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Un confinement local en Moselle? Souvent évoquée, la mesure n'a jamais été appliquée en France métropolitaine

Une rue déserte de Metz (Moselle) le 5 janvier 2021 lors de l'instauration du couvre-feu à 18h.

Une rue déserte de Metz (Moselle) le 5 janvier 2021 lors de l'instauration du couvre-feu à 18h. - Jean-Christophe Verhaegen

Le confinement local de la Moselle est demandé par certains élus du département. Plusieurs fois posée sur la table depuis le début de l'épidémie, cette mesure n'a jamais été mise en place en France métropolitaine.

"Il faut un vrai confinement." Plusieurs élus de Moselle réclament ce vendredi matin des restrictions supplémentaires dans leur département, où ont été identifiés, d'après le ministre de la Santé Olivier Véran, "plus de 300 cas de mutations évocatrices des variants sud-africain et brésilien ces quatre derniers jours". La possibilité d'un confinement local, au niveau du département, a été évoquée, mais ce type de restriction n'a encore jamais été appliqué en France métropolitaine.

"Il faut un vrai confinement, qui soit limité dans l'espace et dans le temps, qui soit un vrai coup de frein, et ça, ça ne vient pas", a déclaré ce vendredi matin sur BFMTV François Grodidier, maire Les Républicains de Metz.

Des confinements locaux ont jusque-là uniquement été faits sur les territoires français d'outre-mer comme Mayotte, ou la Guyane.

Plusieurs fois évoqué, jamais mis en place

Ce n'est pas la première fois que la possibilité d'un confinement local est évoquée pour la France métropolitaine. Le Premier ministre Jean Castex en avait parlé en août, et cette éventualité avait été remise sur la table en octobre, avant la mise en place d'un confinement généralisé au niveau national courant novembre.

Dès juillet, dans un avis destiné à "se préparer maintenant pour anticiper un retour du virus à l'automne", le Conseil scientifique avait évoqué la piste pour les 20 grandes métropoles françaises. "Un 'confinement local' plus ou moins important en fonction de l’épidémie doit faire l'objet d'une préparation dans ces zones à forte densité de population", pouvait-on lire dans son avis sur la question.

Plus récemment, le Conseil scientifique l'avait à nouveau proposé dans un avis rendu mi-janvier. Il envisageait alors trois scénarios de restrictions, le deuxième étant d'installer "un couvre-feu national généralisé à partir de 18h ainsi qu’un confinement dans certaines régions ou métropoles plus à risque avec une restriction des déplacements inter-régionaux". Seul le couvre-feu avait été instauré.

La mise en place d'un confinement local avait également déjà été demandée par des élus. "Je pense que la perspective du reconfinement est une perspective aujourd'hui inéluctable", avait déclaré fin décembre sur France Info le maire socialiste de Nancy (Meurthe-et-Moselle) Mathieu Klein, tout en laissant à l'État le soin d'en fixer le périmètre, celui de la région ou de la métropole.

Cette mesure a déjà été mise en place dans plusieurs autre pays, comme en Australie, où la ville de Melbourne, confinée en juillet, est à nouveau reconfinée pour cinq jours. Plus proche de l'Hexagone, c'est l'Espagne avait procédé a des restrictions de ce type dans plusieurs quartiers de la capitale Madrid en septembre, tout comme l'Allemagne en juin. Et en décembre, le Royaume-Uni avait confiné Londres et le Sud de l'Angleterre où le variant britannique circulait en majorité.

Le confinement local est-il efficace?

Des études ont déjà constaté l'efficacité de tels reconfinements locaux. "Nos analyses montrent que la transmission virale pourrait être efficacement et rapidement supprimée en combinant l'isolement précoce des personnes infectées avec le confinement communautaire", écrivaient des chercheurs dans une étude publiée en juin dans la revue scientifique Nature.

Ils avaient analysé le confinement local de la ville de Vo' en Italie, et selon leurs observations, "le confinement a réduit la transmissibilité du SARS-CoV-2 en moyenne de 82% à 98%", bien que les chercheurs notent qu'il avait été associé à une campagne massive de tests sur les habitants, et que ces résultats dépendent aussi du nombre de personnes infectées au départ.

L'efficacité de cette mesure peut en effet varier selon sa dureté et des modalités qui l'accompagnent. En Chine, les confinements locaux ont bien fonctionné mais en étant extrêmement stricts. "Dans certains pays, les confinements locaux ont été appliqués par la police à un degré qui ne serait pas toléré dans ce pays", avait déclaré à la revue scientifique BMJ l'infectiologue britanique Keith Neal, au sujet du Royaume-Uni.

"D’un point de vue épidémiologique, confiner localement ou régionalement, ça pourrait être très utile et moins pesant pour une grande partie de la population française", expliquait fin décembre à 20 minutes Didier Guillemot, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, mais "l’organisation politique de la France complique les choses. Qui va gérer ces reconfinements locaux? Les présidents de région? Les préfets? Ce ne sont pas forcément les mieux placés."

"On est un département de transit et de brassage"

Pour certains élus de Moselle, le confinement local n'aurait de toute façon pas d'impact fort sur la circulation du virus dans le département, en raison de sa situation. Il est traversé par "de grands axes de communication du Nord au Sud et d'Est en Ouest, et près de 100.000 de nos concitoyens travaillent aujourd'hui au Luxembourg et en Allemagne, on est un département de transit et de brassage de la population", déclare vendredi sur BFMTV Patrick Weiten, président UDI du département.

En ce sens, "je ne suis pas convaincu que le confinement total donne des résultats puisque par ce brassage de population et ce transit, malheureusement l'infection continuera à venir de l'extérieur", estime l'élu.

De plus, la perspective d'imposer à nouveau des restrictions à la population inquiète. "Nous avons été à plusieurs reprises déjà, touchés par des mesures très contraignantes", déclare Patrick Weiten. "La situation géographique, économique et psychologique ne permet pas aujourd'hui un confinement généralisé, ce ne sera pas réalisable", abonde sur BFMTV Brahim Hammouche, député MoDem de Moselle.

D'autres propositions sont donc sur la table dans le département, afin d'éviter le reconfinement: la fermeture des écoles, où le virus circule beaucoup dans cette zone, la mise en place d'un couvre-feu le week-end, mais aussi l'augmentation des dépistages, et une dotation plus forte en doses de vaccins.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV