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Des ophtalmologues demandent à Macron un moratoire sur les LBD

Des policiers équipés de LBD

Des policiers équipés de LBD - SEBASTIEN SALOM GOMIS / AFP

Des ophtalmologues ont écrit une lettre à Emmanuel Macron, réclamant un moratoire sur l'utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD), arme décriée en raison des graves lésions qu'elle peut provoquer aux yeux.

Face à la multiplication des blessures graves aux yeux, 35 ophtalmologues ont adressé une lettre au chef de l’Etat, réclamant un moratoire sur l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD), responsables de nombreuses blessures lors des manifestations des gilets jaunes. Devant l’absence de réponse d’Emmanuel Macron, les praticiens ont décidé de rendre publique la lettre que révèle Le Journal du dimanche.

"Monsieur le Président, une telle épidémie de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée", assure les ophtalmologues alors que plusieurs personnes ont été éborgnées par des tirs de LBD depuis le début de la mobilisation en novembre dernier.

"Séquelles irréversibles"

"Les blessures oculaires survenues ces dernières semaines ne sont pas dues au hasard ou à l’inexpérience. Le grand nombre de balles tirées et l'imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entraîner un grand nombre de mutilations (...) Nous demandons instamment un moratoire dans l'utilisation de ces armes invalidantes au cours des actions de maintien de l'ordre", assurent les ophtalmologues dans leur missive.

"On a vu des personnes atteintes de lésions oculaires ou faciales très graves. La plupart donnent lieu à des séquelles irréversibles", explique au JDD le professeur Bahram Bodaghi, chef du service d'ophtalmologie de la Pitié-Salpêtrière à Paris. De nombreux blessés ont perdu la vision de l'œil touché ou ont dû se faire retirer le globe oculaire.

13.000 tirs de LBD depuis le début de la mobilisation

Les médecins signataires ont mis en place une cellule de veille pour recenser les blessures oculaires liées au LBD au niveau de l'ensemble des CHU de France, dénombrant ainsi une vingtaine de personnes éborgnées depuis 2014: "On a demandé par mail à tous nos collègues hospitaliers de faire remonter, en prenant 2014 comme année de départ, les cas de lésion, avec le plus de détails possibles. Sans surprise, l’essentiel des accidents concerne la période récente et, dans la majorité des cas, ce sont des lésions irréversibles", précise Bahram Bodaghi. Selon le JDD, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a promis de recevoir les ophtalmologues.

Depuis le début de la mobilisation, les forces de l’ordre ont procédé à 13.000 tirs de LBD. 2200 manifestants ont été blessés, et 83 enquêtes de l’IGPN concernant ces tirs ont été ouvertes, a indiqué jeudi le secrétaire d’État à l’Intérieur Laurent Nunez.

Guillaume Dussourt