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Parité: les postes les plus importants de l'Assemblée occupés par des hommes

L'ouverture de la XVe législature de la Ve République le 27 juin 2017

L'ouverture de la XVe législature de la Ve République le 27 juin 2017 - Patrick Kovarik-AFP

Au Palais Bourbon, la parité cale. Si 226 femmes ont fait leur entrée à l'Assemblée nationale ce mardi, un record, aucune n'a décroché de présidence de groupe. Pas mieux au perchoir, qui n'a jamais été confié à une femme et qui est revenu à un homme.

Deux cent vingt-six femmes ont fait leur entrée ce mardi à l'Assemblée nationale. Si la parité a progressé au Palais Bourbon à l'issue des dernières élections législatives -il n'y avait que 155 femmes députées sous la précédente législature- la féminisation des postes les plus importants n'est pourtant pas en marche. Car si elles représentent aujourd'hui près de 40% des députés, un record, pas une de ces nouvelles élues ne sera présidente de groupe.

Aucune présidente de groupe

Aucun des sept groupes parlementaires qui devraient voir le jour ne sera en effet dirigé par une femme. André Chassaigne a été reconduit à la tête du groupe de la Gauche démocrate et républicaine qui compte communistes et ultramarinsOlivier Faure de la Nouvelle gauche avec le PS et les radicaux de gauche, Richard Ferrand celui de La République en marche (LREM), Marc Fesneau présidera le groupe MoDem, Christian Jacob prendra la tête des députés Les Républicains, Jean-Luc Mélenchon celle du groupe La France insoumise. Franck Riester et Stéphane Demilly deviennent quant à eux les coprésidents du nouveau groupe des membres de la droite "constructive".

Rares étaient les femmes candidates. Delphine Batho n'a recueilli que trois voix face à Olivier Faure pour le PS. Empêtrée dans les affaires du Modem, Marielle de Sarnez a pour sa part renoncé. Richard Ferrand était le seul candidat de LREM, tout comme Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise. Quant à Christian Jacob, chez LR, il avait un homme pour rival.

Pas mieux pour les présidences de commissions. BFMTV apprend que trois d'entre elles, sur les huit que compte l'Assemblée, devraient être dirigées par des femmes. Frédérique Dumas, ancienne productrice de cinéma et dorénavant députée LREM dans les Hauts-de-Seine, est en bonne position pour obtenir la présidence de la commission des Affaires culturelles. Marielle de Sarnez, éphémère ministre chargée des Affaires européennes et députée Modem de Paris, devra diriger la commission des Affaires étrangères. Et Barbara Pompili, élue LREM dans la Somme, assurera la présidence de la commission du Développement durable. 

De Première à Premier ministre

Pourtant, Emmanuel Macron avait fait de la parité une priorité: son gouvernement se compose en effet pour moitié de femmes. Mais le président de la République a progressivement fait marche arrière. Emmanuel Macron avait assuré au mois de mars avoir "plutôt" le "souhait" de nommer une femme Première ministre s'il était élu. C'est finalement un homme, Edouard Philippe, qui a emporté Matignon.

Le nouveau locataire de l'Élysée a également été critiqué pour ne pas avoir donné aux Droits des Femmes un ministère de plein exercice mais un secrétariat d'État, confié à Marlène Schiappa. Sans compter que sur les cinq ministères régaliens, seuls les clés de deux d'entre ont été confiées à des femmes, la Justice à Nicolas Belloubet et les Armées à Florence Parly.

Plusieurs femmes candidates au perchoir

Concernant la présidence de l'Assemblée nationale, le fondateur d'En Marche s'était dit favorable à ce qu'une femme préside la Chambre basse, rapportait Le Canard enchaîné. Comme le rappelle le site de l'Assemblée nationale, "depuis le début de la Ve République, 23 femmes ont été vice-présidentes". Mais aucune présidente. Le perchoir est finalement revenu à un homme, François de Rugy, qui a été désigné par les membres du groupe LREM pour être leur candidat.

Plusieurs femmes se sont pourtant portées candidates à cette fonction, l'une des plus prestigieuses de la République, quatrième dans l'ordre protocolaire. Laurence Dumont, ancienne vice-présidente de l'Assemblée lors de la précédente mandature, était la candidate du groupe Nouvelle Gauche, Caroline Fiat celle de La France insoumise et Laure de La Raudière des Constructifs. Du côté de LREM, Sophie Errante et Brigitte Bourguignon ont postulé mais ont été battues par François de Rugy. 

"Promesses non tenues", "occasion ratée"

Ce qu'a dénoncé Olivier Faure, regrettant que le président de la République ne tienne pas ses promesses. "Nous notons qu'à nouveau les engagements pris par le président ne sont pas tenus. Les promesses n'auront tenu que le temps de la campagne", a-t-il dénoncé lors d'un point presse. Jean-Louis Debré, ancien président de l'Assemblée, est du même avis. 

"Je crois que c'était un geste fantastique que d'avoir, comme quatrième personnage de l'État, une femme", a-t-il déclaré sur Franceinfo. "Je constate simplement que tous les présidents de groupes sont des hommes -on ne change pas- et que, pour le poste le plus symbolique, on a raté une occasion."

Ce qui n'est pas le point de vue de l'ancienne ministre écologiste Barbara Pompili, désormais députée LREM. "La parité, ça doit se faire aussi à compétences égales. Ça aurait été aussi une forme de sexisme de choisir quelqu'un parce qu'elle était femme alors qu'on avait une personne objectivement meilleure", a-t-elle déclaré au sujet de la désignation de François de Rugy, selon LCP.

Un argumentaire que dénonce Osez le féminisme. "Ce n'est pas étonnant que de tels propos soient tenus, mais c'est triste que cela vienne d'une femme", a regretté Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole de l'association, jointe par BFMTV.com.

"La question de la compétence des femmes, je pense qu'elle a dû elle-même y être confrontée en tant que ministre pour savoir que c'est faux", ajoute la militante. "C'est un non-sens et c'est un argument faible quand la parité et le renouvellement ont été les maîtres mots de la campagne."

Une Assemblée "non représentative"

Si le Haut Conseil à l'égalité a salué "une progression sans précédent des femmes à l'Assemblée" après le second tour, il rappelait cependant que "le partage des places doit désormais se traduire par un réel partage du pouvoir à l'Assemblée, aussi bien au bureau qu'à la tête des commissions". 

"Pour rappel, depuis 1958, 15 hommes se sont succédé à la présidence de l'Assemblée (...) En 2012, le bureau de l'Assemblée (présidence, vice-présidence, secrétaires et questeur.rice.s), tout comme la présidence des commissions, comptaient environ un tiers de femmes."

Pour Raphaëlle Rémy-Leleu, le fait que l'Assemblée nationale ne soit pas présidée par une femme signifie que "l'on renonce à la représentativité du Parlement".

"Alors que quatre députés sur dix sont des femmes, cela envoie un message sexiste car elles ne sont pas représentées, ni au perchoir ni dans les présidences de groupe. On est en colère et déçu. Oui, il y a plus de femmes à l'Assemblée, mais l'on s'assoit encore sur les promesses de parité. Pour passer de la parole aux actes, ce n'est pas encore ça. La modernité et le progrès vendus par En Marche doivent passer par l'égalité entre les hommes et les femmes."

Même réaction sur Twitter, où les internautes ont partagé leur déception.

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Céline Hussonnois-Alaya