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Le frère de Mohamed Merah dit avoir été "pris en otage" lors du vol du scooter, il ment selon la partie civile

Dessin représentant Abdelkader Merah lors du procès.

Dessin représentant Abdelkader Merah lors du procès. - Benoit PEYRUCQ / AFP

Le dixième jour du procès d'Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah le tueur de Montauban et Toulouse en mars 2012, était très attendu. Ce vendredi, il devait répondre sur le fond des soupçons de complicité pesant sur lui. Ses réponses n'ont pas satisfait les avocats des parties civiles.

"J'ai été pris en otage": le frère de Mohamed Merah, jugé devant la cour d'assises de Paris pour "complicité" dans les crimes de son frère, s'est dit vendredi étranger au vol du scooter commis par son frère et a chargé un troisième homme, aujourd'hui décédé. "Le vol du scooter par mon frère a été désagréable pour moi en tant que musulman, j'ai été pris en otage", a plaidé l'accusé qui dit avoir été mis devant le fait accompli avec ce vol dont il n'était pas informé.

Il reconnaît s'être douté que son frère utiliserait le puissant engin pour des actes de délinquance mais pas pour commettre des assassinats, comme l'affirme l'accusation sans pour l'instant avoir pu le démontrer. Abdelkader Merah est accusé d'avoir sciemment facilité "la préparation" des crimes de son frère en l'aidant notamment à dérober le scooter et lui achetant un blouson utilisés lors des assassinats de sept personnes dont trois enfants juifs entre les 11 et 19 mars 2012 à Toulouse et Montauban.

Une journée au centre des interrogations

Au centre des débats, la journée du 6 mars 2012 où le vol du scooter a été réalisé, le blouson acheté ainsi qu'une cagoule utilisés par Mohamed Merah qui s'est également renseigné sur le moyen de désactiver un dispositif de géolocalisation fixé sur le deux-roues. Trois personnes étaient présentes ce jour là aux côtés de Mohamed Merah: son frère Abdelkader, un ami de la cité, Mohamed Mounir Meskine, et un délinquant, Walid Larbi Bey, dont l'accusé n'a livré le nom aux policiers qu'après son assassinat en août 2014 dans un règlement de comptes. Sur cette journée cruciale deux thèses s'affrontent: celle d'un acte prémédité défendue par l'accusation et celle d'un vol d'opportunité plaidée par la défense. 

Pour Abdelkader Merah, la séquence débute vers 11H30. Il raconte avoir croisé son frère dans leur quartier, ce dernier lui proposant de l'accompagner pour acheter un blouson de moto. Vers 14H00, les frères Merah partent de la cité des Izards à Toulouse où réside la famille puis vont chercher un troisième homme, Mohamed Mounir Meskine. Ils se rendent ensemble dans un magasin pour établir un devis pour la réparation de la moto de l'accusé, accidentée par Meskine, avant de revenir aux Izards où Meskine est déposé. Les frères Merah embarquent alors un autre passager, Walid Larbi Bey, "pour aller acheter le blouson".

"Sur le chemin, mon petit frère me dit d'arrêter. Il sort pendant que je discute avec Larbi et je le vois passer quelques minutes plus tard aux commandes d'un TMAX Yamaha 530, sans casque". Mohamed Merah vient de dérober un puissant scooter dont le propriétaire, parti chercher une facture dans un garage automobile, avait laissé les clefs de contact. Abdelkader et son passager suivent la moto jusqu'à une résidence du nord de Toulouse où elle sera garée. 

Les avocats des familles de victimes réagissent 

La version servie ce vendredi par Abdelkader Merah n'a pas convaincu les avocats de la partie civile, et loin s'en faut. "C’est un homme qui ment. Il ment sur sa version du 6 mars, cette fameuse journée du vol du scooter qui a servi aux crimes. Il a changé plusieurs fois de versions, c’est son droit mais nous sommes obligés de constater qu’il ne cesse de mentir. Ila menti d’abord pour se protéger et aussi pour protéger les crimes de son frère alors qu’il aurait pu les dénoncer", a martelé Patrick Klugman, avocat des familles de victimes à notre micro. 

Béatrice Dubreuil, avocate de la famille d'Abel Chennouf, un militaire abattu par Mohamed Merah, a décrit l'attitude de l'accusé sur notre plateau en fin d'après-midi:

"Nous ne sommes pas étonnés de l’attitude d’Abdelkader Merah qui depuis le début nous fait tourner en bourrique car il dit tout et son contraire, il a un double langage et ça se voit dans son attitude. Il est capable de s’excuser puis de dire que ce que son frère a fait est très bien au nom de sa pseudo-religion car on sait bien que ce n’en est pas une. Aujourd’hui, il est toujours dans le déni, toujours en train d’esquiver, quand on pose une question, et il y a des éléments à charge, il n’arrête pas de dire qu’on n’a pas de preuve. Il se fait passer pour la victime non-stop." Elle a conclu: "On est dans une stratégie de dissimulation."

Robin Verner, avec AFP