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Politique

A l'Élysée, un nouveau projet sécurité était piloté par Alexandre Benalla

Le jeune "Monsieur sécurité" d'Emmanuel Macron travaillait à une fusion des différents services de sécurité qui assurent la protection du chef de l'État. Un projet qui n'aurait pas été bien accueilli par tout le monde, notamment par l'Intérieur.

Depuis que l'affaire Alexandre Benalla a éclaté, le profil de son principal protagoniste se précise de jour en jour. Des descriptions faites dans la presse, par des proches ou des témoins qui l'ont côtoyé au quotidien, il ressort l'image d'un militant socialiste passé par le service d'ordre du PS puis engagé par Martine Aubry, François Hollande et Arnaud Montebourg successivement. Celui qui a grandi à Evreux "rêvait d'être indispensable" aux stars d'après Le Parisien et est devenu peu à peu un "cowboy" travaillant au plus près d'Emmanuel Macron, qu'il "adore", à en croire Le Figaro.

D'après les éléments communiqués par l'Elysée, ses fonctions au sein du Château restent floues, résumées par un titre officiel: adjoint au chef de cabinet du président de la République. Mais du haut de ses expériences dans la sécurité privée, il est devenu le pilier d'une équipe "parallèle" chargée de la sécurité du chef de l'Etat. C'est ce que dépeignent notamment les enquêtes du Monde, et du JDD paru ce dimanche. L'équipe officielle, c'est celle du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), chargée de la sécurité du président et dépendant du ministère de l'Intérieur. Sous Emmanuel Macron, les deux équipes - celle du GSPR et celle d'Alexandre Benalla - travaillaient d'égal à égal, et ce dispositif a fait naître d'importantes rivalités.

Des rivalités à l'origine de l'éclatement de l'affaire?

En théorie, les déplacements du chef de l'Etat sont protégés par les policiers et gendarmes d'élite du GSPR. Mais interrogé sur sa mission à l'Elysée, Alexandre Benalla, alors âgé de 25 ans, se vantait de gérer "toute la sécurité privée" autour du chef de l'Etat. 

D'après nos informations, le jeune gendarme réserviste travaillait d'ailleurs activement à une fusion des différents services en charge de la sécurité du chef de l'Etat: entre policiers et gendarmes, au sein et à l'extérieur de l'Elysée. Une sorte de "Secret Service", du nom de agents qui assurent la sécurité du président américain et la Maison-Blanche, à la française. Une idée qui devait permettre de corriger des "incohérences" dans les moyens de communication utilisés par les différents agents, et qui a été approuvé par Emmanuel Macron. Le projet a fait l'objet de plusieurs réunions au Palais, avec des annonces prévues pour le mois de septembre. Ce nouveau service cherchait par ailleurs un local, avec en tête l'actuelle salle de presse. Mais malgré l'aval présidentiel, il n'était pas du goût de tous. L'idée déplaisait notamment au ministère de l'Intérieur, croit savoir le JDD.

Des éléments qui alimentent l'hypothèse selon laquelle la fuite de la vidéo, mais surtout l'identification de Benalla sur les images des violences du 1er mai, pourraient directement être liées à ces rivalités et tensions. Une question qui se pose légitimement, tant l'attitude du jeune protégé d'Emmanuel Macron semble avoir fait grincer des dents.

"Le préfet, je l'emmerde!"

Au fil de son parcours, Alexandre Benalla a eu plusieurs altercations musclées avec des protagonistes du monde policier, voire avec Beauvau directement. Comme le rapporte Libération, le ministère de l'Intérieur a refusé à deux reprises de lui donner un port d'armes pendant la campagne présidentielle, entre 2016 et 2017. En cause, des "retours édifiants" sur lui de la part de policiers, qui le décrivaient en "Rambo". D'après un responsable ministériel, le chargé de sécurité d'Emmanuel Macron pendant la campagne a été très "mécontent" de ces deux refus, allant jusqu'à "menacer le cabinet de représailles". Il obtiendra finalement un port d'armes après l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée, la demande ayant été validée par la préfecture de police de Paris.

Comme le rappelle le JDD, en mars 2018, il s'en était pris à un policier lors d'un déplacement à Tours, lui demandant de "se casser". Plus récemment, à Roissy, au moment où les Bleus rentraient de Russie, il avait recadré un chef d'escadron de la gendarmerie. "Attention, vous ne savez pas à qui vous parlez! Le préfet, je l'emmerde!" avait-il lancé. 

Charlie Vandekerkhove avec Mathieu Coache