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Affaire Benalla: le groupe LREM à l'Assemblée accusé de vouloir protéger Emmanuel Macron

Le député LR de l'Yonne Guillaume Larrivé, le 11 juillet 2017 au siège des Républicains à Paris.

Le député LR de l'Yonne Guillaume Larrivé, le 11 juillet 2017 au siège des Républicains à Paris. - Bertrand Guay - AFP

,C'est un véritable bras de fer qui s'est engagé à l'Assemblée entre la présidente de la commission des Lois, Yaël Braun-Pivet (LREM), et le co-rapporteur Guillaume Larrivé (LR).

La commission d'enquête de l'Assemblée nationale, chargée de "faire la lumière sur les événements survenus à l’occasion de la manifestation parisienne du 1er mai 2018", se déchire ce mercredi sur la suite des auditions dans l'affaire Benalla. 

D'un côté, la majorité LREM, derrière la présidente de la commission, Yaël Braun-Pivet, juge "inutile" d'auditionner d'autres membres de l'Elysée et du gouvernement. De l'autre, les oppositions, derrière le co-rapporteur Républicain, Guillaume Larrivé, demandent l'audition de "toute la chaîne hiérarchique" de l'Elysée, jusqu'au secrétaire général Alexis Kohler, du ministère de l'Intérieur, de responsables de LREM voire des syndicats policiers.

"Ils n'ont aucun lien avec cette affaire"

"En trois jours, nous avons auditionné huit personnes dont le ministre de l'Intérieur, les plus hauts responsables de la préfecture de police et, fait exceptionnel, trois responsables de la présidence de la République", a défendu Yaël Braun-Pivet. "Il nous apparaît inutile d'auditionner d'autres membres des cabinets du président et du ministre de l'Intérieur, dont les auditions menées jusqu'à ce jour nous ont montré qu'ils n'avaient aucun lien avec cette affaire", a ajouté cette ancienne avocate.

Ce mercredi matin, Yaël Braun-Pivet a obtenu gain de cause à l'issue d'une séance houleuse. La majorité de la commission des lois a ainsi voté pour convoquer une nouvelle audition du directeur de l'ordre public de la préfecture de police de Paris, Alain Gibelin, et du préfet de police de Paris Michel Delpuech, et ajouter le responsable de la compagnie de CRS 15 qui était place de la Contrescarpe le 1er mai. Selon nos informations, ce dernier sera auditionné vendredi à partir de 14h tandis qu'Alain Gibelin et Michel Delpuech se succéderont devant les députés ce jeudi, également à partir de 14h. 

Sous des huées, elle a accusé l'opposition, co-rapporteur en tête, d'"une approche polémique et politique qui vise à tirer profit de l'actualité loin de tout souci de la vérité".

Une obstruction à l'enquête

Pour l'opposition, cette "liste minuscule" est simplement la preuve que la majorité freine des quatre fers afin de protéger Emmanuel Macron. Et de dénoncer une volonté de faire obstruction à l'enquête. "Emmanuel Macron donne des ordres pour essayer d'étouffer cette affaire", a dénoncé Guillaume Larrivé sur le plateau de BFMTV.

"Je considère qu’il y a là un dysfonctionnement manifeste du fonctionnement de notre commission d’enquête et, en tant que co-rapporteur, je répète que je n’accepterai pas que cette commission fasse l’objet d’entrave et d’obstruction de la part d’une majorité aux ordres de l’Elysée", assénait Guillaume Larrivé ce mercredi matin.

"Scandaleux et inadmissible", s'est, quant à lui, exclamé Philippe Gosselin (LR). "Une manoeuvre grossière de la majorité de cibler la police", dénonce de son côté Eric Ciotti (LR). C'est une parodie de mauvais comique, une farce", s'est écriée Danièle Obono (LFI). "Vous avez toujours été sur le reculoir, vous êtes en train de nous dire que la messe est dite", a renchéri Stéphane Peu (PCF). Nicolas Dupont-Aignan, député Debout la France, dénonce, lui, "une farce", après avoir claqué la porte de la commission ce mercredi matin. 

Alalin Gibelin de nouveau auditionné

Yaël Braun-Pivet a justifié les nouvelles auditions policières par le fait qu'Alain Gibelin, directeur de l'ordre public et de la sécurité de la préfecture de police, "a notamment déclaré sous serment deux éléments remis en question depuis", à savoir qu'Alexandre Benalla "avait assisté à des réunions de travail entre le 2 mai et le 18 mai" et "qu'il n'avait pas rencontré Alexandre Benalla pour préparer les manifestations du 1er mai". Ces auditions devraient avoir lieu jeudi ou vendredi. Les membres de l'opposition n'excluaient pas, ce mercredi soir, de les boycotter.

Derrière ce bras de fer se cache aussi un enjeu de calendrier. La majorité voudrait que les auditions soient terminées avant la fin de la session extraordinaire le 1er août, avec le rapport dans la foulée. LR souhaiterait une adoption début septembre pour, selon la majorité, "remettre une pièce dans la machine". 

"Je n'ai jamais vu une commission d'enquête se passer aussi mal" 

Sur notre plateau ce mercredi soir, Benjamin Morel, docteur en science politique à l'Ecole normale supérieure et spécialiste du Parlement, a posé une analyse tranchée de la situation:

"Je crois n’avoir jamais vu une commission d’enquête qui se passe aussi mal. Pourquoi est-ce que ça se passe aussi mal ? Parce que cette commission d’enquête a été concédée à l’opposition à une condition : qu’on limite l’investigation au 1er mai et donc, d’une certaine façon, que dans ce qu’il s’est passé après, notamment tout ce qui concerne l’Elysée, le cabinet du président, le secrétariat général de l’Elysée, on ne mette pas vraiment le nez."

Schéma qui ne peut plaire aux oppositions. "L’opposition dit : ‘Ce n’est pas ce qui nous intéresse au fond’. Et c’est vrai, ce n’est pas le sujet politique. Le sujet politique, c’est de savoir comment ça a été traité en aval. Là, une vraie tension se crée, et cette commission ne va mener à rien", a-t-il enchaîné. Et la commission des lois de l'Assemblée nationale pâtit de la comparaison avec celle du Sénat selon l'expert: "Une autre commission se tient de front, celle du Sénat qui elle a une compétence beaucoup plus large et où les Républicains sont majoritaires et sur la même ligne que les autres groupes politiques. La tension va donc se porter sur les auditions du Sénat."

Cyrielle Cabot avec AFP