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Burkini: après la décision du Conseil d'Etat, Manuel Valls isolé 

Manuel Valls invité de Jean-Jacques Bourdin dans son émission "Bourdin Direct"

Manuel Valls invité de Jean-Jacques Bourdin dans son émission "Bourdin Direct" - BFM TV et RMC

Le Conseil d'Etat a décidé de suspendre l'arrêté anti-burkini en vigueur à Villeneuve-Loubet (Alpes-maritimes). Le Premier ministre, qui avait pris position en faveur d'une interdiction, semble maintenant isolé au sein même de son propre camp.

Le Conseil d’Etat a donc suspendu ce 26 août l’arrêté anti-burkini pris à Villeneuve-Loubet (Alpes-maritimes). Un dénouement qui n'a pas manqué de susciter de nombreuses réactions politiques et risque d’isoler Manuel Valls au sein de son propre gouvernement.

Le rappel du Conseil d'Etat

Le Conseil d’Etat, qui avait était saisi par la Ligue des Droits de l’Homme et le Collectif contre l’islamophobie, a rappelé qu’un tel arrêté ne pouvait être pris par les municipalités que pour la préservation de l’ordre public ou encore "le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade, l’hygiène et la décence". Conditions que l’arrêté de Villeneuve-Loubet ne respectait visiblement pas.

Bien sûr, cette décision qui rétablit de facto la possibilité de porter un burkini sur la plage à Villeneuve-Loubet ne s’applique que dans cette ville et non dans les trente autres communes ayant fait le même choix. Mais l'on s’attend à ce que cette décision fasse jurisprudence.

Une séquence désastreuse pour le Premier ministre

Ainsi relancée, la séquence politique s'avère être désastreuse pour Manuel Valls. Car le chef du gouvernement a tenu une position offensive à l’égard du burkini. Le 25 août, il développait son opinion sur la question au micro de BFMTV et RMC, exprimant son soutien aux arrêtés municipaux qu’il jugeait "essentiels" face à ce qu’il voyait comme des "risques pour l’ordre public".

Avec cette intervention, Manuel Valls cherchait déjà à éteindre un incendie politique au sein de son gouvernement de sa majorité car peu avant Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, avait fait part de son malaise sur les ondes d’Europe 1. Elle avait estimé que la "prolifération des arrêtés anti-burkini (n’était) pas la bienvenue", craignant que ça ne "libère la parole raciste".

Une mise au point de Matignon qui ne prend pas à gauche

La mise au point du locataire de Matignon n’avait pourtant pas apaisé les débats au sein de son équipe. Bien au contraire: quelques heures plus tard, Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, écrivait ainsi sur son blog:

"Mais faire comme si, en se baignant voilée ou en restant habillée sur une plage, on menaçait en soi l’ordre public et les valeurs de la République, c’est oublier que ces valeurs doivent précisément permettre à chacun de ne pas renier son identité. C’est oublier que la laïcité n’est pas le refus de la religion : c’est une garantie de liberté individuelle et collective."

La suspension décrétée par le Conseil d’Etat va donc apporter de l’eau au moulin des deux ministres mais pas seulement. Razzy Hamadi, député élu en Seine-Saint-Denis et porte-parole du Parti socialiste, espérait sur BFMTV qu’elle allait clore "une mauvaise polémique". 

Avant même l'annonce du Conseil d'Etat, ce 26 août avait vu la contestation contre Manuel Valls monter d'un cran à gauche. Plus tôt sur RTL, l’ancien ministre Benoît Hamon, figure de l’aile gauche du Parti socialiste, adversaire déclaré de Manuel Valls et candidat à la primaire de la gauche, avait d'ailleurs évoqué "une dérive de plus en plus forte du Premier ministre sur les questions identitaires" à qui il reprochait d’ "alimenter les peurs".

L'ironie de l'opposition

En-dehors de la majorité socialiste, d’autres tournent aussi leurs regards vers Manuel Valls, les ténors de l’opposition en premier lieu. Christian Estrosi, président du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur et ancien maire de Nice, a par exemple indiqué qu’il attendait désormais le Premier ministre au tournant. Et le virage que Manuel Valls doit négocier n'a rien d'évident. 

Robin Verner