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Après les auditions de Collomb et Delpuech, l'Elysée sous pression

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- - GERARD JULIEN / AFP

Le ministre de l'Intérieur et le préfet de police de Paris ont pris soin de se dédouaner de toute responsabilité dans l'affaire Benalla devant la commission d'enquête parlementaire. Les regards se tournent donc vers l'Elysée.

Quelques heures seulement après l’audition ce lundi du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb devant la commission d'enquête créée à l’Assemblée nationale pour faire la lumière sur l'affaire Benalla et alors que le préfet de police de Paris Michel Delpuech est cet après-midi même entendu par cette dernière, les regards des députés se tournent de plus en plus vers l’Elysée.

Frustrés des réponses évasives et lapidaires du locataire de la Place Beauvau, certains élus réclament des réponses du Palais présidentiel.

"Nous avons posé beaucoup de questions qui n'ont pas eu de réponses" a par exemple affirmé Boris Vallaud, député des Landes.

"Il n'a rien entendu, il n'a rien vu, il n'est au courant de rien" a critiqué Marine Le Pen à l’issue du rendez-vous. L’élue Rassemblement national du Pas-de-Calais assure que "c'est donc au niveau du cabinet du président de la République qu'il faut aller chercher les responsabilités dans le comportement de M. Benalla le 1er mai."

"C'est Emmanuel Macron qui doit venir répondre"

Même tonalité du côté de la France insoumise: "La seule chose que l'on sait maintenant, c'est que la responsabilité est celle de l'Elysée, et c'est Emmanuel Macron qui doit venir répondre de tout cela, puisque son propre ministre se défausse de sa responsabilité sur lui" a déclaré Danièle Obono, députée de Paris, rejointe par son collègue Alexis Corbière. "Il est clair qu'aujourd'hui, on doit auditionner le président de la République."

Gérard Collomb s’est en effet défendu de toute faute personnelle dans la gestion de l'affaire Benalla, renvoyant la responsabilité d'éventuels manquements au préfet de police et au cabinet d'Emmanuel Macron.

"Le président s'exprimera"

Si aucune allocution présidentielle n’est encore officiellement prévue, le porte-parole de LREM, Benjamin Griveaux, a annoncé ce lundi matin sur les ondes de RTL qu’Emmanuel Macron prendra la parole.

"Quand l'ensemble des éléments seront établis, le président s’exprimera. (...) Il décidera et le dira", indiquait son entourage dès dimanche soir, précisant que le chef de l'Etat avait qualifié d'"inacceptables" les faits reprochés à son ex-collaborateur.

Le président est "calme et extrêmement déterminé à ce que la vérité puisse être établie" sur cette affaire, la plus grave qu'il ait eu à gérer depuis son arrivée au pouvoir, a-t-il également assuré.

Face à cette première grande crise, l'Elysée a tenté de reprendre la main avec l'annonce d'une réorganisation pour éviter de nouveaux "dysfonctionnements." Emmanuel Macron, qui était attendu mercredi sur la route du Tour de France dans les Pyrénées, y a finalement renoncé lundi matin, arguant qu'Edouard Philippe s'était déjà rendu sur la Grande Boucle. Le reste de l'agenda présidentiel est inchangé, avec notamment une visite en Espagne et au Portugal en fin de semaine.

Erreur de communication?

Avec les auditions au Parlement et les enquêtes judiciaires en cours, "il est plus compliqué pour le président de prendre la parole", estime Bruno Jeanbart, directeur des études d'OpinionWay, interrogé par l’AFP.

Selon lui, Emmanuel Macron "aurait dû probablement parler tout de suite" en "reconnaissant une erreur sur la première sanction" infligée à Alexandre Benalla pour avoir frappé un manifestant le 1er mai.

"Reconnaître ses erreurs n'est pas infamant du point de vue de l'opinion publique, c'est même plutôt une attitude qui serait attendue", indique-t-il.

Au cours de la réunion de crise dimanche, Emmanuel Macron a aussi demandé au secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler (qui sera auditionné ce jeudi par le Sénat), de "mener une réorganisation pour éviter qu'un tel dysfonctionnement se reproduise" au sein de la présidence. Cet examen devrait porter sur le cabinet dirigé par Patrick Strzoda, un haut fonctionnaire de 65 ans très expérimenté.

Hugo Septier