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Affaire Benalla: pour les députés d'opposition, Collomb se défausse de toute responsabilité

Les élus d'opposition ont critiqué à sa sortie d'audition le manque de réponses de Gérard Collomb, entendu dans l'affaire Benalla, qu'ils jugent mal informé et se défaussant de toute responsabilité. Certains réclament une audition d'Emmanuel Macron lui-même.

Les députés Rassemblement national, France insoumise, Les Républicains et Parti socialiste ont dénoncé ce qu'ils jugent comme une absence de réponses de la part du ministre de l'Intérieur, entendu ce lundi par la Commission d'enquête de l'Assemblée nationale dans l'affaire Benalla. Pour les élus de différents bords, Gérard Collomb a surtout rejeté la responsabilité sur le directeur du cabinet d'Emmanuel Macron et sur la préfecture de police de Paris.

Marine Le Pen demande l'audition de "toute la chaîne de responsabilité à l'Elysée"

"Il n'a rien entendu, il n'a rien vu, il n'est au courant de rien", a critiqué Marine Le Pen, députée Rassemblement national du Pas-de-Calais, à l'issue de l'audition de Gérard Collomb.

"C'est donc au niveau du cabinet du président de la République qu'il faut aller chercher les responsabilités dans le comportement de M. Benalla le 1er mai", a-t-elle assuré, ainsi que sur "ses passe droits, sur les compétences qui lui ont été accordées, sur la manière dont il en a usé, et même manifestement abusé". 

La cheffe du Rassemblement national réclame par ailleurs l'audition de "toute la chaîne de responsabilité à l'Elysée" ainsi que d'un "certain nombre de responsables" de la majorité présidentielle. 

  • Marine Le Pen a estimé que le cas d'Alexandre Benalla signifiait l'existence d'une "police parallèle", "qui s'organise à côté et hors de la vue du ministère de l'Intérieur", et sur laquelle elle souhaite que la Commission d'enquête de l'Assemblée apporte des réponses. 

"Deux heures et demi d'enfumage" pour la France insoumise

"Est-ce qu'on peut encore être ministre de l'Intérieur quand on est dans une situation où on ne va pas au bout de ses responsabilités et on se contredit? (...) La seule chose que l'on sait maintenant, c'est que la responsabilité est celle de l'Elysée, et c'est M. Macron qui doit venir répondre de tout cela, puisque son propre ministre se défausse de sa responsabilité sur lui", a déclaré devant la presse la députée FI de Paris Danièle Obono. 

Eric Coquerel, député FI de Seine-Saint-Denis, a jugé "largement inquiétant au sommet de l'Etat qu'un ministre de l'Intérieur ne soit au courant de rien sur ce qui se passe dans sa police". Il a par ailleurs regretté l'absence de réponse de Gérard Collomb sur "un groupe d'hommes à qui l'Elysée donne des ordres directs pour opérer sur des manifestations d'ordre public et politique", "possiblement une police politique parallèle". 

"On a passé deux heures et demi d'enfumage, de contournement et de non-réponse à nos questions. C'est indigne du point de vue du rôle de cette Commission", a vitupéré de son côté le député France insoumise Alexis Corbière après l'audition de ce lundi.

"Il est clair qu'aujourd'hui, on doit auditionner le président de la République", a-t-il demandé, pour lui "le seul personnage en capacité d'apporter des réponses". 

Faure (PS): Strzoda, "un fusible désigné"

"Contrairement à l'idée reçue, le ministre de l'Intérieur n'est pas l'homme le mieux informé de France, il est le moins informé", a taclé ce lundi Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste et député de Seine-et-Marne. "Il n'a connaissance de rien et ne connaît même pas M. Benalla, pourtant chargé de la sécurité présidentielle", a-t-il ajouté. 

Pour le chef du PS, Gérard Collomb a "cherché à se protéger, à éviter d'être le responsable politique de cette affaire", en renvoyant la responsabilité vers la préfecture de police de Paris et le chef du cabinet du Président, Patrick Strzoda. "(Il) est un fusible désigné pour les prochains jours. Ils ont ce week-end fait un choix, le choix c'est M. Stzroda, qui va payer pour tous les autres", a-t-il estimé. 

"On a eu un ministre de l'Intérieur qui nous a donné le sentiment de n'être informé de rien, et du coup de n'être responsable de rien", a résumé Boris Vallaud, député PS des Landes. "Je dois vous dire que pour un ministre de l'Intérieur, ce n'est pas particulièrement rassurant. Nous avons posé beaucoup de questions qui n'ont pas reçu de réponses", a-t-il regretté.

Ciotti (LR): "'Nous sommes face à une affaire d'Etat"

Mêmes échos du côté des Républicains. "On voit bien que les fusibles ont été enclenchés", a réagi Eric Ciotti. "Celui désigné hier soir par la présidence de République, Patrick Strzoda, et ce matin le préfet de police de Paris Michel Delpuech", a énuméré le député LR des Alpes-Maritimes, jugeant cela "grossier et grotesque". 

"Nous ne nous contenterons pas de ce type de réponses qui sont des réponses de diversions, des réponses dilatoires", a martelé le questeur de l'Assemblée.

"Nous sommes face à une affaire d'Etat, au coeur de la République, qui pose la question d'une police parallèle, de la régularité des procédures, de la dissimulation d'une affaire dont l'Elysée et lui-même (Gérard Collomb, NDLR) étaient informés dès le 2 mai, sans que rien ne se passe avant que la presse ne fasse ces révélations mercredi dernier", a-t-il protesté. 

Liv Audigane