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Le simulateur de conduite pour une formation plus courte et moins chère ?

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Le gouvernement entend développer l’usage du simulateur de conduite afin de réduire la durée et le coût de la formation. Un réel avantage pour les élèves et les auto-écoles ? Rien n’est moins sûr !

Ce contenu a été réalisé en partenariat avec Auto-école.net

Actuellement peu utilisés en auto-école, les simulateurs sont de plus en plus performants. Les constructeurs vantent leurs mérites pour l’acquisition des compétences de base, appelées mécaniques, comme la prise en main du volant ou le passage des vitesses mais aussi pour les compétences plus complexes liées à la conduite en situation réelle.

La mesure n° 2 du gouvernement permet de doubler les heures passées sur cet outil, de 5 heures actuellement à 10 heures, afin de :

Réduire le coût du permis car les heures sur simulateur sont moins chères que celles en circulation ; Diminuer le nombre d’heures passées en circulation où il peut y avoir des pertes de temps liées au trafic souvent dense dans les grandes villes.

L’association d’heures sur simulateur à des heures de conduite en circulation semblerait être très pratique et efficace.

Néanmoins, l’usage de cet outil se heurte à quelques difficultés réelles tant pour les élèves que pour les auto-écoles selon les retours du terrain. Voici un décryptage de la mesure sûrement la plus complexe à mettre en œuvre parmi les 10 mesures du « Permis pour tous » inspirées par le rapport de la députée Françoise Dumas.

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En moyenne, les auto-écoles traditionnelles proposent des forfaits de 30 heures de conduite à raison de 45 € l’heure soit un forfait à 1350 € en moyenne. Les auto-écoles en ligne proposent des packs soit 30 % moins cher en moyenne.

La Loi dispose qu’il faut justifier de 20 heures de conduite minimum pour pouvoir passer son examen pratique. Mais il est important de préciser que sur ces 20 heures, 15 heures minimum doivent être réalisées en circulation. Si la plupart des auto-écoles donnent 20 heures de cours en circulation, certaines profitent de la possibilité de donner 5 heures d’enseignement « libre » pour enseigner sur simulateur quand d’autres préfèrent consacrer ce temps à des cours de conduite pratiques « théoriques » pour optimiser l’apprentissage de leurs élèves.

Du côté des élèves, les deux principaux avantages sont :

L’absence de stress, causé par le trafic en situation réelle, Le sentiment de sécurité qui permet d’apprendre plus efficacement.

En effet, les élèves sont souvent très stressés lors des premières séances car ils n’ont jamais conduit et sont plongés directement dans le trafic parfois très dense et complexe dans les grandes villes, avec la présence de tous les usagers : bus, piétons, camions, etc. Cet outil est très efficace pour permettre aux candidats de débuter leur formation en toute sécurité et d’apprendre plus rapidement. Ils sont concentrés sur la manipulation des commandes et savent qu’ils ne causeront aucun accident réel ni ne perturberont la circulation en cas de mauvaise gestion de leur conduite. Selon la qualité des logiciels, ils pourront même continuer à progresser au-delà des premières heures dédiées aux manipulations mécaniques pour travailler des compétences plus complexes comme les croisements, les dépassements voire la conduite de nuit.

L’autre grand avantage pour les élèves mais aussi pour les auto-écoles est le prix de l’heure de cours sur simulateur bien inférieure à celle dans un véhicule. Il faut compter environ entre 30 € et 40 € pour une séance d’1 heure et le taux de rentabilité pour l’auto-école est supérieur car il n’y a pas de frais d’essence ni d’usure du véhicule ni de salaire du moniteur

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Malgré les innovations et améliorations de la technologie, jamais elle ne pourra remplacer la pratique en situation réelle avec un moniteur aux côtés de l’élève. Si 90 % de la tâche de conduite repose sur le regard du conducteur et son aptitude à anticiper et à analyser les situations, alors on peut se demander si cet outil peut assurer l’acquisition de cette compétence fondamentale. Et ce constat a même été réalisé par les moniteurs pour les premières compétences mécaniques. Si le passage des vitesses est souvent acquis, les freinages et rétrogradages ne sont pas du tout maîtrisés car la conduite en mouvement n’est pas du tout la même que celle statique dans le fauteuil du simulateur. Il faut parfois reprendre totalement le cours.

D’où l’inquiétude justifiée de Philippe Colombani, président de L’UNIC (Union Nationale des Indépendants de la Conduite), « ce sont les professionnels qui se feront insultés par le public qui sait très bien que le simulateur ne remplacera jamais la conduite réelle et qu’il faudra ajouter des leçons et que le prix annoncé ne sera pas réel. Nous passerons encore pour des voleurs. »

De plus, le sentiment de sécurité peut à terme être un obstacle à la formation car le stress fait partie de la conduite sur la route. Et l’élève doit savoir justement maîtriser ce tout en conduisant.

C’est donc un dispositif intéressant mais seulement pour un type d’élèves les plus stressés. Son usage ne peut pas remplacer la conduite dans un véhicule avec un moniteur à ses côtés.

Pour un apprentissage efficace, il faudrait en réalité qu’un enseignant soit en permanence à côté de l’élève. Mais dans ce cas, la rentabilité est très faible voire inexistante pour l’auto-école. Dans ce cas, mieux vaut alors une véritable séance en voiture.

Ce que confirme Stéphane Cretin, directeur d’auto-école à Dijon : « le simulateur de conduite est un outil magnifique s'il est utilisé avec l'accompagnement d'un formateur. Aujourd'hui on a la possibilité d'en faire 5 heures sur 20 heures. Le gouvernement veut monter à 10 heures sur 20 heures. C'est disproportionné. On risque d'avoir de grande salle comme des open-spaces avec des simulateurs en libre-service. » Encore une fois, l’intérêt pédagogique pour l’élève s’éloigne fortement dans cette perspective.

Cette mesure prévoit d’augmenter de 5 à 10 heures la durée d’apprentissage pouvant être dispensée sur ce type de dispositif simulateur. Ainsi, sur les 20 heures de conduite, la moitié de la formation pourra être réalisée sur simulateur (contre un quart actuellement).

L’ objectif est de réduire le coût de l’apprentissage de la conduite pour les candidats. Ainsi, pour 30 heures de conduite dont 10 sur simulateur, l’élève payera 1215 euros soit 135 euros de moins que la filière traditionnelle.

On peut tout de même relativiser les économies que réaliseront les élèves au niveau du prix et de la durée de formation mais aussi l’intérêt de la mesure au niveau de la technologie elle-même.

D’une part, les prix des packs des auto-écoles en ligne sont déjà 30 % moins chers que cette option avec 5 heures de simulateur en plus. D’ailleurs, dans le calcul proposé par le gouvernement, l’économie de 135 € ne représente que 10 % du prix global du permis. Nous sommes donc loin des 30 % d’économie annoncée.

D’autre part, on peut se questionner sur la capacité d’investissement des auto-écoles pour acheter ces outils des simulateurs. Le coût d’un simulateur est d’environ 20 000 € et il faut compter 4 000 € pour l’achat d’un logiciel supplémentaire. Malgré une incitation fiscale du gouvernement qui accompagne cette mesure, on est en droit de se demander si les auto-écoles auront les moyens d’investir et s’ils pourront répercuter ces économies sur les prix de leurs forfaits. De plus, l’utilisation du simulateur nécessite un local bien adapté qui peut coûter très cher selon les villes et le prix de l’immobilier. A l’heure où les élèves ont commencé à prendre l’habitude de prendre des cours sur des points de rendez-vous au lieu de se rendre en agence, le simulateur cela constitue une contrainte supplémentaire.

Cette remarque a d’ailleurs été faite par Patrice Bessone, président du CNPA (Conseil National des Professions de l’Automobile). « Le simulateur ne fera que baisser très peu le coût : on ne peut pas tout faire sur un simulateur. Valider le simulateur veut dire que le gouvernement valide le fait qu'une école de conduite est, en fin de compte, un local d'enseignement. »

Le gouvernement espère également accélérer la durée de formation. En ce moment, il faut environ 35 heures de cours pour qu’un élève réussisse son permis de conduire du premier coup. L’objectif du simulateur est de réduire cette durée à environ 30 heures.

Mais les auto-écoles en ligne ont déjà des résultats plus performants. Certaines d’entre elles affichent une réussite à la première tentative au bout d’environ 25 heures de cours grâce à des outils digitaux de suivi personnalisé et de vidéos pédagogiques de pratique de la conduite permettant d’acquérir des connaissances avant les séances.

Comme le souligne encore une fois Philippe Colombani, « le simulateur est utile mais ne doit pas faire croire que les heures de simulateur permettront de baisser d’autant le nombre d’heures de conduite. Cela entretiendra un prix d’appel plus bas, mais le prix final n’en sera pas ou peu impacté ».

Enfin, une dernière question se pose : la dimension technologique. En effet, à l’heure de la réalité virtuelle ou augmentée avec les casques VR, des simulateurs en ligne dématérialisés, des vidéos à 360 degrés, le gouvernement n’a pas spécifié quelle technologie devra être utilisée par les auto-écoles. Puisque les technologies en ligne progressent de jour en jour (on peut maintenant conduire en ligne avec un volant et des pédales), il est très réducteur de limiter l’innovation au simulateur en agence.

D’autres technologies à venir sont en construction. Il faut ainsi libérer l’innovation et laisser les acteurs de la filière libre de le faire dans une limite de 10 heures sur les 20 heures obligatoires.

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Contraindre les auto-écoles à l’achat d’un matériel coûteux qui peut rapidement devenir obsolète semble être un choix curieux. En moins de 3 ans, les auto-écoles en ligne ont permis de diviser par 10 le prix de la formation au Code de la route et elles ont déjà permis de réduire de plus de 30% le prix du permis. Des technologies en cours pourraient rapidement bouleverser l’apprentissage de la conduite et faire réduire le coût de manière beaucoup plus drastique. L’usage du simulateur en agence représente donc un cadre beaucoup trop rigide et cher qui peut s’avérer rapidement obsolète au vu des innovations technologiques en cours.

Pour conclure, la mise en avant de l’usage du simulateur constitue une bonne idée. Il permet certainement de faire évoluer l’apprentissage et va dans le sens de la recherche et de l’innovation pour améliorer la formation. Cependant, il est dommage de ne pas laisser les acteurs du marché innover en imposant une technologie qui présente encore beaucoup de contraintes physiques et d’inconvénients au niveau de l’apprentissage de la conduite, qui est pourtant le cœur du sujet.

Contenu rédigé par notre partenaire Auto-école.net