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Liban: le nouveau président Michel Aoun, retour d'un général disgracié

L'arrivée de Michel Aoun à la tête du Liban met fin à deux ans et demi de vacance présidentielle.

L'arrivée de Michel Aoun à la tête du Liban met fin à deux ans et demi de vacance présidentielle. - Image libre de droit.

Ce lundi, Michel Aoun est devenu le 13e président du Liban. L'accession au pouvoir de l'ancien général marque la fin d'un vide institutionnel de deux ans et demi en raison des profondes divisions dans le pays, notamment liées à la guerre en Syrie.

A 81 ans, son large front encore lisse ne témoigne pas des épreuves que Michel Aoun a traversé. Le 13e président libanais n’est pas de ceux nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Il voit le jour en février 1935 dans une banlieue populaire au sud du Beyrouth. Son géniteur est boucher, sa famille est modeste et surtout, très pieuse. Ce chrétien maronite fréquente les écoles religieuses avant d’embrasser une carrière militaire, un destin en vogue chez les jeunes libanais issu de milieu populaire.

Michel adulescent porte fièrement le képi bleu marine de l’armée libanaise. Il gravit rapidement les échelons jusqu’à devenir chef d’une unité d’élite multiconfessionnelle. C’est cette même élite qui s’opposera à la milice druze de Walid Joumblatt, appuyée par la Syrie, pour défendre les régions gouvernementales durant la guerre civile qui divise le pays, entre 1975 et 1990.

De la banlieue de Beyrouth à la présidence

Ces années de guerre civile marquent la consécration professionnelle du soldat Aoun. Lèvres pincées et nez busqué, des épaules carrés sous son uniforme militaire, il est sacré général et devient chef de l’armée. A l’été 1988, le président Amine Gemayel quitte le pouvoir sans successeur. C’est le général Aoun, à la tête d’un gouvernement militaire, qui sera chargé d’assurer l’élection d’un nouveau chef de l’Etat.

Durant ces deux années au pouvoir, il n’a qu’une seule idée en tête: libérer le Liban de l’armée syrienne présente sur ses terres. Le général Aoun lance ce qu’il appelle “la guerre de libération”, puis tente de désarmer les Forces Libanaises. Ces deux opérations sont un échec cuisant.

De la présidence à la fuite

Retranché sur les hauteurs du Mont-Liban, dans le palais présidentiel de Baabda, Aoun lance un appel à la France le 19 août 1989: il demande à François Mitterrand une intervention militaire. Cela fait maintenant un mois que certaines milices et l’armée d’occupation syrienne bombardent les zones chrétiennes, dans lesquelles vivent plus d’un million de personnes. Sa requête est entendue par la France qui dépêche le porte-avions Foch.

Michel Aoun est un homme opiniâtre. Il refuse de participer aux accords de Taef, en Arabie Saoudite, pour mettre fin à la guerre civile. Il reste tapi sous les dorures du palais présidentiel alors qu’un nouveau président, proche de la Syrie, est propulsé à la tête du pays. En octobre 1990, l’armée syrienne vient le déloger par la force, le général déchu ira alors se réfugier à Paris où il restera pendant 15 ans et fondera le “Courant patriotique libre”, hostile à la Syrie.

Le futur président aux lunettes fines revient sur le devant de la scène lors de l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. Un meurtre qui engendre une vague de manifestation dans le pays et aboutit au retrait total des troupes syriennes du Liban le 27 avril 2005.

Deux semaines plus tard, Michel Aoun rentre au Liban et crée la surprise aux législatives en remportant 21 sièges sur 128 à l'issue d'une campagne axée contre le confessionnalisme et la corruption.

Un laborieux compromis

Dans un nouveau coup de théâtre dont il est coutumier, il signe le 6 février 2006, un document d'entente avec le Hezbollah.

Lui qui se présentait comme l'adversaire du népotisme, se voit reprocher par ses adversaires d'être coupable du même pêché. Il se bat pour faire entrer au gouvernement deux de ses gendres. 

En mars 2011, la révolte qui éclate en Syrie déborde sur le Liban limitrophe. Alors que les partis chrétiens des Forces Libanaises et des "Kataëb" ainsi que la majorité des sunnites prennent partie pour les rebelles. Le général lui, ancien chantre de la lutte contre la famille Assad, parait retourner son uniforme est reste bienveillant à l'égard du régime. 

En mai 2014, le mandat du chef de l'État Michel Sleimane prend fin et plus de deux ans auront été nécessaires pour qu'un laborieux compromis assure le triomphe de Michel Aoun.

Marine Henriot