BFMTV

Législatives: La revanche d'Emmanuel Macron contre Manuel Valls

Manuel Valls et Emmanuel Macron le 8 février 2016.

Manuel Valls et Emmanuel Macron le 8 février 2016. - PATRICK KOVARIK / AFP

La candidature de Manuel Valls pour En Marche! aux législatives a été tuée dans l'œuf par l'équipe d'Emmanuel Macron, faute, officiellement, de remplir les critères pour les demandes d'investiture. Cette fin de non-recevoir pour l'ancien Premier ministre peut être vue comme la dernière vengeance d'Emmanuel Macron et illustre la relation tumultueuse entre les deux hommes.

Ils semblent aujourd'hui irréconciliables. Manuel Valls et Emmanuel Macron sont pris dans un duel avec les législatives pour toile de fond. Depuis sa défaite à la primaire de la gauche, Manuel Valls ne s'est rallié que très tardivement à Emmanuel Macron, annonçant de lui-même cette semaine qu'il souhaitait être candidat de la majorité présidentielle aux législatives du mois de juin. Mais cette prise de position se transforme en chemin de croix.

L'état-major d'En Marche! fait savoir que l'ancien Premier ministre a brûlé quelques étapes. Tout d'abord, il n'a pas rempli la demande d'investiture en bonne et due forme et sa demande n'a pas été transmise ni étudiée par la Commission.

Depuis mercredi, les cadres d'En Marche! se succèdent donc pour lui rappeler la dure réalité. Avec un ton plus ou moins conciliant, Manuel Valls est traité comme un élève indiscipliné. Une attitude qui fait écho à la phrase d'Emmanuel Macron le 14 mars dernier:

"Je n'ai pas fondé une maison d'hôtes", avait-il lâché en pleine campagne présidentielle, déjà à l'adresse de Manuel Valls.

Valls convainc Hollande de confier un ministère à Macron

Les relations entre les deux hommes n'ont pas toujours été tendues. En avril 2014, c'est Manuel Valls, alors Premier ministre, qui conseille à François Hollande de confier un ministère à son cadet, à l'époque secrétaire adjoint de l'Elysée. Le chef du gouvernement souhaite qu'il soit nommé au Budget, mais François Hollande refuse. Deux mois plus tard, Arnaud Montebourg lance la fronde lors de la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse, rendant un remaniement nécessaire. Manuel Valls revient à la charge. Cette fois, François Hollande l'écoute, et nomme Emmanuel Macron à l'Economie. 

A l'époque, les deux hommes se retrouvent sur plusieurs points, et comme Manuel Valls le confiera plus tard à Paris Match, il pense pouvoir faire d'Emmanuel Macron "un allié". C'est sans compter sur les ambitions du jeune ministre. La loi Macron marque une première rupture dans leur entente, puisque Manuel Valls choisit de la faire passer en ayant recours au 49-3 en juillet 2016. Après ce revers, ce qui devait être la loi Macron II sera confiée à la ministre du Travail et deviendra la loi El Khomri. 

Scène surréaliste à l'Assemblée nationale

Avant cela, de nombreuses frictions étaient apparues, en coulisses comme en public, provoquées par les élans d'autonomie d'Emmanuel Macron et ses déclarations prenant le contre-pied de la ligne gouvernementale. Au mois de mai 2016, cela donne lieu à une scène surréaliste à l'Assemblée.

Lors des questions au gouvernement, le député de droite Georges Fenech interpelle Emmanuel Macron sur des révélations de la presse. Le ministre aurait effectué une levée de fonds pour son mouvement En Marche!, en marge d'une visite officielle à Londres. Très en colère, Manuel Valls choisit de répondre pour lui.

Lui tournant le dos, il déclare, le regard noir: "Ce que je souhaite, c'est que les membres du gouvernement soient pleinement et totalement engagés dans leur tâche".

Emmanuel Macron n'a sans doute pas oublié ce moment lorsque, quelques instants plus tard, après être retourné à sa place, Manuel Valls s'en prend à lui. Michel Sapin et Myriam El Khomri, assis entre deux, tentent de rester impassibles.

"C'est inacceptable, inacceptable! Tu parlais de qui?" l'invective le Premier ministre.

"S'il y a un traître, c'est Valls"

La question de Manuel Valls renvoie à une interview à Sud Ouest la veille, dans laquelle Emmanuel Macron s'en était pris à la "caste" "des gens qui ont été maires de grandes villes de province et ministres régaliens quand ils n’ont pas été maire et Premier ministre". "Je parlais d'Alain Juppé", tente-t-il d'expliquer à Manuel Valls sur les bancs de l'Assemblée. En vain, le mal est fait.

Des épisodes comme celui-ci, il y en aura plusieurs, avec leur lot de remarques acerbes, souvent par médias interposés. Le 30 août 2016, Emmanuel Macron démissionne finalement du gouvernement. Mais la rancune mutuelle entre les deux hommes ne s'est pas apaisée, comme l'a montré le documentaire sur les coulisses d'En Marche! diffusé ce lundi soir sur TF1. Au moment de la primaire à gauche, après l'annonce de la renonciation de François Hollande, Emmanuel Macron réunit ses troupes: 

"S'il y a un traître, s'il y a quelqu'un qui a flingué Hollande, c'est Valls", lâche-t-il. 

dossier :

Manuel Valls

Charlie Vandekerkhove