BFMTV

EN CHIFFRES - Pourquoi le gouvernement veut baisser les APL

-

- - Simon / Flickr

L’Aide personnalisée au logement (APL) représente un budget de 8,4 milliards d’euros. Un montant qui a quadruplé depuis 1984. Comment expliquer un tel coût? Eclairage avec quelques chiffres.

En 2016, l’Aide personnalisée au logement (APL), versée par la CAF, a coûté à l’État 8,4 milliards d’euros. C’est un peu plus que le budget entier du ministère de l’Ecologie (6,5 milliards d’euros) cette même année. Cette aide représente par ailleurs 48% du budget total du ministère du Logement (17,68 milliards d’euros au total). Engagé dans une chasse aux coupes budgétaires, le gouvernement souhaite réduire l’APL de 5 euros par mois, de quoi réaliser une économie mensuelle de 11,9 millions par mois, selon nos estimations.

L’explosion du coût des APL

Le montant dévolu à l’APL a quadruplé depuis 1984, de 1,6 milliard à 8,4 milliards d’euros aujourd’hui. Dans un premier temps, cette hausse s’explique par l’augmentation du nombre de bénéficiaires. Ils étaient 1,2 million en 1984 contre 2,9 millions en 1996. A partir de cette date, le nombre d’allocataires stagne, mais pas le coût. Entre 1996 et 2016, les prestations d’APL ont presque triplé (+191% d’augmentation), alors que le nombre de bénéficiaires a légèrement baissé. 

Le lien entre loyer et APL

En 1984, un allocataire moyen touchait 111 euros par mois, contre 269 euros aujourd’hui. L’Etat dépense donc chaque année davantage par bénéficiaire, expliquant la hausse vertigineuse du coût global de cette aide. L’inflation des loyers est directement en cause: la valeur du loyer est l’élément central du calcul de l’APL.

Cependant, le phénomène inverse est également vrai. En 2002, une étude de l’Insee montrait que les aides au logement tendaient à faire gonfler les loyers.

"Comme elles permettent à certains ménages d'accéder à des logements de meilleure qualité, la demande s'accentue et peut conduire à une hausse des loyers si le nombre et la qualité des logements ne s'ajustent pas suffisamment. En d'autres termes, une partie du bénéfice de l'allocation des ménages serait alors transférée aux bailleurs. Cet effet inflationniste serait d'autant plus fort que les bailleurs ont la capacité de connaître les locataires éligibles et perçoivent parfois directement ces aides", explique l’institut.

Ces zones tendues où l’Etat verse plus

Cette théorie se vérifie à l’échelle des départements. Le coût mensuel moyen de l’APL est bien plus élevé dans les zones où le marché immobilier est particulièrement tendu (Ile-de-France, Côte d’Azur). La somme touchée par mois varie ainsi de 273 euros en Seine-Saint-Denis à 217 euros en Vendée. La Seine-Saint-Denis est d’ailleurs le département qui compte le plus d’allocataires: 13% de sa population globale. Cette banlieue parisienne cumule pauvreté et loyers peu attractifs. 

Le gouvernement souhaite donc casser cette spirale infernale: il dépense chaque année davantage en APL, ce qui tend à augmenter les loyers et par la même occasion le montant mensuel moyen des allocations.

Emeline Gaube