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Fillon disqualifié: ce que la droite va faire maintenant

François Fillon à son QG de campagne, le 23 avril 2017.

François Fillon à son QG de campagne, le 23 avril 2017. - Lionel BONAVENTURE - AFP

Absents du second tour après l’élimination de son candidat, Les Républicains misent sur les législatives pour se refaire. A condition d’éviter plusieurs chausse-trappes.

Avec 19,91% des voix au premier tour, François Fillon n'est arrivé qu'en troisième position dimanche soir, derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Pour la première fois depuis les débuts de la Ve République, le candidat de la droite de gouvernement n'est pas en finale.

Mais Les Républicains n'auront pas même le temps d'encaisser ce séisme. Dès ce lundi matin, plusieurs questions s'imposent à eux, dont celui de leur leadership et de leur stratégie dans les prochaines semaines. Revue des chantiers à venir:

"Débrancher" François Fillon

"Ce ne sont pas nos valeurs qui ont été battues ce soir", a assuré Laurent Wauquiez, "ce n’est pas la droite et le centre qui ont perdu, c’est François Fillon", lui a fait écho Eric Woerth. Dans la soirée de dimanche, de nombreux ténors Les Républicains semblaient s’être passés le mot (et le couteau): la responsabilité de la défaite revient au seul François Fillon. En refusant de se retirer malgré ses ennuis judiciaires, il a perdu son camp.

D’autres ont tenu des propos plus sévères encore à l’égard de l’ancien Premier ministre. Jean-François Copé, son ex-rival de toujours, a évoqué un "fiasco lamentable" sur le plateau de France 2. Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France, a déploré une "faillite politique". "La droite remercie vivement François Fillon de nous avoir coulés", a accusé de son côté le député européen Renaud Muselier sur Twitter.

La violence des attaques est à la mesure de la déception: au lendemain de la victoire de François Fillon à la primaire, la droite se pensait qualifiée d’office pour l’Elysée. Cinq mois plus tard, la plupart des barons LR sont contraints d’appeler à voter Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen.

Si François Fillon n’a pas annoncé son retrait de la vie politique dimanche soir, son avenir s’annonce très compliqué au sein de son parti. Laurent Neumann, éditorialiste politique de BFMTV, expliquait ce lundi matin sur notre antenne:

"Il est très peu probable qu'il obtienne une circonscription aux législatives. On se demande même, chez Les Républicains, si on lui accordera un siège aux sénatoriales. C'est vous dire que l'opération 'Débranchons Fillon' a sans doute commencé".

Se trouver un nouveau chef

En gagnant la primaire de la droite, François Fillon avait pris de facto la tête de LR. Après son élimination, les cartes sont rebattues.

Plusieurs figures du parti pourraient être tentées d’en prendre la direction, comme François Baroin, qui avait été désigné par François Fillon comme son possible Premier ministre en cas de victoire. Mais aussi Laurent Wauquiez, tentant d’une ligne plus à droite que le sénateur-maire de Troyes, sarkozyste d’obédience chiraquienne.

  • Selon les statuts de Les Républicains, un congrès doit être organisé quatre mois au plus tard après la vacance de la présidence afin que le parti se choisisse un nouveau leader.

Mais avant cette échéance, il y a les élections législatives. Eric Woerth, conseiller politique de François Fillon pendant la campagne, a exclu que ce dernier ne mène la bataille pour ce scrutin. Pour éviter un début de guerre des égos d’ici-là, Les Républicains pourraient décider de s’en remettre à une direction collégiale provisoire.

Un bureau politique convoqué ce lundi, auquel n'assistera pas François Fillon, devrait se pencher sur la question.

Résister ou participer au mouvement Macron

La quasi-totalité des cadres de LR et des centristes de l’UDI se sont engagés à soutenir Emmanuel Macron pour le deuxième tour de la présidentielle dimanche. D’autant plus facilement qu’ils espèrent remporter la mise aux législatives. Mais l’enjeu électoral sera-t-il suffisant pour souder la droite et le centre?

Car le cas Emmanuel Macron semble exacerber les forces centrifuges au sein de Les Républicains. Si la majorité des barons du parti se sont dits prêts à soutenir le leader d’En Marche!, certains l’ont fait avec plus ou moins d’ambiguïté.

  • Comme Laurent Wauquiez, qui s’est contenté d’annoncer qu’il ne "voterait pas pour Marine Le Pen", laissant la porte ouverte à la possibilité d'un vote blanc. Quant à Sens commun, l’organisation catholique qui avait fortement soutenu François Fillon pendant sa campagne, elle a tout bonnement exclu de soutenir l’ex-ministre de l’Economie.

De quoi accélérer les fractures au sein de la formation de droite et sa recomposition future? C’est sans doute ce sur quoi table le favori de la présidentielle.

G. de V.