BFMTV

 Acte IV des gilets jaunes à Paris: peur sur la ville

Un manifestant lance un projectile le 1er décembre 2018 à Paris, en marge du rassemblement de gilets jaunes.

Un manifestant lance un projectile le 1er décembre 2018 à Paris, en marge du rassemblement de gilets jaunes. - Abdulmonam Eassa - AFP

Eléments de langage ou réelle inquiétude? L'Elysée dit craindre "une très grande violence" samedi, prochaine grande date de mobilisation des gilets jaunes, ainsi qu'un "noyau dur de plusieurs milliers de personnes" qui viendraient à Paris "pour casser et tuer".

Plus de 400 interpellations, des centaines de feux, des barricades, des commerces pillés, des dégradations à l'Arc de Triomphe, 133 blessés à Paris (263 en France) et près de 10.000 grenades (lacrymogènes, GLI-F4 et de désencerclement) tirées selon des bilans consultés par Libération: la mobilisation des gilets jaunes du samedi 1er décembre a été émaillée d'importantes violences dans certains quartiers de la capitale, en marge de protestations pacifiques.

Les scènes de samedi dernier font craindre aux autorités un même déroulé pour "l'acte IV' de la mobilisation des gilets jaunes dans deux jours. Mercredi soir, la présidence a fait savoir à l'AFP "avoir des raisons de redouter une très grande violence". Malgré l'annonce de la suspension des hausses des taxes sur les carburants et des tarifs du gaz et de l'électricité, des dizaines d'appel à manifester se font encore entendre.

Ce mercredi, lors d'un débat sur notre antenne, le gilet jaune de Seine-et-Marne Eric Drouet a notamment fait part de sa volonté de "rentrer" dans l'Elysée samedi, en réponse à des interrogations sur une vidéo postée sur son compte Facebook dans laquelle il souhaitait "vraiment que samedi on soit tous unis jusqu'au bout et qu'on aille tous en direction de l'Élysée".

"Vous arrivez dans l'Elysée, vous faites quoi?" "On rentre dedans"

"Vous arrivez dans l'Elysée, vous faites quoi?" "Bah on rentre dedans", a-t-il répondu placidement, arguant que "c'(était) le symbole de la République, les gens veulent y aller c'est tout, pour être écoutés".

Une déclaration qui a fait vivement réagir le ministre de l'Ecologie, également présent sur le plateau. François de Rugy lui a demandé s'il comptait "renverser le Président (et) notre régime politique qui est la République".

"On va se rendre sur Paris et manifester, sans violence. On peut vous dire ce que nous on fera, pas ce que les casseurs feront", a rétorqué Eric Drouet.

Faute de pouvoir représenter l'ensemble du mouvement, les gilets jaunes peinent - et pour certains ne souhaitent pas - désigner de responsable, voire parfois même de porte-parole. Certains affirment même avoir reçu des menaces de mort

D'où la difficulté, lors de manifestations qui ne sont parfois pas déclarées, d'assurer un service d'ordre comme le font habituellement les syndicats. Un renfort auquel certains gilets jaunes ne veulent pas faire appel: "On va nous dire qu'on a été récupérés, par un syndicat, par un parti. On est apolitiques, c'est le peuple, c'est citoyen", argumentait mercredi soir sur notre antenne Anaïs Kuhn, gilet jaune de Strasbourg.

Dans ce contexte flou, l'Elysée s'inquiète selon nos informations d'un "noyau dur de plusieurs milliers de personnes" qui viendraient à Paris "pour casser et tuer". Dans Le Figaro, le palais présidentiel va même jusqu'à considérer qu'"on est dans une tentative putschiste".

"Sans doute une volonté de la part de l'exécutif de dramatiser"

Il leur aurait été signalé par les services de renseignement des "appels à tuer et à se munir d'armes à feu pour s'en prendre à des parlementaires, au gouvernement, à l'exécutif et aux forces de l'ordre" rapporte le quotidien. Des messages appelant à faire des "descentes" dans certaines rédactions circulent également. 

Le pouvoir est-il trop alarmiste ou réellement inquiet? Sans doute un peu des deux, analyse ce jeudi notre éditorialiste Laurent Neumann.

"Il y a sans doute la volonté de la part de l'exécutif de dramatiser ce qui va se passer, pour le dé-légitimer et pour aussi dire à un certain nombre de gens qui auraient des velléités de venir à Paris: 'Ne venez pas, ça va très mal se passer'", note-t-il.

Ce qui ne les empêche pas de s'inquiéter aussi d'une tournure dramatique des événements samedi. "S'il y a des violences, s'il y a des blessés voire des morts, c'est le pouvoir exécutif qui va en assumer la responsabilité. Donc le gouvernement a besoin de dire: 'Attention, on vous avait prévenus'", souligne Laurent Neumann.

Est-ce qu'une sécurisation est possible en amont? Pour notre éditorialiste Christophe Barbier, "la seule mesure vraiment efficace" serait d'empêcher les casseurs "de venir à Paris" et "essayer d'arrêter les gens (...) aux points de départs, aux départs des bus et des trains", après des fouilles. "Une fois que la foule sera rassemblée à Paris, on ne voit pas trop comment les violences pourront être évitées", estime-t-il.

Le Président demande aux partis et syndicats d'appeler au calme

Le ministre de l'Intérieur a notamment appelé "les gilets jaunes raisonnables" à ne pas se rassembler samedi. Des mesures et appels auxquels peuvent être opposées les libertés de circuler et de manifester, les rassemblements pouvant s'avérer pacifiques samedi.

"Tous les acteurs du débat public, responsables politiques, responsables syndicaux, éditorialistes et citoyens, seront comptables de leurs déclarations dans les jours qui viennent", a lancé le Premier ministre devant les députés. De son côté, le Président a solennellement demandé aux partis politiques, syndicats et au patronat de "lancer un appel clair et explicite au calme".

Liv Audigane