BFMTV

Quand Manuel Valls faisait la leçon à Emmanuel Macron

Manuel Valls défendra-t-il les couleurs de "la République en Marche" aux législative? L'acte de candidature spontané de l'ex-Premier ministre a peut-être surpris son ancien ministre et prochain président de la République tant il ne l'avait pas ménagé depuis un an.

Si la candidature de Manuel Valls sous les couleur de la majorité présidentielle n'est pas encore enterrée, elle paraît bien compromise. Ce mercredi, Jean-Paul Delevoye, président de la commission nationale d'investiture du mouvement "En Marche!", a mis un coup d'arrêt, en passant par quelques circonvolutions, aux espoirs de Manuel Valls d'intégrer celle-ci: "A ce jour, il n’est pas dans les critères d’acceptation de sa demande d’investiture". Si on peut voir dans ce camouflet, une revanche prise par un ancien ministre de l'Economie sur son ex-chef de gouvernement, c'est que ce dernier s'est souvent montré dur avec lui depuis un an. 

Un savon en public et un agacement notoire

On se souvient tout d'abord du savon passé en public (en l'occurrence à l'Assemblée nationale) par Manuel Valls à Emmanuel Macron en mai 2016. Le premier avait peu goûté des propos tenus dans la presse par le second sur la "caste (...) des gens qui ont été maires de grandes villes de province et ministres régaliens quand ils n’ont pas été maire et Premier ministre". Résultat: avec des ministres et des députés comme autant de témoins, Manuel Valls s'était emporté contre son subordonné. "C'est inacceptable, inacceptable! Tu parlais de qui?" Si Emmanuel Macron avait assuré viser Alain Juppé, Manuel Valls n'avait pas décoléré: "Alors, dis-le! Dis-le!"

Les relations entre les deux hommes n'ont guère eu l'occasion de s'apaiser par la suite. En juillet de la même année, alors que le premier meeting d'"En Marche!" allait avoir lieu, il lâchait: "Il est temps que tout cela s'arrête!" N'ayant visiblement pas été entendu, il ajoutait le 14 juillet devant quelques parlementaires socialistes réunis à Matignon:

"On ne peut pas dénoncer un prétendu ‘système’ en cédant aux sirènes du populisme quand, circonstance aggravante, on est soi-même le produit le plus méritant de l’élite de la République."

Un "populisme light"

A la fin de l'été 2016, "cela s'arrête" bien. Mais ce n'est pas à "En Marche!" qu'Emmanuel Macron mettait alors un terme, mais à ses fonctions gouvernementales. Le 31 août, en déplacement à Evry, Manuel Valls avait déclaré, après avoir évoqué "les tensions" s'exerçant dans le pays: "Dans ce moment-là, il faut servir son pays jusqu’au bout. On ne peut pas partir, on ne peut pas déserter". "Quand on est au gouvernement, c’est une chance, on doit la loyauté aux Français (…) on ne s’improvise pas président". 

Le 2 octobre, Manuel Valls faisait un nouveau pas de côté vis-à-vis de son ancien ministre. Il assurait ainsi sur les ondes de RTL qu'il se sentait séparé de celui-ci par une "forme de populisme light" qu'il percevait en lui. Il justifiait alors sa critique par la "mise en cause des corps intermédiaires, des élus, des formations politiques" opérée, selon lui, par Emmanuel Macron. L'automne aura été rude car le 16 novembre, à Cergy-Pontoise, dans le Val-d'Oise, Manuel Valls livrait cette remarque amère: "Je sais bien qu’aujourd’hui, c’est la jeunesse qui compte, sans expérience ni vision".

Deux semaines plus tard, lors d'une conversation téléphonique captée par le documentaire Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire, Emmanuel Macron, lui, dressait ce jugement à l'encontre de son ancien chef de gouvernement: "Si il y a un traître, quelqu’un qui a flingué Hollande, c’est Valls". Difficile, décidément, de les envisager bras dessous bras dessous. 

dossier :

Manuel Valls

Robin Verner