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EDITO - Macron au ski pendant la crise des gilets jaunes: erreur de com' ou faute politique?

Après un samedi chaotique sur les Champs-Élysées, pour le dix-huitième weekend de mobilisation des gilets jaunes, les éditorialistes Laurent Neumann et Christophe Barbier analysent les différentes erreurs faites dans la gestion de cette crise.

Boutiques incendiées, Champs-Élysées saccagés, barricades enflammées... Samedi, de nombreuses violences ont éclaté lors du dix-huitième weekend de mobilisation des gilets jaunes. Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, 32.300 manifestants étaient mobilisés dans toute la France, dont une dizaine de milliers à Paris.

Depuis, l'opposition accuse le gouvernement d'ingérence, et des gilets jaunes demandent des comptes à Emmanuel Macron, notamment "concernant le laisser aller manifeste avec les Black Blocs qui ont saccagé les Champs-Élysées", écrit Thierry Paul Valette, cofondateur des "Gilets jaunes citoyens". Admettant des "dysfonctionnements" dans le dispositif de sécurité, le Premier ministre Édouard Philippe fera des propositions au président Emmanuel Macron lundi.

L'éditorialiste de BFMTV Christophe Barbier
L'éditorialiste de BFMTV Christophe Barbier © BFMTV

>> "Il y a une triple erreur"

"Il y a une triple erreur, d'abord politique: On a une mauvaise lecture au pouvoir de l'épisode actuel. On était sur la continuité de l'épuisement du mouvement des gilets jaunes, mais patatras, on a cette recrudescence de violences. On a cru que le grand débat allait régler le problème, non, la colère est toujours là. Et qui a bien pu conseiller au président d'aller au ski, ou au contraire ne pas avoir le courage de lui dire qu'il ne fallait pas aller au ski ? On se demande si ce président ne se fait pas trop confiance à lui-même, c'est à dire à un show pendant le grand débat et à la restitution dans quelques semaines, qui éteindrait l'incendie des gilets jaunes. Si c'est ça, il se trompe.

Il y a ensuite une responsabilité technique: Il y a eu le 1er décembre quand même, la mise à sac de l'Arc de Triomphe. On a l'impression que les forces de l'ordre et ceux qui les dirigent n'ont tenu absolument aucun compte de ce qui s'était passé à ce moment là pour réviser la doctrine du maintien de l'ordre sur le terrain. On a en plus, à cause de la polémique sur le LBD, amoindri la capacité de riposte des policiers qui se plaignaient hier d'avoir dû utiliser des munitions de très très courte portée plutôt que des munitions plus dures, qui avaient causé les dégâts, notamment les yeux perdus.

Et puis il y a une erreur sociologique. Ce matin les spécialistes de l'ultra-gauche, de la radicalité le disent: Il n'y a pas que les Black Blocs, il y a eu aussi un phénomène qu'ils appellent les 'ultras jaunes', c'est à dire des gilets jaunes qui depuis la mi-novembre sont passés à la violence."

L'éditorialiste Laurent Neumann sur BFMTV
L'éditorialiste Laurent Neumann sur BFMTV © BFMTV

>> "C'est un fiasco politique, un fiasco policier"

"Ce qui s’est passé samedi ça s’appelle une faillite, un fiasco. C’est un fiasco politique, c’est un fiasco policier. Tout ce qui s’est passé samedi, les responsables politiques et la hiérarchie policière en étaient informés à cause de ce qui s’était passé les samedis précédents, notamment le 1er décembre. On a clairement sous-estimé ce qui allait se passer, et on n’a pas anticipé ou trop peu.

Ensuite le système a été sous-dimensionné: pourquoi 5000 policiers au lieu de 8000 quand on est informé de cela ? Pourquoi avoir encagé les casseurs et les manifestants sur les Champs-Élysées ? On a sacrifié les Champs-Élysées, ça fait quand même beaucoup de défaillances. Aujourd'hui la question n’est pas, contrairement à ce que dit l’opposition, un problème de laxisme de l’exécutif, c’est un problème de compétences, et c’est un problème de moyens. Il y a la question du préfet de police de Paris, après les faits du 1er décembre, tout le monde se demande pourquoi est-il encore à son poste ?

En réalité on tourne autour du pot depuis plusieurs semaines : Faut-il oui ou non, interdire ces manifestations qui sont illégales ? C’est cataclysmique pour l’image de la France, mais c’est cataclysmique aussi pour les gilets jaunes dont l’image du mouvement est terriblement atteinte."

Salomé Vincendon