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UMP: l'autorité de Nicolas Sarkozy chahutée

Le président de l'UMP Nicolas Sarkozy

Le président de l'UMP Nicolas Sarkozy - Kenzo Tribouillard - AFP

Discuté, chahuté, contraint de faire avec les différentes positions dans son camp... La gestion de l'épisode "législative du Doubs" par Nicolas Sarkozy va laisser des traces sur sa capacité à diriger à nouveau la droite. Quant à la présidentielle 2017, on est loin de l'évidence souhaitée il y a six mois; ses rivaux reprennent confiance.

"Qui est le patron à l’UMP?", s’interrogent les éditorialistes mercredi, à la une des journaux. Après deux heures et demie de débats mardi soir, le bureau politique du parti dirigé par Nicolas Sarkozy est allé contre le vœu de son chef, choisissant de promouvoir le "ni-ni", à quelques jours du second tour de la législative partielle du Doubs, et par conséquent d’inciter au "vote blanc ou à l’abstention"

L’ancien chef de l’Etat plaidait pourtant pour que le "barrage au Front national" soit clairement explicité, reprenant en partie le message diffusé par son rival Alain Juppé, sa numéro 2 Nathalie Kosciusko-Morizet, le président du Sénat Gérard Larcher ou l’ancien ministre Dominique Bussereau. Mais la motion du "ni-ni" défendue notamment par le numéro trois Laurent Wauquiez, François Fillon (absent du vote), l'ancien président du parti Jean-François Copé, Xavier Bertrand, Bruno Le Maire et Luc Chatel, s’est imposée par 22 voix contre 19. 

Même Balkany critique Sarkozy

Dès le matin, Nicolas Sarkozy aurait pu se rendre compte que cet épisode politique n’était pas comme les autres. Lors de son argumentaire face aux députés de l’opposition, son fidèle parmi les fidèles, Patrick Balkany, s’est opposé frontalement à sa décision: "On va dire que l’on appelle à voter socialiste". Tandis que d’autres s’échangent des amabilités - un "connard" sonore vole notamment entre deux députés - le président de l’UMP est obligé de dire: "Je ne m’énerve pas, j’explique!" 

Certains députés se disent surpris par la tournure des événements, tant ils se sont habitués, entre 2004 et 2012, à voir Nicolas Sarkozy couper court aux débats et imposer sa position. "Il s’aperçoit que le soutien des députés UMP ne va pas de soi", confie notamment au Monde l’élu Philippe Gosselin.

Sarkozy dépassé par sa droite

"La mayonnaise Sarkozy ne prend pas", résume Bruno Le Maire, selon Le Canard Enchaîné du jour. Pour mettre toutes les chances de son côté, Nicolas Sarkozy avait pourtant cherché à mélanger tous les ingrédients, mais il est resté trop longtemps silencieux et se retrouve victime de ses hésitations

Visiblement surpris par l’issu du vote interne, Alain Juppé, invité sur France 2 au moment des résultats, n’imaginait pas une telle issue pour son camp. Il a reconnu deux "lignes divergentes à l'UMP" sur la méthode, avant de saluer "les efforts de Nicolas Sarkozy pour trouver une solution de synthèse". Synthèse, un mot qui rappelle un homme: le président de la République François Hollande, qui en avait fait sa spécialité à la tête du PS. 

"Si la droite française n'est pas la plus bête du monde", écrit Le Figaro, "elle est la plus difficile à comprendre..." Même pour Nicolas Sarkozy désormais qui, contraint pas sa volonté de rassembler et pressé par ses rivaux, s’est exercé au périlleux exercice du consensus. Avant d'être dépassé par sa droite. Dur.

Samuel Auffray