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"Superministère", prison pour les jihadistes: les propositions de Sarkozy sur la sécurité

Nicolas Sarkozy compte bien reprendre la main sur les questions sécuritaires, l'un de ses sujets de prédilection.

Nicolas Sarkozy compte bien reprendre la main sur les questions sécuritaires, l'un de ses sujets de prédilection. - Kirill Kudryavtset - AFP

La journée de travail organisée par Les Républicains va mettre l'accent sur les questions de sécurité. Nicolas Sarkozy, qui doit clôturer cette session par un discours, va présenter un véritable arsenal sur cette question. Revue de détails.

Nicolas Sarkozy en a fait son sujet de prédilection, faisant même campagne sur cet unique thème. La sécurité, les lois pénales ou le dispositif pénitentiaire sont autant de sujets qui seront abordés mardi lors de la journée de travail organisée par Les Républicains sur le thème de la sécurité et de la justice. Des sujets mis sur le devant de la scène avec, notamment, les attentats de janvier 2015.

Dans un document d'orientation du parti, que s'est procuré BFMTV, les organisateurs de cette convention font le constat d'une délinquance en hausse depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir en mai 2012 et août 2015: 8% de cambriolages en plus, 13,8% de vols simples en plus ou 11,7% d'atteintes volontaires à l'intégrité physique. Et même si le parti oublie de mentionner la baisse du nombre d'homicides, par exemple (73 au mois de mai 2012, 57 en septembre 2015), Les Républicains s'en prennent à l'inversion de la courbe de la population carcérale. "Il n'y a plus d'autorité de l'Etat", se désole Nicolas Sarkozy, dans un entretien au Parisien.

Pour remédier à cette situation, il a des propositions, et compte bien remettre la main sur les questions sécuritaires, et ce, alors que le ministre actuel de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, est l'un des plus populaires du gouvernement.

> Renforcer les liens entre police et gendarmerie

En premier lieu, Les Républicains veulent recentrer les forces de police et gendarmerie sur leur coeur de métier, opter pour une meilleure coordination entre les deux unités, renforcer le rôle des polices municipales ou encore repenser leur organisation et leur outil de travail. 

"Il faut concentrer le travail de la police et de la gendarmerie sur l'ordre public, le renseignement, l'investigation. Et la libérer de toutes les tâches secondaires ou périphériques", affirme-t-il. Nicolas Sarkozy propose ainsi de permettre aux employés d'autoroute "de constater les infractions" liées à la vitesse et "de transmettre ces constats" à la police. Il veut également armer la police municipale. Des promesses qui font écho à la grogne des forces de l'ordre de ces dernières semaines, auxquelles le gouvernement a répondu avec une série de mesures.

> Créer un "superministère de l'Intérieur"

Mais le point d'orgue de ce volet sécuritaire est la création d'un "superministère de l'Intérieur". Cet organe devrait regrouper police, gendarmerie, mais aussi les douanes, pour améliorer "la lutte contre l'immigration clandestine et la maîtrise de nos frontières", ainsi que l'administration pénitentiaire, celle qui "a la charge d'individus susceptibles de commettre de nouveaux délits". Et pour qu'il soit suffisamment puissant, l'ancien ministre de l'Intérieur "souhaite que le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux ne soit pas appliqué" dans ce ministère.

> Détricoter la réforme pénale de 2014

Mais sans justice pénale, la droite semble penser qu'aucune politique de sécurité n'est possible. "La refondation de l’autorité de l’Etat passe avant tout par l’autorité de la loi et de sa sanction", scande l'ancien président de la République.

Ainsi, comme elle l'a déjà fait à plusieurs reprises, l'opposition tire à boulet rouge sur Christiane Taubira, l'actuelle garde des Sceaux, et sa réforme pénale de 2014. Rétablissement des peines-planchers en cas de récidive, suppression de la "contrainte pénale", qui instaure une nouvelle peine de prison qui ne sera appliquée que si l'accusé ne respecte pas les obligations qui lui sont imposées ou encore réserver l'aménagement des peines pour les seules condamnations de moins de 6 mois de prison ferme. En résumé: faire cesser l'inexécution des peines. 

Car pour Les Républicains, la question de la surpopulation carcérale ne se pose pas et de ce fait, ils proposent de construire plus de 20.000 places de prison pour atteindre les 80.000 sur le territoire, une idée déjà proposée par Michel Mercier, l'ex-ministre de la Justice de... Nicolas Sarkozy. Rien donc de très novateur.

> Mettre plus de police dans les quartiers

Outre le détricotage de la réforme pénale, Nicolas Sarkozy fait plusieurs propositions très concrètes visant à "refonder l'autorité de l'Etat. "Je propose que les trafiquants de drogue qui auront réellement effectué leurs peines de prison, soient interdits de séjour à leur sortie de prison dans le quartier où ils ont commis leurs méfaits", lance-t-il. Cette peine serait complémentaire de celle prononcée par la justice.

Il souhaite également une présence accrue de la police, notamment pendant la nuit. "Des vigies de police doivent être organisées dans les quartiers les plus difficiles, pour lutter contre cette criminalité en constante progression", selon lui.

> Créer un droit pénal pour mineurs

Pour s'occuper du problème à la racine, et alors que la délinquance juvénile s'intensifie, la droite propose un droit pénal pour les mineurs, la création d'établissements pénitentiaires spécifiques à ce public, et même un tribunal spécifique qui pourrait traduire en comparution immédiate les mineurs de plus de 16 ans. 

> Envoyer les jihadistes français en prison

Concernant le terrorisme, Nicolas Sarkozy assure que tout Français parti faire le jihad doit aller en prison s'il revient. Quant aux binationaux, ils ne doivent pas revenir en France. La consultation de sites jihadistes "doit devenir un délit" dès lors qu'elle est régulière, insiste le patron des Républicains. Enfin, Nicolas Sarkozy demande à ce que la peine de sûreté créée pour les délinquants sexuels "soit appliquée aux jihadistes". 

Justine Chevalier