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Coronavirus: Madrid reconfine des quartiers défavorisés, des habitants en colère

850.000 habitants de plusieurs quartiers défavorisés de Madrid sont de nouveaux soumis à de stricts limitations à leur liberté de mouvement à partir de ce lundi.

Plusieurs centaines de personnes se sont réunies dimanche dans les rues de Madrid pour protester contre le reconfinement qui entre en vigueur ce lundi dans plusieurs quartiers défavorisés de la ville pour lutter contre la deuxième vague de l'épidémie de coronavirus.

Les habitants des zones concernées, 850.000 personnes représentant 13% de la population régionale, ne pourront sortir de leur quartier que pour des raisons de première nécessité comme aller travailler, aller chez le médecin ou amener leurs enfants à l'école. Ils pourront, en revanche, se déplacer librement au sein de ce quartier. De la même manière, l'entrée dans ces zones, sauf pour ces raisons de première nécessité, sera interdite.

"Non au confinement de classe"

"Non au confinement de classe", "Ils détruisent notre quartier et maintenant ils nous enferment", pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants, qui déplorent "une ségrégation" et des mesures "injustes" et "discriminatoires".

"On a l'impression qu'on se moque de nous: nous pourrons continuer à aller travailler dans d'autres zones qui ne sont pas confinées au risque d'augmenter la transmission, et nous pourrons aussi nous infecter à l'intérieur de notre zone", a dénoncé Bethania Perez, infirmière de 31 ans.

Certains protestataires ont également exigé la démission de la présidente régionale Isabel Diaz Ayuso: "Ayuso, vous êtes le virus", lisait-on parmi la foule.

Manifestation au théâtre royal de Madrid

Quelques heures après, une nouvelle contestation a éclaté au théâtre royal de Madrid. Les spectateurs placés dans les rangs les plus hauts, traditionnellement les moins chers, ont déploré de ne pas bénéficier des mêmes distances de sécurité appliquées aux rangs du bas, les plus onéreux.

Malgré les tentatives d'explication des organisateurs, l'opéra a été annulé.

"Pas de confinement du pays"

La présidente conservatrice de la région, Isabel Diaz Ayuso, très critiquée pour sa gestion de la crise, doit rencontrer ce lundi le Premier ministre Pedro Sanchez, signe de la préoccupation du gouvernement central alors que la gestion de la santé publique revient en principe aux régions.

"Nous voyons des données qui nous inquiètent car le nombre de nouveaux cas (à Madrid) représente le double de la moyenne nationale, et le nombre d'hospitalisations le triple" de la moyenne, a expliqué le dirigeant socialiste samedi soir lors d'une interview télévisée. Toutefois, "je n'envisage pas un confinement du pays", a-t-il assuré.

Soumise au printemps à l'un des confinements les plus stricts au monde, l'Espagne a vu depuis juillet l'épidémie repartir à une vitesse galopante, jusqu'à devenir le pays ayant le nombre de cas rapporté à sa population le plus élevé de l'UE.

Cyrielle Cabot avec AFP