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Violences sur les Champs-Élysées: la stratégie des forces de l'ordre (de nouveau) en question

Des manifestants jetant des pavés sur des cars de CRS, sous l'arc de Triomphe

Des manifestants jetant des pavés sur des cars de CRS, sous l'arc de Triomphe - Geoffrey Van der Asselt - AFP

Malgré la présence d'un important dispositif de policiers et de gendarmes, ces derniers ont éprouvé beaucoup de mal à contenir les éléments ultra violents des cortèges de gilets jaunes.

Comme un retour en arrière. Samedi, face à la flambée de violence déclenchée par un mouvement des gilets jaunes de plus en plus noyauté par des casseurs anarchistes, les forces de l'ordre ont semblé dépassées. Ou, à tout le moins, dans l'incapacité d'empêcher ces éléments ultra violents de commettre d'impressionnantes dégradations tout en continuant à s'immiscer dans les cortèges de manifestants.

Pourtant, comme le rappelle Le Journal du Dimanche, 5000 policiers et gendarmes avaient été déployés pour l'occasion, ainsi que six blindés et des dizaines de cars de CRS. Plus d'une cinquantaine de détachements d'action rapide (DAR) ont été envoyés sur le terrain pour faciliter les arrestations, et la brigade de recherche et d'intervention (BRI) a participé aux opérations d'interpellation préventive.

"L'échec d'un mouvement gilet jaune"

Un impressionnant dispositif qui pourtant, à de nombreux moments, s'est trouvé pris en tenaille par les bataillons de gilets jaunes (pour beaucoup vêtus de noir) leur jetant pavés, trottinettes et matériel de chantier. 

Pour David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale, "ce n'est pas l'échec d'un dispositif policier ou gendarme qu'il faut dénoncer; c'est l'échec d'un mouvement gilet jaune qui est absolument hors de contrôle". 

"Il faut dénoncer tous ceux qui commettent des exactions et qui mettent en danger la vie des Français", sous peine d'être "a minima des complices passifs de ce qu'il s'est passé" samedi, a-t-il déclaré sur notre antenne samedi en fin d'après-midi.

60 blessés

Au total, 280 personnes ont été interpellées au cours de la journée, parmi lesquelles 200 ont été placées en garde à vue. Ces gardés à vue ne comptent que 15 personnes mineures. Le tout, désormais, est de pouvoir invoquer des éléments à charge, ce qui peut s'avérer compliqué lorsqu'il s'agit d'événements aussi chaotiques.

S'ajoutent à cela les dégâts eux-mêmes, ainsi que les blessés: selon le dernier bilan, ceux-ci incluent 42 manifestants, 17 membres des forces de l'ordre et un pompier.

"Seule la prison peut être dissuasive"

Dans le JDD, le secrétaire général adjoint du syndicat de policiers Alliance, Frédéric Lagache, évoque deux explications quant à l'apparente incapacité des forces de sécurité à maintenir l'ordre:

"La polémique autour de l'usage des LBD a rendu la tâche plus difficile. Sous prétexte de limiter les dangers de cette arme, on a doté les collègues de cartouches à portée beaucoup plus réduite. (...) D'autre part, nous estimons qu'il n'y a pas assez de mandats de dépôt contre les fauteurs de trouble. Au bout de dix-huit semaines, seule la prison peut être dissuasive", estime ce syndicaliste.

Défaillance gouvernementale?

Côté gouvernement, le ton autoritaire adopté, notamment, par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, n'a pas dissuadé ces fauteurs de trouble d'agir. Invité sur notre antenne mercredi, le locataire de la place Beauvau a défendu la proposition de loi anti-casseurs adoptée en début de semaine. Il en a profité pour réitérer sa ligne, à savoir de fustiger la "minorité ultra violente" qui s'est infiltrée dans le mouvement des gilets jaunes.

Même topo durant la journée de samedi, où Christophe Castaner a qualifié les responsables de l'incendie de la Banque Tarneaud d'"assassins". Durant la soirée, le ministre s'est déplacé sous l'arc de Triomphe pour dénoncer les "quelques milliers de casseurs, (...) d'ultra violents, (...) de gilets jaunes qui ont perdu, au fond, tout le sens de la mesure et qui sont venus ici pour piller, pour détruire".

Selon notre éditorialiste, ces propos masquent une défaillance réelle: "Depuis le 1er décembre, le gouvernement et les forces de l'ordre n'ont pas pris la mesure de ce qu'il se passait, et n'ont pas trouvé les solutions techniques de maintien de l'ordre pour éviter que cela ne se reproduise."

Et d'ajouter: "Les personnes concernées - ministre de l'Intérieur, préfet de police - n'ont absolument pas progressé. En tout cas, sur le terrain, les résultats sont tout aussi mauvais."

Jules Pecnard