BFMTV

Malgré ses réponses, le gouvernement reste inaudible pour les gilets jaunes

Les récentes mesures annoncées par le gouvernement sont bien loin de satisfaire les gilets jaunes, dont les revendications ont évolué au fil des semaines.

"Il est en train de nous mettre une petite cerise sur le gâteau, et sa cerise elle est pourrie." Malgré ses récentes réponses à la crise des gilets jaunes, le gouvernement a bien du mal à se faire entendre, et pire, à convaincre les manifestants alors que se profile le quatrième acte de revendications dans les rues parisiennes ce samedi. 

Après l'annonce de l'annulation de l'augmentation de la taxe carbone pour l'année 2019, le sentiment des manifestants reste le même: ils ne sont pas entendus. "Ça va s'intensifier, ça va faire mal" estime l'un d'eux, "le gouvernement joue, on jouera aussi, et on est plus malins qu'eux" rétorque un second gilet jaune, "ceux en face discutent, mais ils ont encore l'oreille sourde" analyse un dernier, en réaction au débat auquel Marlène Schiappa et François de Rugy ont participé hier soir sur notre antenne. 

"Nous sommes au-delà de ça"

Pour notre éditorialiste Laurent Neumann, cette situation s'explique aisément.

"Ils (les gilets jaunes, ndlr) ont obtenu des choses, mais des choses qu'il auraient dû obtenir il y a trois semaines, nous sommes au-delà de ça maintenant." 

Pour lui, la "question du pouvoir d'achat est aujourd'hui fondamentale, tout comme la suppression de la CSG pour les petites retraites, qui est très difficile à vivre au quotidien." Un sentiment partagé par Diego, un manifestant interrogé en marge d'un blocage à Artix, dans les Pyrénées-Atlantiques. 

"Cela ne suffit pas, nous voulons que la CSG ne soit plus appliquée aux retraites de moins de 1.500 euros, il faut qu'elle soit appliquée de manière proportionnelle, il faut penser aux retraités qui doivent aider leurs enfants qui sont eux-aussi précaires" martèle-t-il. 

Pour Laurent Neumann, cette incompréhension est due au fait que "le gouvernement à un temps de retard".

"C'est ce que répètent les gilets jaunes, le gouvernement a beaucoup de mal à comprendre, mais le moment est venu." 

"Changement de philosophie" du gouvernement

Pour Christophe Barbier, les changements annoncés ne sont pas pris en compte par les gilets jaunes car le gouvernement doit "changer de philosophie." 

"Le gouvernement a été clair sur les taxes carburant, mais pas sur le pouvoir d'achat. Il faut partir de ce dont les gens ont besoin, quel est le minimum pour vivre, comment on le finance..." détaille-t-il. 

Selon un récent sondage de l'institut Elabe, publié ce mercredi après-midi et réalisé après les annonces d'Edouard Philippe, 72% des Français interrogés à encore soutenir les gilets jaunes. Plus précisément, ils sont encore 8 sondés sur 10 à estimer "insuffisantes" les réponses du gouvernement. 

"Le gouvernement misait sur un pourrissement du mouvement, mais ni l'hiver, ni le discrédit lié aux violences n'ont été suffisants" souligne de nouveau Christophe Barbier. 

Là encore, les appels au calme lancés par l'exécutif semblent inaudibles pour les gilets jaunes. Si 82% des sondés de ce même sondage réprouvent les violences survenues à Paris le weekend dernier, sur les blocages, les avis sont plus nuancés. 

"Il y a malheureusement un constat, il y a eu un rassemblement bon enfant en première semaine puis deux weekends de violences. Le gouvernement n'a répondu qu'après la violence, je suis contre mais le constat est là, on nous pousse vers la violence. Il fallait écouter les gens avant de les pousser à bout" explique de nouveau Diego. 

A l'heure actuelle, de nombreux appels à la manifestation circulent sur les réseaux sociaux. De son côté, l'Elysée craint la venue de "milliers de personnes" à Paris "pour casser et pour tuer."

Hugo Septier