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Bac: ils nous racontent leurs meilleurs souvenirs de l'épreuve de philo

Un lycéen pendant une épreuve du baccalauréat en juin 2017.

Un lycéen pendant une épreuve du baccalauréat en juin 2017. - MARTIN BUREAU

Alors que se tiendra le 17 juin l'épreuve de philosophie du baccalauréat, d'anciens bacheliers et bachelières racontent à BFMTV.com leur souvenir - amusant ou douloureux - de leur dissertation.

Les élèves de terminale plancheront le 17 juin sur l'une des rares épreuves du baccalauréat maintenues du fait du contexte sanitaire. Cette année, alors que le bac a fait peau neuve dans le cadre de la réforme du lycée - suppression des filières, nouvelles disciplines et création du grand oral - la pandémie de Covid-19 a annulé une grande partie des épreuves, passées au contrôle continu. Plusieurs anciens bacheliers évoquent pour BFMTV.com cette épreuve, qui a parfois été pour eux étonnante, traumatique ou providentielle.

Amoureuse de la philo... et de son enseignant

Sarah*, une journaliste de 34 ans, a passé et obtenu un bac littéraire (L) en 2005 dans la région bordelaise. Elle se souvient de son année de terminale comme d'une révélation: elle est tombée amoureuse de la philosophie. Et de son prof. "Il était super beau, il avait 39 ans, moi 17, c'est un peu cliché mais je buvais ses paroles", raconte la jeune femme à BFMTV.com. Toute l'année, ses notes sont excellentes et oscillent entre 15 et 16/20.

"J'adorais cette matière, j'étais la première de ma classe ou la deuxième, au coude-à-coude avec une autre élève. Je lisais tout sur tout. Un jour, j'ai découvert que mon prof aimait particulièrement Cioran, un philosophe roumain du XXe siècle. Du coup, j'ai tout lu de lui, j'apprenais par cœur des citations et j'essayais de les replacer dans mes dissertations pour lui faire plaisir."

Le jour de l'épreuve, la jeune fille est confiante, bardée de références et de connaissances, "surtout des philosophes antiques". Et de Cioran, évidemment. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Elle choisit pour sujet: "Le juste et l'injuste ne sont-ils que des conventions?"

"Ça se passe bien, je me dis que j'ai cartonné. J'étais vraiment sûre de moi. Et puis en fait, le jour des résultats, je découvre que j'ai eu un pauvre 10. Je l'ai hyper mal vécu, des élèves moyens pendant l'année avaient eu une meilleure note que moi. Ce n'est pas non plus honteux 10 mais j'ai été vexée comme un pou."

Elle comprend aujourd'hui qu'elle a certainement "pêché par orgueuil" et que son étalage de connaissances a dû manquer de raisonnement. Mais Sarah a ensuite pris sa revanche. "J'ai quand même réussi à avoir un master 2 de philo politique avec mention." Car le bac en poche, la bachelière se tourne vers la philosophie à la Sorbonne. "J'ai même failli faire de la recherche", ajoute-t-elle. Si elle assure avoir "tout oublié" de ses années de philo, elle a tout de même conservé ses livres de Cioran et a pris, à distance, des nouvelles de son ancien enseignant. "Il est toujours prof."

Le cours par cœur pour imiter sa prof

Anna Fournier, une comédienne de 33 ans, a elle aussi décroché un bac L à Brest, en 2005. Mais a choisi le second sujet de dissertation - "Le langage ne sert-il qu'à communiquer?" - pour une raison très simple: elle connaissait le cours de son enseignante par cœur.

"Depuis le collège et la classe de 3e, je faisais en fin d'année des petits sketchs d'imitation de mes profs, témoigne-t-elle pour BFMTV.com. Ça leur plaisait beaucoup, du coup j'ai continué. J'avais déjà des envies de théâtre et une démarche de comédienne."

Alors en terminale, pour que le sketch prévu à la fin de l'année soit fidèle à la réalité, Anna Fournier enregistre sa professeure de philosophie, "une femme géniale, brillante". Quatre heures de cours sur le langage qu'elle écoute, réécoute et réécoute encore pour reprendre ses intonations, des tics de langage, son timbre de voix.

Le jour de l'épreuve, coup de chance inattendu, inouï et providentiel: l'un des deux sujets porte justement sur le langage. "Quand j'ai découvert le sujet, c'était magique", se rappelle-t-elle. En deux heures trente sur les quatre prévues, la dissertation est bouclée. "J'avais tout dans la tête: le plan, les références, les citations, comme si j'avais bossé comme une dingue. Je savais que ce que j'écrivais avait du sens." Elle recrache le cours qu'elle connaît par cœur et qu'elle a mis en scène quelques jours plus tôt pour la petite représentation de fin d'année. Au final, la lycéenne ne décroche qu'un 16/20 - coefficient 7 - pas cher payé pour le cours de son enseignante.

"Je trouve que ma prof a été sous-notée, s'en amuse Anna Fournier aujourd'hui. Mais je pense que les quatre points qui me manquent, c'est l'aspect sur la communication du sujet que je n'ai pas analysé. Mais bon, je suis sortie de là en me disant que j'avais quand même un bon karma."

Salopette à fleurs et "alea jacta est"

Delphine*, une enseignante de 46 ans, n'a quant à elle aucun souvenir de son épreuve de philo passée en 1994, filière B - l'ancienne filière ES (économique et social). "La seule chose dont je me souviens très bien, c'est comment j'étais habillée", en rit-elle plus de vingt ans plus tard pour BFMTV.com. Très précisement une large salopette blanche à fleurs chinée dans une boutique d'occasion, "c'était ma période babos".

"Je t'ai emballé ça vite fait bien fait et j'ai filé retrouver mon amoureux qui m'attendait. À l'époque, il n'y en avait que pour lui. Je ne sais même plus quelle note j'ai eue mais ça ne devait pas être trop mal, j'avais quand même bien bossé toute l'année."

Pas stressée par l'épreuve ni par les résultats, Delphine a décroché son bac du premier coup, poursuivi des études supérieures ainsi que son histoire avec son premier amour, quelques années encore.

Marina*, une agente de voyage de 36 ans, n'a elle non plus pas grand souvenir de son épreuve de philo. Si ce n'est la chute. "Je sais que j'ai fini ma dissertation en écrivant 'alea jacta est'", se rappelle pour BFMTV.com la jeune femme qui a passé un bac L en 2003. Son sujet: "L'idée d'une liberté totale a-t-elle un sens?"

"Terminer par une phrase en latin qui signifie 'le sort en est jeté' et qui signifiait aussi d'une certaine manière que je m'en remettais au sort, je trouvais que ça faisait sens. Mais j'en avais parlé à mon père après coup qui m'avait dit 'mais tu n'as quand même pas fait ça? Quelle idée!'"

Quoi qu'il en soit, que cette citation ait été bien ou mal perçue par son ou sa correctrice, Marina a décroché son bac cette année-là et intégré une classe préparatoire littéraire aux grandes écoles. "Finir par une citation de Jules César (prononcée après avoir franchi le Rubicon en 49 av. J.-C. NDLR), j'avais trouvé ça plutôt cool et sylé."

Une chanson de Mylène Farmer

En terme de citation, Damien* a fait fort. Ce chef de produit de 35 ans a lui aussi passé le bac en 2003 mais dans la filière S (scientifique). Le lycéen avait alors choisi pour sujet: "La vérité dépend-elle de nous?". Et fait preuve d'originalité, voire d'audace.

"J'ai beaucoup aimé la philo en terminale mais j'avoue que parfois, je décrochais. En plus, en S, ce n'était pas la matière la plus importante. On avait cours le vendredi après-midi et le lundi matin; parfois, j'étais présent sans vraiment l'être", confie-t-il à BFMTV.com.

Il a pourtant réussi, le jour J, à se souvenir de Freud et à citer des principes de psychologie. "J'ai été inspiré", reconnaît Damien, dont il faut également préciser qu'il était à l'époque déjà un fan inconditionnel de la chanteuse Mylène Farmer - il a depuis assisté à 17 de ses concerts. En plus de Freud, les paroles de l'une des chansons de l'artiste - "Ainsi soit je", précise-t-il - se sont ainsi glissées dans sa copie.

"J'avais écrit qu'il existe quatre grandes formes de malheur, dont l'abandon. Pour illustrer le propos avec un exemple de la vie actuelle et de la culture populaire, j'ai repris quelques paroles de cette chanson avec la phrase: 'Je sais bien que tu mens, mais je suis si seule à présent'. Rattaché à la notion de vérité, je voulais montrer que le mensonge était aussi une forme d'abandon. On m'a dit après coup que j'étais fou d'avoir fait ça. Mais ça n'a pas trop mal fonctionné, j'ai eu 11."

C'est d'ailleurs peut-être grâce à ce 11 en philo que le jeune homme a décroché son bac, au rattrapage. "Après les oraux, j'avais un total de 381 points, il en fallait 380 pour avoir le bac. Si j'avais eu 10 en philo, je n'aurais pas été bachelier cette année-là." L'histoire ne dit pas si c'est la citation de Mylène Farmer qui lui a donné ce point décisif.

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https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV