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Le procès hors-normes de Jawad Bendaoud

500 victimes, des dizaines d’avocats qui vont plaider, une soixantaine de journalistes accrédités… L’organisation du procès de Jawad Bendaoud, de Mohamed Soumah et de Youssef Aït Boulahcen tient du véritable challenge pour réussir à faire tenir toutes les parties. Deux salles, en plus de la salle d’audience, ont été réquisitionnées. Un dispositif de sécurité particulier est également mis en place pour ce premier procès en lien avec les attentats du 13-Novembre.

Ce sont des chiffres fous qui feraient perdre la tête à n’importe quel organisateur. Le procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen, le premier en rapport direct avec les attentats du 13-Novembre, est attendu. Dans une procédure disjointe, permettant la tenue de ce procès de manière indépendante vis-à-vis de celui que devrait avoir lieu en 2021 pour juger Salah Abdeslam, Bendaoud et Soumah sont jugés pour avoir fourni un logement à deux terroristes du 13-Novembre, le troisième pour ne pas avoir dénoncer sa sœur, Hasna, qui est venue en aide aux jihadistes, dont Abdelhamid Abaaoud, le "coordinateur" des attaques.

Le procès, qui s’ouvre ce mercredi devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, est attendu non pas seulement pour les enjeux qu’ils présentent mais aussi pour la personnalité médiatique de Jawad Bendaoud, dit "Jawad le logeur" sur les réseaux sociaux. Outre le public, ce sont plus de 400 personnes qui devraient participer à ces trois semaines d’audience.

Trois salles réquisitionnées

Ce sont 500 victimes qui se sont portées parties civiles - c’est-à-dire qu’elles demandent réparation. Un travail titanesque en matière d’"audiencement" pour le greffe de la 16e chambre. "C’est important pour les victimes de ne pas attendre cinq ans pour voir des personnes jugées qui, par leurs actes, avaient la possibilité de se soustraire à une arrestation", confirme Me Samia Maktouf, qui représente 35 victimes lors de ce procès.

"On est dans une attente très forte, estime Bley Mokono, rescapé de l’attaque du Stade de France. Ma réflexion a été longue mais je souhaite y assister pour découvrir la vérité (…) S’ils ont hébergé des terroristes, pourquoi ils l’ont fait en âme et conscience. Est-ce qu’ils peuvent avoir une prise de conscience qu’ils hébergeaient des personnes qui vont faire du mal à d’autres humains." Toutes n’assisteront toutefois pas aux trois semaines d’audience.

Face à l’affluence attendue, la présidence du tribunal de grande instance de Paris, a décidé d’un "démembrement" de l’audience. La présidente du tribunal, ses assesseurs, les trois prévenus, leurs avocats, un certain nombre de victimes et leurs conseils ainsi qu’une dizaine de journalistes assisteront aux débats depuis la salle de la 16e chambre correctionnelle. Deux autres salles, la salle des Criées et la salle des Pas perdus, ont été réquisitionnées pour installer une retransmission sur écran du procès. Un casse-tête organisationnel qui intervient alors que la présidence a dû faire face à une autre contrainte: la préparation du déménagement du tribunal de Paris, soit 65.000 m² de bureau, de l’île de la Cité vers les Batignolles.

Des groupes de travail

Sur les bancs, les avocats des parties civiles seront également serrés. Et ils se sont organisés. Afin de ne pas parasiter ou entraver les débats avec des questions identiques, les mêmes axes de défense ou les mêmes plaidoiries, ils ont constitué des groupes de travail afin de se répartir les thèmes à aborder. "C’est une initiative remarquable note la présidence du TGI de Paris. Cela montre le caractère exceptionnel de ce procès où tout le monde démontre une forme de responsabilité." 

Ainsi, régulièrement, les avocats se sont rencontrés pour préparer ce procès - comme ils le font depuis le début de l’instruction sur les attentats du 13-Novembre. Ils ont notamment réalisé un planning afin qu’une poignée d’entre eux soient présents à chaque audience. Certains le reconnaissent volontiers: assister à trois semaines de procès c’est impossible, notamment pour ceux qui travaillent seuls.

"L’idée est vraiment de mutualiser les efforts, travailler main dans la main et faire confiance à celui qui va plaider, détaille Me Helena Christidis. Ce n’est pas bénéfique pour une victime d’entendre ce qu’elle a subi, et de l’entendre 100 fois. Ça n’a pas d’intérêt à entendre cent fois la même plaidoirie sauf à sélectionner la meilleure éventuellement. Nous ne sommes pas là pour faire un concours de plaidoiries, nous sommes vraiment là pour représenter les intérêts des victimes, porter leur voix."

Une sécurité renforcée

Le procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumlah et Youssef Aït Boulahcen va se tenir devant une chambre correctionnelle en raison de la requalification des faits, pour les deux premiers, en "recel de terroriste". Le troisième comparaît pour "non-dénonciation de crime terroriste". Si les trois prévenus ne sont pas jugés par une cour d’assises spécialement composée comme ce fut le cas pour Abdelkader Merah, le frère du "tueur au scooter" en novembre dernier, des mesures de sécurité se sont quand même imposées.

"La sécurité est le point central de l’organisation", note une source judiciaire.

La présidente du tribunal et ses assesseurs ont réclamé des mesures de protection. Des forces de l’ordre seront déployées à l’intérieur comme à l’extérieur de la salle d’audience.

Justine Chevalier