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Résignation, optimisme, fronde: les députés de droite croient-ils encore à la victoire de Fillon?

Le service politique de BFMTV a voulu savoir si les députés "Les Républicains", ou apparentés, confirmaient leur soutien à François Fillon, après des semaines de tourmentes liées aux soupçons d'emplois fictifs dans sa famille. 76 d'entre eux ont répondu à cette interrogation. Et, pour beaucoup d'entre eux, l'enthousiasme n'est pas de mise.

Malgré la controverse soulevée autour des emplois de son épouse et de ses enfants, François Fillon s’accroche à la désignation que lui a confiée son camp dans la perspective de la présidentielle à l’issue de la primaire. Mais sa candidature est fragilisée, menacée par la procédure judiciaire, mais aussi et par le désamour de l’opinion et la division de la droite.

La division couve à droite

Pour offrir une nouvelle image de rassemblement, François Fillon a rencontré ce mercredi Nicolas Sarkozy dont il fut le Premier ministre, et le vainqueur dans la course à la candidature de sa famille politique. Ce mardi, il avait aussi fait face à un début d’incendie politique à l’Assemblée nationale où un groupe de députés "Les Républicains" (LR), emmené par Georges Fenech, entendaient le pousser à saisir le Bureau politique du parti. Dans une lettre ouverte, ces représentants arguaient que le délai de 15 jours demandé aux élus de son camp par François Fillon, pour clarifier sa situation après l’éclatement de l’affaire autour de l’emploi de sa femme au Palais-Bourbon, arrivait à expiration.

L’ex-chef de gouvernement leur a opposé une fin de non-recevoir: "Je sais que la campagne est difficile, je suis harcelé par la presse nationale en plus du harcèlement judiciaire, je ne veux pas en plus avoir du harcèlement parlementaire."

76 députés livrent leur sentiment

Si cette réponse lui a permis de repousser cet assaut et a rendu caduc l’objet de la lettre, beaucoup de députés LR n’en ont pas plus de cœur à l’ouvrage pour autant. C’est l’impression qui ressort des réactions que BFMTV a recueilli auprès de ses derniers. Le service politique de la chaîne a contacté les 199 députés "Les Républicains" ou apparentés pour savoir s’ils soutenaient toujours François Fillon.

Ils sont 76 à avoir accepté d’évoquer ce sujet. Le gros de la troupe (47 députés) a répondu pour expliquer ne pas vouloir en dire plus. Parmi les 29 représentants qui ont choisi de détailler leur position sur cette question, des divergences sensibles apparaissent.

L'optimisme n'est pas éteint chez tous les "Républicains"

Il y a tout d’abord ceux qui continuent de porter un regard optimiste sur la suite de la campagne de François Fillon. Au nombre de 13, ils maintiennent sans équivoque la confiance qu’ils ont placée en leur candidat. Elu dans les Bouches-du-Rhône, Bernard Reynès fait partie de ce groupe: "Cette affaire lui permet de revêtir les habits de chef de guerre. Le favori des sondages n’est pas toujours celui qui gagne. Il est touché, il remonte à cheval, c’est tout à son honneur."

Citation de Bernard Reynès.
Citation de Bernard Reynès. © Infographie BFMTV

Son collègue du Val-d’Oise, Axel Poniatowski tient la même ligne, même s’il l’exprime dans des termes plus terre-à-terre:

"Je n’ai jamais changé d’avis, François Fillon est notre candidat et doit le rester. Il n’y a pas de possibilité d’un candidat de substitution sinon c’est aller droit à l'échec. Il faut être unis derrière Fillon. Bien évidemment, les militants ont été déboussolés mais je crois qu’ils ont intégré les explications et excuses de Fillon. Un plan B est voué à l'échec, il faut tenir la position et François Fillon a toutes ses chances pour gagner la présidentielle. Il faut qu’on gagne et François Fillon est le meilleur."

Jean Léonetti, pour sa part député élu dans les Alpes-Maritimes, soutient lui aussi sans retenue François Fillon. Il l’assure: "Le groupe de Georges Fenech est une minorité". Une minorité peut-être, mais de nombreuses voix discordantes s’élèvent sur les bancs voisins du sien.

Soutenir...parce qu'il le faut bien

Sans montrer aucun signe de déloyauté à l’égard du champion de leur mouvement à la présidentielle, huit députés conservent en effet le cap sans grand enthousiasme. Michèle Tabarot, elle-aussi plébiscitée par une circonscription des Alpes-Maritimes, fixe même une date: "Les sondages des prochains jours seront déterminants. La date butoir c’est le dépôt des parrainages. On ne pourra plus rien changer après." C’est le 17 mars prochain, à 18h tapantes, que les candidats à la présidentielle devront confier les parrainages d’élus récoltés aux bons soins du Conseil constitutionnel.

Le député marnais, Arnaud Robinet, file la métaphore pour faire part de ses états d’âme:

"François Fillon a un sparadrap. Nous sommes prisonniers dans un Boeing avec un pilote qui tient le manche et qui ne veut pas le laisser. Nous allons tous dans le mur si il n'y a pas de sursaut dans les prochains jours. Une candidature alternative est malheureusement difficile dans ces conditions."

Yves Nicolin, dont la circonscription est dans la Loire, n’est pas non plus exempt de pessimisme mais il ne veut pas se laisser abattre et croit encore la victoire possible avec François Fillon:

"Je fais partie de ceux qui soutenaient Nicolas Sarkozy mais mon candidat de raison aujourd’hui c’est Fillon. Il a les meilleures chances de remporter cette élection. De toute façon, aujourd’hui, c’est trop tard pour se retirer ou avoir un plan B. Aujourd’hui, Fillon a besoin d’aller sur le terrain même si on se fait engueuler et que c’est difficile. Il a au moins le mérite d’avoir prouvé qu’il tenait bon dans la tempête."

Citation d'Yves Nicolin.
Citation d'Yves Nicolin. © Infographie BFMTV

La désillusion pointe

Un nombre égal de parlementaires ne font, quant à eux, pas mystère du tour sombre que prend l’équipée électorale de François Fillon et de la droite à leurs yeux. Représentant la dixième circonscription des Français de l’étranger, Alain Marsaud s’inscrit dans cette veine: "Il faut laisser les choses se décanter. On a envisagé d’aller prier à Lourdes avec des députés chrétiens mais nous n’avons pas le temps", dit-il avec humour, avant tout de même d’ajouter: "Je pense qu'il peut tenir jusqu'au bout."

Citation d'Alain Marsaud.
Citation d'Alain Marsaud. © Infographie BFMTV

Franck Riester, qui représente lui la cinquième circonscription de Seine-et-Marne est d’humeur moins rieuse ces temps-ci:

"Les choses ne s’améliorent pas sur le terrain, certains sont très remontés, on entend en permanence le "tous pourris". Beaucoup nous demandent pourquoi on ne change pas de candidat. Nous avons peur de la défaite. Difficile de faire bouger la position de Fillon… On ne sait pas comment tout ça va évoluer mais je ne suis pas optimiste car on ne me parle que de ça sur le terrain. Attendons la suite des événements. Moi je pense que tel que c’est parti, nous allons perdre."

L’action de la justice dans les jours qui viennent aura également une emprise sur le désir des députés. "On soutient François Fillon tant qu’il n’est pas mis en examen. Sinon, il devra partir", pose ainsi l’Héraultais Elie Aboud. Et, de ce côté-là, les choses pourraient bien s’accélérer.

Les cartes bientôt rebattues par la justice?

Sur notre antenne, mercredi soir, Laurent Valdiguié, rédacteur en chef du Journal du Dimanche, a suggéré que le parquet national financier s’apprêtait à trancher et à livrer les conclusions de l’enquête préliminaire ouverte concernant l’affaire d’emplois présumés fictifs dans la famille de François Fillon, et ce peut-être même ce jeudi.

Le journaliste a écarté l’hypothèse d’un classement sans suite et a assuré que deux possibilités seulement restaient en piste pour les magistrats: "Soit ouvrir une information, soit le citer directement en correctionnelle". L’Assemblée nationale sera tout ouïe..

Robin Verner avec le service politique de BFMTV