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La délicate articulation entre Benalla et la protection officielle d'Emmanuel Macron

Le président de la République Emmanuel Macron, flanqué d'Alexandre Benalla, le 12 avril 2018 à Berd'huis dans le nord-ouest de la France.

Le président de la République Emmanuel Macron, flanqué d'Alexandre Benalla, le 12 avril 2018 à Berd'huis dans le nord-ouest de la France. - Charly Triballeau - AFP

La sécurité d'un président est d'ordinaire assurée par une équipe de policiers et gendarmes d'élite, le GSPR. Alexandre Benalla semble pourtant s'être immiscé dans la protection du chef de l'Etat, au grand dam de certains syndicats policiers.

De qui dépendait Alexandre Benalla et quel était son rôle exact au côté du président de la République? Au-delà des violences à l'encontre de manifestants le 1er mai dernier, l'affaire Benalla pose la question des fonctions de cet homme, responsable de la sécurité du candidat pendant la campagne puis "chargé de mission" à l'Elysée une fois Emmanuel Macron élu.

Lors de leurs auditions lundi devant les députés le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb et le préfet de police Michel Delpuech ont tous deux désigné l'Elysée comme étant "l'autorité hiérarchique" d'Alexandre Benalla - qui se présentait sur sa carte de visite comme "adjoint au chef de cabinet du Président", un poste pourtant déjà occupé par Rodrigue Furcy. C'est d'ailleurs la présidence qui a convenu d'une mise à pied de 15 jours avec suspension de salaire après les faits du 1er mai.

Alexandre Benalla, souvent dans l'ombre du chef de l'Etat, n'était en aucun cas censé assurer sa sécurité, dont la responsabilité revient au Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). Ce groupe d'une cinquantaine de policiers et gendarmes d'élite sont en place 24 heures sur 24 au côté du Président, aussi bien dans le privé que dans l'officiel.

Ni gendarme, ni policier, Alexandre Benalla semble s'être immiscé parmi eux: sa voiture était dotée de dispositifs lumineux réservés aux policiers, il était un "interlocuteur connu" pour le préfet de police de Paris qui se souvient de l'avoir vu participer à des réunions de travail sur la sécurité (ce dont le directeur de la police nationale ne se souvient pas) et disposait d'un badge d'accès à l'Assemblée de haut niveau.

"On parle d'insultes, de menaces verbales"

Un document révélé par Le Point mardi atteste par ailleurs du fait qu'en octobre, il s'était vu attribuer un permis de port d'arme par la préfecture de police, compte tenu de sa "mission auprès du chef de cabinet du président de la République, en charge de la coordination de la sécurité de la présidence de la République avec les forces militaires et le GSPR".

Une ingérence auprès du GSPR qui n'était pas du goût de tous, selon certains syndicalistes policiers:

"On parle d'insultes, on parle de menaces verbales, on parle de réorganisation… Il faisait régner la terreur. Certains prétendent à dire qu'il était surnommé 'Rambo' au sein du GSPR", affirme sur BFMTV Yves Lefèvre, syndicaliste de l'Unité SGP-police Force ouvrière, entendu mardi par la commission d'enquête sénatoriale. Il a également affirmé lors de l'audition que "des civils, des privés" travaillaient avec Alexandre Benalla pour la sécurité du Président.

Le colonel Lionel Lavergne, chef du GSPR, a largement modéré ces propos en commission parlementaire ce mercredi. "Alexandre Benalla n'avait aucune autorité sur les services de sécurité. Il ne dirigeait pas le GSPR", a-t-il assuré aux députés, précisant toutefois qu'"il pouvait donner des consignes qui avaient des conséquences pour faire évoluer le dispositif de sécurité".

"Un très bon interlocuteur" pour le chef du GSPR

Le colonel Lavergne a assuré qu'il avait avec Alexandre Benalla des "relations très professionnelles, très claires sur la répartie des missions, sur la manière de travailler, sur la collaboration avec la chefferie de cabinet". Pour le chef du GSPR, le proche d'Emmanuel Macron était "un très bon interlocuteur en termes d'organisation des déplacements du Président". Le chef du GSPR assure par ailleurs n'avoir "jamais eu retour de personnel faisant état que M. Benalla avait un comportement déplacé ou était craint par certains personnels du GSPR".

Le directeur du cabinet du Président Patrick Strzoda a réaffirmé ce mercredi, "au nom du chef de l'Etat", que "la sécurité (du chef de l'Etat) ne pouvait être assurée que par policiers et gendarmes". 

Selon nos informations, Alexandre Benalla oeuvrait toutefois à une fusion des différents services en charge de la sécurité du chef de l'Etat, approuvée par ce dernier. Le tout au nez et à la barbe du ministère de l'Intérieur, dont le GSPR est sous la tutelle. A terme, le Canard enchaîné de ce mercredi croit savoir que cette nouvelle Direction de la sécurité de la présidence de la République (DSPR) n'aurait rendu des comptes qu'à l'Elysée, que ce soit pour ses missions, son matériel ou son recrutement.

L.A., avec Jules Chiapello et AFP