilleure note entre celle obtenue à l'issue de l'épreuve du 17 juin et la moyenne de l'année sera conservée. De quoi rassurer les élèves de terminale, parfois effrayés par cette épreuve emblématique. Ce qui n'est pas le cas des candidats individuels et libres - entre 3000 à 4000 chaque année - pour qui la débâcle en philo n'est pas permise.

Ma terreur: la philo

C'est mon cas, moi qui ai décidé de repasser le bac dix-huit ans après l'avoir décroché une première fois. Si je potasse les programmes et fiche les manuels depuis neuf mois, la philosophie - dont la note comptera coefficient 8 pour les candidats individuels - me donne toujours autant de sueurs froides. Il faut dire que je pars de loin: en 2003, lorsque j'étais en terminale, on ne peut pas dire que j'aie excellé à cette épreuve. Le sujet que j'avais choisi: "L'idée d'une liberté totale a-t-elle un sens?"

Bon, il y a prescription, je peux bien l'avouer: j'ai eu 6/20. Et honnêtement, ce 6/20 me semble déjà très généreux tant ma copie ne brillait pas par son excellence. Coefficient 7 (j'étais en L, qui a disparu avec les filières S et ES avec la réforme au profit des enseignements de spécialité), je vous laisse imaginer les dégâts si je n'avais pas eu de bonnes, voire de très bonnes notes, dans les autres matières. Sans elles, je n'aurais certainement pas été bachelière cette année-là, pas même rattrapable à l'oral.

Au programme cette année: 17 notions, dont la raison, la vérité, la technique, l'inconscient ou le temps. Autre aménagement annoncé par le ministère de l'Éducation nationale: un sujet supplémentaire de dissertation au choix. Ce qui en fait trois, sans compter le commentaire composé, chacun traitant une notion différente. Pour ma part, je n'ai pas tenté de jouer les pronostics et de parier sur les sujets qui pourraient potentiellement tomber ou ne pas tomber. J'ai tout travaillé, sans exception - pour information, il semble que l'art, la liberté, la justice et l'État reviennent plus souvent que le devoir, le travail ou la société.

De 6... à 13/20

Du coup, à une semaine du jour J, nous avons décidé d'organiser un bac blanc de philo à la rédaction de BFMTV. En conditions réelles: quatre heures, pas une minute de plus, et découverte des sujets au top départ du chrono. J'ai choisi "le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous ses désirs?" prête à réciter les notions que j'ai soigneusement apprises par cœur. Au total, ma disseration comptera onze pages et une vingtaine de références philosophiques.

Beaucoup trop, met en garde le professeur de philosophie Gilles Vervisch qui a accepté de se prêter au jeu et de corriger mon devoir. Cet enseignant sait de quoi il parle: c'est justement ce qui a péché lorsqu'il a lui-même passé le bac. Il avait d'ailleurs lui aussi décroché un 6/20 à sa dissertation. "J'avais la mauvaise méthode, se souvient-il pour BFMTV.com. J'avais appris par cœur des citations dont je n'ai rien fait." Sur ce sujet, point trop n'en faut, donc.

"Maximum une référence par paragraphe, recommande-t-il pour BFMTV.com. Mais il peut n'y en avoir qu'une seule par grande partie. Ce qu'il faut absolument éviter, c'est la débauche d'auteurs et le catalogue de citations. Il ne faut pas épuiser le sujet. Citer un auteur, ce n'est là que pour soutenir votre argument."

Même analyse pour le professeur de philosophie Olivier Dhilly pour qui les citations ne doivent pas prendre la forme d'un name-dropping mais faire sens et surtout être développées.

"Ce n'est pas parce qu'on cite un philosophe célèbre que cela fait un argument", prévient-il pour BFMTV.com.

D'ailleurs, selon lui, on peut tout à fait rédiger une bonne copie de philosophie sans aucune référence philosophique. N'empêche que Gilles Vervisch m'a tout de même attribué "entre 13 et 14/20", un résultat qui dépasse largement mes espérances. La moyenne m'aurait déjà comblée. Avec un 13 ou un 14, je plus que double mon piètre résultat de 2003.

Game of Thones ou Breaking Bad

Pour Gilles Vervisch, auteur de Star Wars, la philo contre-attaque et de Comment échapper à l'ennui du dimanche après-midi, la philosophie n'a rien de la loterie que certains candidats s'imaginent parfois.

"On n'est pas là pour saquer les élèves. L'idée, c'est moins de sanctionner les défauts que de valoriser les qualités."

Et dans la philosophie comme ailleurs, tout est bon, assure encore cet enseignant. Il invite d'ailleurs les candidats à ne pas hésiter à faire appel à la pop culture en accroche de leur dissertation. Aucun problème donc à citer Game of Thrones, Breaking Bad ou un slogan publicitaire si le sujet s'y prête. Le tout est d'argumenter.

"Une dissertation de philosophie, c'est un point de vue que l'on défend. Tous les points de vue peuvent être défendus pourvus qu'ils soient argumentés. Le correcteur n'est pas là pour être d'accord ou pas d'accord avec le candidat. Ce qu'on évalue, ce sont les critères de construction de la pensée."

"C'est un jeu de construction"

Il y a tout de même certains impératifs du genre: une problématisation du sujet dès l'introduction, un plan construit de manière logique et cohérente et une analyse conceptuelle des notions en jeu. Une bonne dissertation serait ainsi une dissertation bien construite. "C'est un jeu de construction", ajoute Gilles Vervisch, qui doit afficher trois sous-parties par partie. Et selon lui, mieux vaut opter pour un plan en deux parties qu'en trois si cette dernière est hors sujet.

"Les deux parties peuvent être contradictoires mais tout aussi légitimes. La première permet souvent de défendre la position du sens commun et la troisième prend la forme d'une résolution. Dans une dissertation idéale, chaque paragraphe est une réponse à l'objection émise dans le paragraphe précédent. Cela donne une cascade de neuf sous-parties qui se répondent, de la plus évidente à la plus complexe."

Quant à la longueur de la copie, "pas plus de six à huit pages", recommande Gilles Vervisch, "plus, c'est souvent bavard et il y a du déchet". Il va donc falloir que je synthétise.

Des conseils pour le jour J

À quelques jours de l'épreuve, le professeur Olivier Dhilly, auteur de Philosophie - La boîte à outils, formule quant à lui plusieurs recommandations aux candidats.

"Relire ses cours ainsi que les extraits de textes étudiés et vos propres devoirs pour éviter de commettre les mêmes erreurs."

Cet enseignant glisse encore quelques conseils pour le jour J: rester et profiter des quatre heures proposées - "c'est court pour un devoir de philosophie" - et rappelle également que le sujet n'est pas un prétexte à une récitation de cours.

"C'est une question précise qui est posée et on n'y répond pas en juxtaposant une quantité d'idées. Il ne faut pas non plus voir le sujet de dissertation comme un sujet de méditation. Ce qui est évalué, c'est la capacité à argumenter. On ne demande pas l'avis personnel du candidat mais un développement construit et étayé."

Message reçu. Verdict le 17 juin.

Pour lire les précédents épisodes de la série, c'est ici. Le premier, "J'ai décidé de repasser le bac, 18 ans après l'avoir eu". Le second, "comment concilier reprise d'études et vie professionnelle". L'épisode 3, "comment se préparer au grand oral". Le quatrième épisode, "l'oral et l'écrit de français". L'épisode 5, "comment j'ai découvert que j'avais beaucoup trop bossé". Le septième épisode: "comment j'ai survécu à la philo". Le huitième: "le soulagement après le grand oral". Et le dernier: l'heure du verdict.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV