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Crise à l'UMP: l'affaire Bygmalion a eu raison de Jean-François Copé

Le président de l'UMP Jean-François Copé aux Sables-d'Olonne, le 6 novembre 2013.

Le président de l'UMP Jean-François Copé aux Sables-d'Olonne, le 6 novembre 2013. - -

Ébranlé la veille par les accusations de l'avocat de Bygmalion sur les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, l'UMP a dû réagir vite, mardi. Contraint de quitter la tête du parti, Jean-François Copé a réaffirmé son "honnêteté" dans la soirée.

Après la confession de Jérôme Lavrilleux, lundi soir, sur l'affaire Bygmalion, l'heure était aux comptes ce mardi pour l'UMP. A l'issue d'une réunion de crise dans la matinée, une tête est sans surprise tombée: celle du président Jean-François Copé. Dans la soirée, celui-ci a néanmoins continué de clamer que son "honnêteté" était totale et que "des collaborateurs" avaient "abusé de sa confiance". Récit d'une chute précipitée.

> Les accusations de Bygmalion

La bombe a explosé lundi. L'avocat de Bygmalion, société tenue par des proches de Jean-François Copé, a accusé l'UMP d'avoir poussé cette société à émettre de fausses factures pendant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2012. Non sur le montant, mais sur le destinataire: selon Me Patrick Maisonneuve, des prestations réalisées pour la campagne ont été sciemment facturées à l'UMP, en lieu et place des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Ceci afin de camoufler le dépassement du budget de campagne, qui est plafonné.

La voix tremblante et les yeux brillants, Jérôme Lavrilleux, ex directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, a reconnu lundi soir "un dérapage". Tout en assurant que ni Jean-François Copé, ni Nicolas Sarkozy n'était au courant.

> Une réunion sous tension

Dès mardi matin, les ténors de l'UMP étaient réunis pour un "bureau politique" de crise. Les fillonistes, qui n'avaient jamais accepté la victoire "volée" de Jean-François Copé à la présidence de l'UMP fin 2012, ont été les premiers à demander sa démission. Et comme attendu, François Fillon a demandé dès l'ouverture de la réunion que son ancien rival se mette en réserve le temps de la durée de l'enquête.

Puis, dans un climat tendu, c'est l'ensemble des ténors de l'UMP qui ont demandé que leur président se retire: Xavier Bertrand, pointant "une question de survie pour le parti", Alain Juppé... L'ancien trésorier de l'UMP, Dominique Dord, y est allé sans détour: "Barre-toi!", a-t-il lancé au président de son parti.

> La direction démissionne

Finalement, la direction du parti a démissionné collectivement. Jean-François Copé, qui affirme avoir pris la décision de son propre chef, quittera ses fonctions au 15 juin. Lui succèdera une direction collégiale provisoire, assurée par un triumvirat: les anciens Premier ministre Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon. Un congrès se tiendra le 12 octobre prochain à Paris pour élire la nouvelle direction du parti.

Ces mesures d'urgence ont été saluées par les uns et les autres. "Une décision nécessaire", a commenté Eric Woerth sur le départ de Jean-François Copé. Alain Juppé s'est pour sa part félicité de la tenue d'un congrès en octobre, qu'il avait appelé de ses voeux, afin de "se retrouver sur une ligne consensuelle et majoritaire". Il a néanmoins précisé depuis Bordeaux, dans l'après-midi, qu'il ne serait pas candidat à la présidence.

"Le congrès définira une nouvelle ligne politique", a de son côté réagi le député Eric Ciotti. Bruno Le Maire, lui, a signifié son espoir d'un nouvel "élan" pour le parti.

Nous devons maintenant préparer avec tous les militants #UMP le congrès de la rentrée pour redonner un élan à notre famille politique. 2/3
— Bruno Le Maire (@Bruno_LeMaire) 27 Mai 2014

> Les responsabilités en question

Juste après la réunion, devant les députés UMP, Jean-François Copé a reconnu que l'affaire était grave - tout en insistant sur le fait que ni lui, ni Nicolas Sarkozy n'était au courant. Dans la soirée, sur le plateau du 20 Heures de TF1, il a de nouveau demandé aux Français de "ne pas douter de son intégrité", a assuré que "son honnêteté" était totale et soutenu avoir "découvert" le système de fausses factures "il y a douze jours". Selon lui, "des collaborateurs" ont "abusé de sa confiance".

Le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, Guillaume Lambert, s'est également dit dit "totalement étranger" aux "dispositions mises en place entre Bygmalion et l'UMP". Selon son avocat, Me Christophe Ingrain, son client n'était pas au courant. "Guillaume Lambert n'a eu connaissance que des seules dépenses transmises à cette association dans la limite du plafond autorisé", a-t-il assuré.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris pour faux, abus de confiance et abus de biens sociaux.

Mathilde Tournier