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Montebourg, Mélenchon, Hamon, l'anti-hollandisme de gauche veut s'installer à l'Elysée

François Hollande, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg.

François Hollande, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg. - Bertrand Langlois-AFP

Arnaud Montebourg Benoît Hamon, ou Jean-Luc Mélenchon sont désormais en campagne en vu de l'élection présidentielle. Et les trois hommes n'épargnent pas le chef de l'État.

Quatre ans après l’avoir, à des degrés divers, aidé à se faire élire - et même pour certains à gouverner - ils sont maintenant nombreux à gauche à se montrer impatients de vouloir prendre la place de François Hollande. Trois noms se détachent dans l’univers de l’anti-hollandisme de gauche: Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. S’ils peuvent donner l’impression de se marcher sur les pieds, chacun a sa façon bien à lui de vouloir liquider l’héritage l'actuel chef de l'Etat. 

"Un bilan indéfendable" pour Arnaud Montebourg

C’est peut-être du camp Montebourg, ex-ministre de l’Economie de Manuel Valls, que sont venus dernièrement les propos les plus durs à l’encontre du chef de l’Etat. Il y a une dizaine de jours, au micro de RMC, le conseiller PS d’Île-de-France François Kalfon se muait de porte-parole en porte-flingue d’Arnaud Montebourg: "Le problème de François Hollande aujourd'hui n'est pas de savoir s'il va gagner ou perdre, mais de savoir dans quelles conditions il va perdre donc c'est quelque chose de plus compliqué."

Le 21 août suivant, Arnaud Montebourg déclarait sa candidature à la présidentielle à Frangy-en-Bresse (sans s’engager pour le moment à concourir à la primaire de la gauche) et enchaînait les coups à destination de François Hollande. Pas question pour lui de défendre "un bilan indéfendable". Le candidat Montebourg poursuivait alors: "L’échec qui est le nôtre provient du reniement et du renoncement." L’ex-ministre du Redressement productif a même depuis conseillé au président sortant de ne pas se présenter.

Une manière peut-être de provoquer, comme un boxeur à la pesée, son challenger déjà à moitié dans les cordes: un sondage Ipsos donne même Arnaud Montebourg gagnant contre François Hollande lors d’un hypothétique duel dans la primaire.

Benoît Hamon se présente contre Hollande...et surtout contre Valls

L’homme qui arrive en troisième position dans cette même enquête d’opinion s’appelle Benoît Hamon, encore un ancien ministre du quinquennat actuel. Il n’y a pas si longtemps, il était très proche d’Arnaud Montebourg. Pourtant, il a grillé la politesse à son compagnon d’armes et a annoncé sa candidature (pour ce qui le concerne, à la primaire) avant lui. Mais il n’a tenu son premier grand meeting que ce 27 août à Saint-Denis, en banlieue parisienne.

L’occasion tout d’abord de montrer ses divergences avec l'ancien ministre de l'Economie, notamment sur l’Europe. Là où Arnaud Montebourg promeut "un dépassement des traités européens et une refondation de l’Union", le tout assorti d’une émancipation de la fameuse "règle d’or" (un plafonnement du déficit public à 3%), Benoit Hamon parle de propositions "puériles" et se fait le chantre de négociations d’alliances avec les partenaires européens pour renverser les rapports de force.

Mais c’est aussi dans leur manière de s’opposer à l’exécutif que le fossé s’est creusé entre les deux frondeurs. Même s’il reproche à François Hollande son indécision et son manque de volonté d’essayer de mener une politique de gauche sur le terrain économique, c’est surtout après Manuel Valls que Benoît Hamon en a. En fin de semaine dernière, il a demandé au président de la République de mettre un terme "à la dérive de plus en plus forte" de son Premier ministre sur les questions identitaires, fustigeant son soutien aux arrêtés municipaux anti-burkinis.

Samedi, lors de son rendez-vous de Saint-Denis, il a approfondi ce même sillon: "Mais comment un Premier ministre issu de la gauche a-t-il pu se retrouver ainsi désavoué en compagnie des Ciotti, Estrosi, Sarkozy, sans oublier l’armada Le Pen?"

Le rabibochage ou le divorce définitif

L’initiative de Benoît Hamon ne soulève ni l’enthousiasme ni la considération du côté d’Arnaud Montebourg. Dans l’entourage du Bourguignon, on sourit d’ailleurs, d'après le Parisien: "Benoît Hamon a le droit d’être candidat. Mais on parle quand même de défier le président sortant..." 

Façon bien sûr de dire que tout de même, vu depuis les partisans de l’ambassadeur du "Made in France" tout ça ne fait pas très sérieux. Pourtant les deux candidats semblent se partager une même base de sympathisants. Dans Libération, certains escomptent même un rabibochage et une "doublette" les réunissant sous une même bannière pour les prochaines échéances électorales.

Mélenchon veut garder "le silence derrière le corbillard" du quinquennat

Et puis il y a le pionnier de l’anti-hollandisme de gauche, celui qui fut en son temps l’inventeur du fameux "capitaine de pédalo": Jean-Luc Mélenchon, qui défendra, sauf surprise, le programme du Parti de gauche à la présidentielle de 2017. Ce 28 août, il accomplissait sa rentrée politique à Toulouse.

Arpentant la scène, au centre de la foule de ses partisans, il a tracé à grands traits ce qui le distinguerait de la politique du gouvernement: "Les partis de gouvernement n’ont pas d’autre programme que celui de la Commission européenne" a affirmé un Jean-Luc Mélenchon qui se fait désormais l’avocat "d’un nouvel indépendantisme français" et propose un référendum pour sortir des traités européens. Il a aussi annoncé sa volonté d’"abroger la loi travail" s’il était élu par les Français.

Mais force est de constater que le député européen a fait léger sur François Hollande et son équipe. Faisant référence au déplacement à Colomiers (Haute-Garonne) ce 29 août de Manuel Valls et de plusieurs de ses ministres, il a ainsi expliqué sa relative retenue: "Ils vont commencer la tournée d’adieu à Colomiers. Derrière le corbillard, le silence."

L'anti-hollandisme ne craint pas le vide mais plutôt le trop-plein

Jean-Luc Mélenchon n’a pas tellement besoin d’en rajouter sur ce chapitre, sa voix porte suffisamment à gauche. Un sondage Odoxa pour Le Parisien montre que selon les Français c’est lui qui incarne le mieux les idées de la gauche de la gauche. Le panel l’a placé en tête de cette catégorie avec un score de 41% devant Arnaud Montebourg à 24% et Benoît Hamon à 20%.

Il n’a toutefois été question ici que des principales figures de l’anti-hollandisme en quête de la désignation suprême. Mais la liste n’est pas exhaustive. Derrière ces têtes d’affiche, on aperçoit encore Cécile Duflot (candidate à la primaire écologiste), la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann et l’ancien inspecteur du travail Gérard Filoche (candidats à la primaire de la gauche). Si on ajoute Cécile Duflot à Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, cela ferait donc trois anciens ministres se présentant contre le président sortant. Hors cohabitation, c’est du jamais-vu.

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Benoît Hamon

Robin Verner