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2 ans après le 13-Novembre, le Bataclan panse lentement ses plaies

Le Bataclan a rouvert le 12 novembre 2016 avec un concert de Sting.

Le Bataclan a rouvert le 12 novembre 2016 avec un concert de Sting. - AFP

Il y a un an jour pour jour, le Bataclan, où 90 personnes ont trouvé la mort lors des attentats du 13-Novembre, rouvrait ses portes. Après quelques mois délicats, la salle a pansé ses plaies et les artistes et le public sont de retour.

"Nous avons deux tâches importantes à faire. Tout d'abord, commémorer et honorer ceux qui ont perdu la vie dans l'attaque il y a un an, et deuxièmement célébrer la vie et la musique que représente cette salle historique". Il y a un an jour pour jour ces mots, ceux du chanteur britannique Sting, résonnaient dans la salle pleine du Bataclan. A la veille de la date désormais tragique du 13-Novembre, l'artiste livrait le premier concert pour marquer la réouverture des lieux un an après les attaques à Paris et Saint-Denis.

Ce 12 novembre 2017, aucun spectacle n'est programmé. Ni le lendemain, d'ailleurs, où à 11 heures, le président de la République, Emmanuel Macron, accompagné de son prédécesseur, François Hollande, viendra déposer une gerbe de fleurs avant d'observer une minute de silence en hommage aux 90 victimes tuées par des terroristes en pleine représentation des Eagles of Death Metal. Une absence de programmation qui ne traduit pourtant pas le retour de l'ambiance festive au Bataclan.

Des artistes militants

Les premiers mois de réouverture ont été durs. Les gérants de la salle ne s'en cachent pas. La faute notamment au système de programmation des spectacles. "Les mois qui ont suivi la réouverture ont été assez difficiles en terme de programmation. Puis les choses se sont rétablies peu à peu", raconte à l'Agence France-Presse (AFP) Jules Frutos, codirecteur du Bataclan. Le nombre d'artistes programmé a ainsi été bien inférieur au premier trimestre 2017 que lors des périodes précédant les attentats. Un événement "se décide six, neuf, douze mois avant", rappelle le gérant.

Au final, sur l'année qui vient de s'écouler, le nombre de spectacles organisés au Bataclan a diminué de 20%. Les prochains mois seront tout autre. Du côté des artistes français, Jules Frutos constate "qu’il n'y a plus de langue de bois". Si certains comme Vianney ou Saez ont vite manifesté leur envie d’y rejouer dans une démarche quasi-militante, d’autres comme Francis Cabrel ont avoué qu’ils ne pourraient pas. Nicola Sirkis, le leader d'Indochine, lui a exprimé dans les colonnes du Parisien son incompréhension quant à la réouverture du Bataclan, estimant qu'il aurait fallu faire de l'endroit "un sanctuaire", "un lieu de recueillement".

"Je ne comprends pas comment un artiste peut dire ça, comment il peut dire qu’une salle doit être un mausolée", se défend le codirecteur du Bataclan.

Le retour du public

Pas de quoi entraver l'enthousiasme du public. "La chose qui est la plus importante, c'est le public", enchaîne Jules Frutos. "Notre plus grande inquiétude c'était ça. C'est quand même lui qui était visé. Pas Eagles of Death Metal." Le retour à la normale se confirme, puisque pour le premier trimestre 2018, une cinquantaine de spectacles sont programmés. Une bonne moyenne, selon le responsable pour qui "l’année prochaine s’annonce plutôt bien". Et d'ajouter:

"On craignait un blocage. On voulait voir comment le public se comporterait, s’il se sentirait à l'aise..."

L'accueil des spectateurs a dû s'adapter au renforcement des mesures de sécurité. La protection policière est permanente autour de la salle. "On fait partie des endroits sensibles pour lesquels une mobilisation se déclenche. On a beaucoup parlé avec la police pour que son dispositif soit moins visible qu’au début", confie le codirecteur. Reste que les spectateurs doivent se soumettre à des fouilles renforcées et au détecteur à métaux. A l'intérieur, des caméras ont été installées et chaque accès peut être verrouillé à distance.

La vie a repris. "On est dans une phase qu’il nous tardait de retrouver. Désormais, on se prend la tête avec des problèmes normaux, ceux qu’on rencontre au travail. La vie quoi... C'est apaisant."

Justine Chevalier avec AFP