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Marine Le Pen au Liban pour son premier tête-à-tête avec un chef d'Etat

Gaël Nofri en novembre 2012

Gaël Nofri en novembre 2012 - Valery Hache - AFP

En quête de crédibilité internationale, Marine Le Pen va, pour la première fois, rencontrer un chef d'Etat en exercice lundi, à l'occasion de son déplacement au Liban.

Marine Le Pen peinait jusqu'ici à dépasser son cercle d'alliés européens. Mais lundi, pour la première fois depuis son arrivée à la tête du Front national en 2011, elle rencontrera officiellement un chef d'Etat en exercice, le président libanais Michel Aoun.

Lors de ce voyage, repoussé à plusieurs reprises, la candidate à l'élection présidentielle va rencontrer "des personnalités, des autorités politiques et religieuses de premier plan", se félicite-t-on dans son entourage.

Le 31 octobre dernier, Marine Le Pen avait salué l'élection du président libanais Michel Aoun. Ce chrétien maronite a vécu en exil en France pendant 15 ans à la fin de la guerre civile, où il fondera le "Courant patriotique libre", hostile à la Syrie. Il s'est depuis rapproché du régime de Bachar al-Assad et est parvenu à accéder à la présidence à la suite d'alliances avec le Hezbollah.

Renforcer sa stature internationale

Marine Le Pen devrait également rencontrer le Premier ministre Saad Hariri, hostile au régime syrien, soutenu par le Front national, qui est à la tête depuis mi-décembre d'un gouvernement réunissant l'ensemble de l'éventail politique, à l'exception du parti phalangiste (chrétien).

Outre le duo exécutif, elle s'entretiendra lundi avec le ministre des Affaires étrangères Gibran Bassil et des parlementaires francophones. Mardi, elle verra le moufti de Beyrouth, le patriarche maronite et Samir Geagea, chef chrétien maronite des Forces libanaises (droite chrétienne).

Les deux têtes de l'exécutif libanais ont déjà rencontré le 24 janvier l'un des principaux rivaux de Marine Le Pen à la présidentielle, Emmanuel Macron. De son côté, François Fillon a annulé son voyage en raison de l'affaire sur les emplois présumés fictifs de sa famille. Pour la présidente du FN, cette première vise à renforcer sa stature internationale: elle n'a, officiellement, jamais rencontré de chef d'Etat étranger en exercice.

Faire un geste envers les chrétiens d'Orient

Son entourage jure toutefois que "ce n'est pas la première fois" qu'elle voit un dirigeant étranger: "les visites sont publiques ou elles ne le sont pas". Marine Le Pen avait démenti son ancien conseiller à l'international, l'eurodéputé Aymeric Chauprade, qui avait laissé entendre qu'elle avait déjà rencontré Vladimir Poutine, le président russe.

Aller au Liban, marqué par l'afflux considérable de réfugiés fuyant la guerre en Syrie, "c'est le signe qu'elle s'intéresse énormément à cette région", souligne auprès de l'AFP Wallerand de Saint Just, trésorier du FN qui fut dans les années 1990 l'un des avocats de M. Geagea, adversaire politique de M. Aoun. Avec cette visite, Marine Le Pen veut aussi faire un geste envers les chrétiens d'Orient, selon plusieurs sources frontistes. François Fillon a beaucoup défendu cette cause.

Des visites snobées

Ces rencontres au sommet à Beyrouth masquent toutefois sa faiblesse au plan international. En Europe, Marine Le Pen peut surtout compter sur ses alliés étrangers, avec lesquels elle a constitué un groupe solide au Parlement européen.

Mais son accession éventuelle à l'Elysée en mai continue à susciter une large réprobation, aussi bien dans les milieux économiques que politiques. Sa visite au Québec en mars 2016 avait ainsi été snobée par les politiques canadiens. Angela Merkel, la chancelière allemande, a exclu de la recevoir. Son homologue espagnol, Mariano Rajoy, s'est inquiété lui d'une "catastrophe".

Présente en janvier dans la "Trump Tower", à New York, elle n'avait été reçue officiellement ni par le milliardaire installé depuis à la Maison Blanche, ni par son équipe. Sitôt élu, Donald Trump avait pourtant accueilli le leader europhobe britannique Nigel Farage.

M.P avec AFP