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Emmanuel Macron: des vœux qui s'annoncent compliqués

Lundi 31 décembre, le chef de l'Etat adressera ses traditionnels vœux aux Français. Un exercice qui s'annonce particulièrement compliqué compte tenu du climat social actuel.

"L’année 2018 sera à mes yeux celle de la cohésion de la nation", prédisait Emmanuel Macron lors de ses vœux aux Français le 31 décembre 2017. Le chef de l'Etat n'imaginait pas encore qu'il vivrait une année particulièrement tumultueuse, ponctuée par la création d'un mouvement de contestation sociale, les gilets jaunes, qui se sont encore mobilisés ce samedi, et comptent bien le faire le jour de la Saint-Sylvestre

Une opinion hostile

Le climat social tendu de ces dernières semaines va rendre périlleux l'exercice des vœux présidentiels cette année. Affaibli politiquement, Emmanuel Macron devrait évoquer les réformes à venir dans un contexte toujours aussi explosif.

Car le chef de l'Etat a face à lui une opinion qui lui est en partie hostile. Une opposition parfois radicale, qui se sent ragaillardie par une victoire symbolique: le recul du gouvernement sur la question de la taxe carbone.

Emmanuel Macron devra s'attacher le 31 décembre à rendre son discours crédible, dans le but de maintenir le contact avec les Français, pour ce qui sera sa troisième prise de parole en l'espace d'un mois et demi. Il sera confronté à la difficulté de vouloir d'une part poursuivre le dialogue, et d'autre part de prouver aux Français qu’il a pris en considération la colère qui s’exprime depuis plusieurs semaines dans le pays.

Quels sujets aborder?

Pour convaincre les citoyens, le président devra insister sur le "grand débat national" qu'il souhaite mettre en place, comme l'explique notre éditorialiste politique Christophe Barbier.

"Il ne peut pas faire des vœux purement formels. Il doit tenir compte de ce qu'il s'est passé et ouvrir l’année 2019 en expliquant que grâce aux gilets jaunes on va ouvrir une grande période de débat national et tout mettre sur le tapis. Si Macron veut faire encore des réformes, il a besoin de les faire tamponner par la base, par le grand débat national. Ça doit être un outil pour lui, sinon il ira dans le mur", prévient-il. 
"Si j’étais le président, je mettrais donc le débat national au cœur de mes vœux, avec bien entendu le rendez-vous de 2019, à savoir l'Europe", ajoute Christophe Barbier.

Même analyse de notre éditorialiste Nicolas Prissette, qui estime qu'Emmanuel Macron devra préciser la nature de ce "grand débat national" pendant ses vœux.

"C'est l'organisation de ces débats citoyens qui sera au cœur de ses vœux. Et surtout, sur quoi vont-ils déboucher? Est-ce que cela vaut vraiment la peine pour les Français d'y participer? Est-ce que les décisions ne seront pas déjà prises par une certaine caste élitiste? Il va devoir promettre et convaincre que la démocratie peut évoluer et qu'au terme de ces débats citoyens il y aura bien des projets de loi, des changements constitutionnels qui permettront de nouvelles formes de participation", précise-t-il.

Emmanuel Macron devra finalement aborder les mêmes thèmes que l'année passée, mais en prenant soin, cette fois-ci, de les approfondir.

"Sur le fond il peut faire exactement les mêmes vœux que l’année dernière parce qu’il avait appelé à la concorde nationale. C’est plus que jamais d’actualité. Cette année il peut préciser comment parvenir à cette concorde nationale. Il y a ce débat qui va s’engager, sachant que la France est le pays où l’unité nationale est la plus faible quand on la compare à celle des autres pays européens", éclaire Nicolas Prissette.

Une relance politique?

Contrairement aux idées reçues, les vœux du président de la République pourraient conduire à une relance politique, et contenir quelques annonces. L'histoire de la Ve République l'a déjà prouvé, comme l'explique Christophe Barbier:

"Si l’on veut vraiment donner aux vœux un contenu politique et un effet de relance politique, on peut le faire. Par exemple, le 31 décembre 1990, à quelques jours du déclenchement de la première guerre du Golfe, François Mitterrand fait des vœux géopolitiques, il y a la gravité et la profondeur de l’instant" rappelle-t-il.
"Plus près de nous, le 31 décembre 2013. François Hollande avait annoncé ce soir là le pacte de responsabilité, c’est-à-dire le tournant social-libéral de son quinquennat. Donc les vœux peuvent être un outil de relance politique", conclut-il. 

Et Emmanuel Macron l'a visiblement bien compris. Selon l'Elysée, le président de la République passe ses vacances de Noël à peaufiner ses vœux du 31 décembre, bien conscient qu'il sera, une nouvelle fois, attendu au tournant.

Céline Penicaud avec Julia Van Aelst, Sébastien Guerche et Jérémy Brossard