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Merah: les temps forts d'un procès hors du commun

Pendant près d'un mois, la cour d'assises spéciale de Paris s'est démenée pour définir les responsabilités, dans le cadre de l'affaire Mohamed Merah. Entre plaidoiries enflammées et émouvants témoignages, retour sur l'un des procès les plus important de Paris.

Ouvert depuis un mois devant la cour d'assises spéciale de Paris, le procès d'Abdelkader Merah et Fettah Malki, jugés pour complicité dans les meurtres commis par Mohamed Merah à Toulouse en 2012, a connu des témoignages émouvants et des plaidoiries polémiques. Alors que la cour devrait rendre son verdict dans la journée de jeudi, retour sur les cinq temps forts de ce procès hors-normes.

Les excuses d'Abdelkader Merah

Le 10 octobre, alors que la journée est consacrée aux témoignages des survivants, Abdelkader Merah va pour la première fois exprimer des regrets. Après le témoignage de Yocov Soussan, bénévole de l'école Ozar Hatorah où quatre personnes sont tuées dont trois enfants, l'accusé, alors interrogé par un avocat des parties civiles sur ce qu'il vient d'entendre, prend la parole:

"Ce n'est pas une question de honte, c'est de la tristesse. Comment on peut-on en arriver là? S'entretuer entre nous, voir ces actes de l’extérieur, c’est insoutenable. Bien sûr je condamne les actes de mon petit frère, j’ai honte. Je ne m'adresse pas à la cour, je m'adresse à tous les croyants, comme Monsieur Soussan, je suis sincèrement désolé".

Il s'agit là des premières et uniques excuses et regrets formulés par le frère du tueur au scooter.

  • Les témoignages des parties civiles

Après trois semaines de débat, c'est au tour des parties civiles de venir témoigner. Le 25 octobre, des proches des victimes ainsi qu'un survivant de la tuerie, vont livrer des témoignages émouvants, entre larmes et colère.

"Est-ce cela, la loi d'Allah ? Est-ce qu'il ne pouvait pas aider son petit frère à prendre le bon chemin plutôt que d'en faire une bombe à retardement ?", questionne Latifa Ibn Ziaten, la mère d'un des militaires tués, devenu ambassadrice pour la paix auprès des jeunes dans les cités et les prisons.

"J'ai beaucoup entendu parler de l'islam durant ce procès mais cet islam-là, je ne le connais pas. C'est une couverture pour une autre religion qui s'appelle terrorisme", dénonce Ahlem Legouad, la sœur d'un autre militaire tué à Montauban. "Je suis petite-fille d'imam et mon grand-père ne m'a jamais inculqué ces valeurs-là", ajoute sa sœur, Radjia.

"Il a suffi d'une balle pour que mon corps change. J'avais de la joie de vivre quand j'étais debout et l'espace d'un éclat, de quelques secondes où un homme m'a tiré dessus dans le dos comme un lâche, j'ai été dans un fauteuil électrique et sous assistance respiratoire. Je souffre beaucoup", témoigne Loïc Liber, ancien militaire du 17ème régiment parachutiste de Montauban, blessé le 15 mars et devenu tétraplégique.

Réquisitions du président

Le 31 octobre, Naïma Rudloff, l'avocate générale, va requérir des peines lourdes à l'encontre des accusés. Elle va s'attacher à démontrer les liens dissimulés, entre Abdelkader Merah et son frère, qui ne cesseront de se voir entre les assassinats des militaires et la tuerie de l'école Ozar Hatorah.

"Il veut savoir si les sept morts de son frère remplissent les conditions pour qu'il accède au statut de martyr", assure-t-elle.

  • À l'encontre de Fettah Malki, accusé d'avoir fourni l'arme utilisée lors de la tuerie de l'école Ozar Hatorah, Naïma Rudloff va requérir 20 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté correspondant aux deux tiers de la peine. Elle finira par requérir la prison a perpétuité à l'encontre d'Abdelkader Merah, accompagné d'une période de sûreté de 22 ans ainsi que la mention dans son casier d'une condamnation pour terrorisme. La peine maximale.

Quand la défense demande l'acquittement

Après les réquisitions, vient la plaidoirie de la Défense. Dans une salle Voltaire comble, l'avocat des accusés, le médiatique Éric Dupond-Moretti, va plaider l'acquittement ce 31 octobre, exprimant sa crainte de voir Abdelkader Merah payer pour les crimes de son frère tué par le raid à Toulouse.

  • "Il fallait un coupable où la catharsis nationale n'aurait pas lieu. Il fallait un visage pour le mal. Ma crainte c'est que la haine qui vous est interdite lui interdise la justice. Si Abdelkader Merah est là c'est parce que son frère est mort. On lui dénie toute singularité. Il est son frère criblé de balles qu'on ne pourra pas présenter au chagrin des victimes".

"J'accepte d'être la honte du barreau, le déshonneur de la profession. Les crachats sur une robe d'avocat, c'est mieux qu'une légion d'honneur", a-t-il conclu.

Les derniers mots des accusés

Jeudi 2 novembre, après un mois de procès, alors que les assesseurs s'apprêtent à se retirer pour délibérer, les accusés sont invités à s'exprimer une dernière fois. Fettah Malki, présente ses excuses, ses regrets. 

"Je n’aurais jamais pu penser, imaginer que Mohammed allait commettre de tels actes. Je m’en voudrai tout le temps et pour le restant de mes jours. À aucun moment, je n’aurais pu le faire, ça m’a horrifié (...) Je demande pardon et ce pardon est sincère", assure-t-il en larmes

G.D.