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Procès Merah: tensions et larmes lors du témoignage de la mère du terroriste

Zoulikha Aziri, la mère du terroriste, a défendu son fils Abdelkader jugé pour complicité d'assassinat.

Zoulikha Aziri, la mère du terroriste, a défendu son fils Abdelkader jugé pour complicité d'assassinat. - Benoit Peyrucq - AFP

La mère de Mohamed et d'Abdelkader Merah est venue témoigner ce mercredi devant la cour d'assises spéciale de Paris, au procès de son fils jugé pour complicité d'assassinats. Tout en présentant ses excuses aux familles des victimes, Zoulikha Aziri a défendu coûte que coûte son fils et sa famille, provoquant des moments de tension extrême dans la salle d'audience.

"Vous êtes méchants, vous êtes de la merde, vous êtes des assassins!" C'est dans des éclats de voix et des sanglots que le frère d'Imad Ibn Ziaten, l'une des victimes de Mohamed Merah, a quitté la salle d'audience où est jugé le frère du terroriste pour "complicité d'assassinats". La cause de ces nouvelles tensions: le témoignage de la mère des deux frères Merah, qui a été entendue ce mercredi après-midi par la cour d'assises spéciale. Une audition où elle a défendu son fils, Abdelkader, et clamé son innocence.

Attendue pour 16 heures, Zoulikha Aziri s'était présentée dans la matinée au palais de justice de Paris. "Ca fait cinq ans, presque cinq ans et demi que je suis triste pour la famille, pour les parents, pour moi", avait-elle déclaré. "C’est dur." Des excuses à demi-mots qui ont été récusées avant même son audition. "Les excuses, le pardon sont en telle contradiction avec son mode éducatif et de transmission de ses valeurs à elle", s'est émue une avocate des parties civiles.

"Mon fils Abdelkader, il est innocent, il n'a rien à voir dans l'histoire qui s'est passée", répète pourtant Zoulikha Aziri en préambule de son audition. "Mohamed, oui et il est mort. Je présente mes excuses aux victimes, je leur demande pardon."

Elle a appris l'islam à Abdelkader

Rapidement, le président de la cour d'assises spéciale lui demande de décrire ses fils. La mère décrit alors Abdelkader comme un enfant "normal" qui "n'a pas posé de problème". Pendant près de trois heures, elle dresse de lui un portrait idyllique. Son fils qui était devenu le chef de famille, l'homme de la maison. Un garçon qui, selon elle, n'était pas violent alors que celui-ci est accusé d'avoir tabassé son frère Mohamed et d'avoir donné des coups de couteau à un de ses autres frères. Elle accable pourtant son autre fils, Abdelghani, qu'elle accuse de violences sur ses autres enfants.

Viennent alors les questions sur le basculement de ses fils dans l'islam radical, alors qu'elle-même fréquentait Olivier Corel, surnommé "l'émir blanc" qui dirigeait la filière d'Artigat, celle des frères Clain, les voix des attentats du 13 novembre. Questionnée sur les voyages en Egypte en 2006 d'Abdelkader Merah, elle explique que c'est elle qui lui a dit de partir en vacances "pour apprendre l'arabe". "C'est moi qui ai appris la religion, la prière à mon fils", "c'est moi qui l'ai envoyé en vacances et suivre des cours en Egypte", a-t-elle également affirmé. 

Le changement de Mohamed Merah est intervenu après un séjour de deux ans en prison, raconte Zoulikha Aziri. "Mohamed avait les cheveux longs, priait beaucoup", assure-t-elle au président de la cour. "Quand Mohamed est sorti de prison, il était dans l'extrême de la religion." Sur son mariage avec Mohamed Essid, père de Sabri Essid, parti combattre en Syrie, elle explique encore que c'est Mohamed qui l'a voulu, alors qu'Abdelkader lui-même a reconnu l'avoir organisé.

"La mère d'un mort"

A plusieurs reprises, Zoulikha Aziri dénonce l'attitude de Mohamed Merah. Si elle avait su qu'il montrait des vidéos de décapitation, elle ne l'aurait pas toléré, assure-t-elle. Pourtant, elle dira rien de cette fameuse connexion à Internet, depuis chez elle, sur le site Le Bon Coin, le 4 mars 2012, une semaine avant le premier assassinat du "tueur au scooter". Ce jour-là, quelqu'un a consulté l'annonce postée par Imad Ibn Ziaten pour vendre sa moto. Il précisait alors être militaire, ce qui lui a été fatal. L'enquête n'a jamais permis de déterminer qui était à l'origine de cette connexion.

Son attitude, tout au long de son audition, a été jugée insupportable et a provoqué la colère des parties civiles. "Les familles attendent la vérité depuis cinq ans", lui a hurlé Mehana Mouhou, avocat de la famille d'Imad Ibn Ziaten. "Que reprochez à cette femme?", s'énerve Me Dupond-Moretti, l'avocat de Zoulikha Aziri. "C'est la mère d'un accusé et la mère d'un mort." C'en est trop pour les familles des victimes. "Vous n'avez pas honte?", lance l'un des frères du premier militaire tué par Mohamed Merah. Malgré les cris et les larmes, le président ne réclamera pas de suspension de séance.

J.C.