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Procès Merah: la douleur des familles à la barre

Samuel Sandler, le père et grand-père de Jonathan, Gabriel et Arieh, trois victimes de Mohamed Merah.

Samuel Sandler, le père et grand-père de Jonathan, Gabriel et Arieh, trois victimes de Mohamed Merah. - AFP

Une semaine avant le verdict dans le procès d'Abdelkader Merah et de Fettah Malki pour complicité dans les assassinats de Mohamed Merah, les familles des victimes sont venues témoigner de leur douleur mais aussi de leur confiance en la justice pour condamner les deux hommes.

Depuis trois semaines, la cour d'assises de Paris spécialement constituée pour juger le frère de Mohamed Merah, Abdelkader, et l'un de ses contacts, Fettah Malki, a écouté les experts, les policiers, les accusés. Mais en ce 18e jour de procès, la parole a été donnée aux familles de victimes qui souffrent depuis ces jours de mars 2012 où le tueur au scooter a tué leurs proches. 

"Mon âme est déjà partie"

Dans la matinée, c'est Naoufal Ibn Ziaten qui est venu témoigner. Le frère de la première victime de Mohamed Merah a détaillé ce fameux 11 mars 2012. Il était 22h25 quand quelqu'un est venu sonner à sa porte. "J’ai cru que c’était un vendeur de calendriers et puis j’ai vu cet homme en uniforme de militaire, je me suis écroulé", raconte-t-il. Un officier de commandement avait fait personnellement le déplacement pour lui annoncer la mort de son frère. Il parle aussi de son frère, Imad Ibn Ziaten. Il lui avait:

"Si un jour je dois quitter ce monde, ne pleure pas, soit fort, souris. Parce que je préfère te voir sourire".

"Mais depuis ce jour, c’est comme si je vivais sur terre mais que mon âme était déjà partie vers le ciel", souffle Naoufal Ibn Ziaten devant la cour. Parlant également de son amertume d'avoir été traité comme suspect par la police au moment des assassinats, le frère du militaire tué est sorti soulagé de cette audience.

"Mon frère est un homme avec un sourire, une gentillesse, avec une carrure de sportif, détaille-t-il devant les journalistes. Et je suis obligé d’être là tous les jours pour qu’il puisse vivre à travers mes yeux son procès, qu’il puisse voir son chemin en direction de son paradis. Depuis le début du procès, on ne parle pas d’amour, on ne parle pas de paix."
"Le mal absolu"

Tout au long des témoignages, les familles des victimes refusent de prononcer les noms de Mohamed ou d'Abdelkader Merah. Chacun raconte les nuits sans sommeil, les maladies contractées on ne sait comment, les troubles psychologiques et les tentatives de suicide. "J'ai sombré dans la dépression, connu un autre monde, celui des psychiatres, souffle Radia Legouad, soeur de Mohamed Regouad, militaire abattu par Mohamed Merah le 15 mars 2012 à Montauban. Ton soleil ne brille plus pour nous."

Pour la famille de Jonathan, Gabriel et Arieh Sandler, trois victimes de l'école juive d'Ozar Hatorah, ces tueries leur rappellent les pires heures de l'Histoire. Samuel Sandler raconte ainsi qu'une partie de sa famille a été déportée en 1943.

"Je me suis dis au fond de moi-même ‘on est en France, plus jamais on assassinera un enfant français parce qu’il est de religion juive’ jusqu’à ce jour de mars 2012, explique-t-il. Je me suis souvenu d’une phrase d’André Malraux qui disait notamment, pendant la Seconde guerre mondiale, c’est la première fois que des hommes donnent des leçons à l’enfer."

Puis le père de Jonathan et grand-père de Gabriel et Arieh, 3 et 6 ans, ajoute: "Cette journée du 19 mars était pire que l’enfer. D’ailleurs, les nazis ont toujours caché leur crime. Lui, l’assassin, en était fier, il a filmé, il en a fait un montage. Sur le montage, il a indiqué qui il a assassiné. C’est le mal absolu."

Abdelkader Merah, un "Eichmann de banlieue"

Les familles des victimes de Mohamed Merah ont également plaidé devant la cour d'assises spéciale pour une décision ferme sur le sort d'Abdelkader Merah. Pour Samuel Sandler, le frère du "tueur au scooter" est autant responsable des crimes. "J’ai entendu dire aussi par plusieurs témoins qu’il avait un maître à penser, autrement dit un maître à tuer et que c’était le frère qui est jugé ici. Pour moi, ce n’est rien d’autre qu’un petit Eichmann (l'organisateur de l'extermination des juifs pendant la Seconde guerre mondiale, NDLR) de banlieue."

D'autres proches de victimes ont exprimé leur révolte face à l'attitude d'Abdelkader Merah qui n'a eu de cesse, pendant les différentes audiences, de se réfugier derrière son apprentissage de l'islam et de l'arabe lorsque celui-ci est questionné sur sa radicalisation. 

"L'islam, c'est la paix, pas la haine et la terreur, ce n'est pas tuer des enfants innocents. C'est vivre avec les autres, apprendre des autres, ce n'est pas convertir les autres. Il y a trop d'amalgames", a énoncé Albert Chennouf, père du second militaire tué à Montauban. "J'ai beaucoup entendu parler de l'islam durant ce procès mais cette islam-là, je ne le connais pas, c'est une couverture pour une autre religion qui s'appelle le terrorisme", a dénoncé, quant à elle, Alem Legouad, la soeur aînée de Mohamed Legouad.

"Tous ces jeunes qui se disent musulmans nous causent du tort. A cause d'eux, on est stigmatisé deux fois", conclut-elle.

Justine Chevalier avec Cécille Ollivier