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Affaire Benalla: ce qu'il faut retenir de l'audition de Gérard Collomb

Auditionné ce lundi devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, Gérard Collomb a assuré qu'il ne savait rien du rôle ambigu qu'occupait Alexandre Benalla auprès du président.

Gérard Collomb était entendu ce lundi matin par la commission des Lois de l'Assemblée nationale. Le but: faire la lumière sur l'affaire Alexandre Benalla, du nom de ce chargé de sécurité d'Emmanuel Macron filmé, en tenue de policier (qu'il n'est pas), en train de s'en prendre à des manifestants en marge des émeutes du 1er mai.

Au cours de cette heure et demie d'audition, le ministre de l'Intérieur a assuré qu'il ne savait rien du rôle d'Alexandre Benalla, se contentant d'assurer qu'il avait informé les services compétents des faits de violence commis par le conseiller d'Emmanuel Macron dès qu'il en avait eu connaissance.

Il n'a jamais évoqué la vidéo du 1er mai avec Emmanuel Macron

Devant les députés, Gérard Collomb a assuré n'avoir jamais discuté des agissements d'Alexandre Benalla avec Emmanuel Macron avant le début de la polémique, le 18 juillet. Il aurait eu le président au téléphone le 1er mai pour l'informer de la violence des émeutes parisiennes, alors que ce dernier était en déplacement en Australie. Or, le ministre assure qu'il n'avait à ce moment-là pas connaissance de la vidéo mettant en cause Alexandre Benalla. Ce n'est selon lui que le lendemain, soit le 2 mai, qu'il a été informé de l'existence de cette séquence par son chef de cabinet.

Pour Gérard Collomb, "le problème était traité"

  • "Il m'a dit qu'il avait déjà saisi et le préfet de police et le directeur de cabinet du président de la République, le problème était donc traité au niveau approprié", a ajouté Gérard Collomb.

Il a en revanche confirmé avoir rencontré Emmanuel Macron le week-end dernier et évoqué les faits avec lui. "Le moins possible", a-t-il toutefois osé, sous les rires des députés. 

Il n'était pas de son devoir de saisir la justice

Gérard Collomb estime n'avoir commis aucun "manquement personnel" au lendemain du 1er mai, après avoir pris connaissance de la vidéo montrant Alexandre Benalla frapper des manifestants.

"Je me suis assuré que le directeur de cabinet de la présidence, employeur de monsieur Benalla, avait été informé de la situation et que des sanctions disciplinaires seraient prises. Il n'appartient pas au ministre de l'Intérieur de transmettre au procureur des signalements à chaque fois qu'il a connaissance de la commission d'une infraction pénale", a-t-il estimé.

  • Ce faisant, il a de nouveau renvoyé la balle au préfet Michel Delpuech. Ce dernier a à son tour montré du doigt l'Elysée, expliquant avoir pensé à l'époque que le "sujet Benalla" avait été "traité" par le Palais.

Il ne connaissait pas le rôle précis d'Alexandre Benalla

Gérard Collomb a assuré qu'il avait déjà rencontré Alexandre Benalla mais n'avait pas connaissance du rôle de conseiller que celui-ci occupait auprès du chef de l'Etat. Le ministre de l'Intérieur a ajouté qu'il ne savait pas non plus, jusqu'au 2 mai, qu'Alexandre Benalla s'était vu confier par le cabinet du président une mission d'observateur des manifestations, au côté du gendarme réserviste Vincent Crase.

Des assertions jugées peu crédibles par l'opposition. "Qui peut croire qu'il 'ne savait strictement rien' de l'homme qui skie seul avec le président, donne des ordres à des commissaires et est pressenti pour devenir 'sous-préfet'?", s'est interrogé Benoît Hamon dans un communiqué, fustigeant un "insupportable tissu de mensonges".

Il ne savait pas que Benalla disposait d'un permis de port d'arme

Gérard Collomb a affirmé que l'autorisation de port d'arme, accordée à Alexandre Benalla, n'était pas de son fait. Selon lui, le port d'arme lui avait été refusé à plusieurs reprises par le ministère de l'Intérieur car ses fonctions ne remplissaient pas les critères requis d'"exposition à des risques exceptionnels d'atteinte à sa vie". L'autorisation qui lui a finalement été accordée relevait d'un "arrêté du préfet de police" en date du 13 octobre 2017, un arrêté dont son cabinet n'aurait pas été avisé. Une version confirmée par le préfet Michel Delpuech en personne, lui aussi auditionné ce lundi.

Michel Delpuech explique avoir autorisé le port d'arme de l'ex-collaborateur du président à la suite d'une demande de l'Elysée, "dans le cadre des fonctions liées à la sécurité" d'Alexandre Benalla. "Dès lors que l'Elysée avait relayé auprès de moi cette demande, sans faire pression, en me laissant le soin d'apprécier et d'apprécier seul, j'assume cette responsabilité, personnellement", a-t-il déclaré. 

Claire Rodineau