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Le reconfinement de la ville de Melbourne valide-t-il l'hypothèse de la saisonnalité du Covid-19?

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Photo d'illustration. - XAVIER GALIANA

Devant la recrudescence de cas de coronavirus, les autorités australiennes ont décidé de reconfiner Melbourne dès ce mercredi. Une situation qui pousse à poser la question de la saisonnalité du virus.

A Melbourne, cinq millions de personnes doivent à nouveau se calfeutrer chez elles. Les autorités australiennes ont en effet fait le choix de reconfiner l'agglomération, face à la flambée des nouveaux cas de coronavirus dans l'Etat de Victoria. La situation de l'Australie, pays de l'hémisphère sud entrant dans son hiver, pousse à se poser avec plus d'acuité encore la question du caractère saisonnier potentiel de la maladie.

La recherche phosphore bien-sûr autour de cette question. Une étude conduite par Mohammed Sajadi, de l'Université de Virginie, avec l'appui d'épidémiologistes de l'Université du Maryland et publiée dans le Jama Network Open à la mi-juin, compare la force avec laquelle le Covid-19 a frappé 50 villes de l'hémisphère nord lors de la première vague du virus, avant le 10 mars. Les scientifiques affirment ainsi que l'épidémie a atteint plus durement huit villes dont la température était comprise entre 0°C et 10°C, et l'humidité jaugée à 5%. L'Australie viendrait-elle enfoncer le dernier clou et faire de cette théorie une certitude?

Les aérosols plutôt que la température

"C'est aller un peu vite", tempère Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS et chercheuse experte en immunologie à l'institut Cochin, auprès de BFMTV.com.

"Je suis dubitative quant au caractère saisonnier du virus. Basé sur quoi? Sur des corrélations", a-t-elle ajouté.

La spécialiste rappelle que le virus ne circule pas actuellement dans le seul hémisphère sud.

"Il y a des foyers qui apparaissent en France, c'est reparti aussi en Chine, même si, apparemment, ils ont réussi à contrôler".

Des exemples auxquels on peut ajouter celui de la Catalogne dont une partie de la population a dû également reprendre le chemin du confinement.

La chercheuse n'écarte pas, en revanche, l'hypothèse que l'hiver dope la nocivité du virus par un autre truchement que celui de la température. De nombreux scientifiques pensent ainsi que les aérosols, ces fines particules s'attardant dans les airs des milieux clos, sont en fait le principal vecteur du mal, bien plus que les surfaces de contact. 239 experts viennent même d'écrire en ce sens à l'Organisation Mondiale de la Santé.

Morgane Bomsel voit en ce confinement naturel lié aux frimas de l'hiver la principale cause de l'épanouissement du virus en saison froide.

"Les lieux sans beaucoup d'aération, ni mouvement d'air, rouvrent, or c'est comme ça que les premiers cas se sont transmis."

La question de la saison pourrait donc être une "histoire de comportement plus qu'une histoire de biologie". Morgane Bomsel souligne ainsi l'importance des gestes-barrières et des accessoires de protection et déplore le déclin de l'effort collectif:

"S'il n'y a pas un pourcentage suffisant de gens portant des masques et se protégeant convenablement, ça ne sert à rien".
Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV