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Pourquoi la cote de popularité de Macron décroche

La popularité d'Emmanuel Macron s'effrite nettement selon un baromètre diffusé par le JDD. Embourbé dans la crise déclenchée par des propos du chef d'état-major des armées et qui a vu le général Pierre de Villiers démissionner, le président de la République paie aussi la note d'une communication défaillante et de mesures mal accueillies, selon nos éditorialistes.

Ce n'est pas encore l'heure de l'impopularité pour le président de la République fraîchement élu, mais c'est peut-être la fin de l'état de grâce. Selon le dernier baromètre Ifop publié ce dimanche par le JDD, Emmanuel Macron ne satisfait plus que 54% des Français, soit une chute de dix points en un mois.

Politique contestée concernant la CSG, coup de rabot mensuel de 5 euros sur les APL, cafouillage avec Matignon, crise vis-à-vis du chef d'état-major des armées assortie de la démission du général Pierre de Villiers, les motifs de trouble n'ont pas manqué ces temps-ci dans l'agenda du chef de l'Etat. Virginie Le Guay, chef-adjointe du service politique de Paris Match a commencé par tempérer la nature de cette baisse de popularité, ce lundi soir sur notre antenne: "C’est sérieux, quasiment inévitable, ça se passe presque à chaque fois. C’est malgré tout un avertissement qu’il ne doit pas prendre à la légère." Elle a avancé un début d'explication:

"Je l’explique par un décalage que les Français perçoivent de plus en plus, entre des images extrêmement léchées auxquelles ils assistent comme à un film depuis le début, où le personnage d’Emmanuel Macron, parce qu’il s’agit bien d’un personnage, se met en scène, sculpte sa stature présidentielle, et l’annonce extrêmement brutale de mesures dont personne n’a été prévenu, comme la suppression de 5 euros de l’APL."

La controverse avec Pierre de Villiers et son recadrage en public après la vive protestation du haut gradé contre les mesures budgétaires annoncées pour l'armée cette année n'est pas étrangère au refroidissement de l'opinion, selon la journaliste: "Et, pour le budget de l’armée, il aurait été plus diplomatique de convoquer le général de Villiers en tête-à-tête."

"Jupiter va devoir redescendre sur Terre"

Guillaume Perrault, grand reporter au Figaro, a poursuivi cette analyse en évoquant un problème de stylé présidentiel rencontré par Emmanuel Macron. "Il y a eu un effet de contraste très fort entre Hollande et lui. Contraste qui a joué au début en faveur d’Emmanuel Macron. Tout le monde a dit: ‘C’est formidable, il réhabilite la fonction présidentielle, il a l’ait d’un Président plus que son prédécesseur’. On lui en savait gré. Maintenant, alors que lui n’a pas changé, le regard porté sur le style d’Emmanuel Macron est en train de changer."

La patine de l'image renvoyée par le président de la République dans les médias aurait ainsi quelque chose de plus en plus envahissant. "Cette mise en scène permanente de soi-même, un jour en tenue de sous-marinier dans un sous-marin, le lendemain en pilote de chasse, qui peut se défendre si elle est au service d’une politique claire, mais si elle s’y substitue, les Français se posent des questions. Est-ce qu’il n’y a pas le syndrome de la grosse tête? Est-ce que l’encens ne monte pas vers l’Elysée? Et n’y a-t-il pas un peu de narcissisme?" s'est demandé Guillaume Perrault dans une prédiction: "Je pense que Jupiter va devoir redescendre sur Terre."

Emmanuel Macron et le pâté d'alouette

La chute du taux de satisfaction des Français situe la cote d'Emmanuel Macron à un niveau plus bas que celles de Nicolas Sarkozy et François Hollande à la même période de leur mandat. L'ampleur du phénomène a retenu l'attention de Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération: "C’est clairement un avertissement. C’est la plus forte chute depuis 1995 pour un Président." C'est un déséquilibre politique qui en est à la racine, d'après lui:

"Il y a un problème de fond à mon avis. ‘En Marche !’, c’est et à gauche et à droite. Mais depuis qu’ils sont là, la plupart des mesures sont des mesures de droite. C’est le pâté d’alouette. Vous en connaissez la recette? C’est un cheval, une alouette, un cheval, une alouette. Un cheval de droite et une alouette de gauche et ça fait un pâté ‘En Marche!’. Et forcément, c’est mauvais aux yeux de l’électorat de gauche."

Des priorités à revoir

De plus, la rareté de la parole publique d'Emmanuel Macron ne lui permettrait pas de corriger le tir: "Il y a un autre problème, c’est la communication. Vous avez un Président qui est élu depuis trois mois, il n’a jamais répondu à une seule question, sauf à des questions calibrées, écrites à l’avance. Il faut s’expliquer", a assuré Laurent Joffrin. 

Bruno Jeudy, l'un de nos éditorialistes politiques, estime quant à lui qu'"on passe en gros de la bienveillance à l’impatience." Selon lui, Emmanuel Macron doit revoir l'ordre de ses priorités: "Certes, à l’étranger, il représente bien la France, il fait Président mais ça c’est ce qu’on attend au minimum d’un Président et c’est François Hollande qui avait raté cette case-là. Mais ce n’est pas là-dessus qu’il est attendu, c’est ça son problème. Il est attendu sur des préoccupations de vie quotidienne et ça passe par le chômage, l’amélioration du pouvoir d’achat", a jugé Bruno Jeudy. 

Robin Verner