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Couacs, polémiques et boulettes... La présidence ratée de Laurent Wauquiez à la tête de LR

Laurent Wauquiez lors du conseil national des Républicains le 16 mars 2019

Laurent Wauquiez lors du conseil national des Républicains le 16 mars 2019 - Romain Lafabregue - AFP

Laurent Wauquiez a démissionné dimanche, une semaine après la déroute de son parti aux européennes. A 44 ans, le président de région n'a jamais réussi à rassembler autour de lui.

Il n'avait plus vraiment le choix. Une semaine après la gifle reçue aux élections européennes - la liste menée par François-Xavier Bellamy n'a récolté que 8,48% des voix - Laurent Wauquiez a annoncé dimanche sur TF1 sa démission de la présidence des Républicains. Pressé par les barons du parti de quitter son poste, le départ du dirigeant de 44 ans marque la fin d'un an et demi de présidence ratée. 

Elu fin 2017, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes avait pourtant pour mission de reconstruire et rassembler un parti au bord de la rupture après l'échec à l'élection présidentielle, marquée par l'affaire François Fillon. Mais la mission s'est vite avérée impossible pour l'ancien énarque. 

Lâché par les barons du parti

Valérie Pécresse, François Baroin, Chrisitian Estrosi prennent rapidement leurs distances avec le nouveau chef. Xavier Bertrand, lui, claque la porte de son parti. "Il le dit lui-même et même Marion Maréchal-Le Pen se dit prête à travailler avec lui! Mais il n’y a pas que ça: il est le candidat de Sens commun. J’ai du respect pour chacun, mais la laïcité dans les partis politiques aussi, ça ferait du bien", lâche Xavier Bertrand à l'époque. 

Depuis plusieurs années, le président a effectivement amorcé un virage politique. D'abord protégé de Jacques Barrot, député centriste pro-européen, Laurent Wauquiez a depuis abandonné cette ligne au profit d'une droite plus dure, qui "ne baisse pas la tête". Les tenants d'une ligne modérée lui reprochent, avant même son élection à la tête du parti, d'être resté ambigu sur un soutien à Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. 

L'enregistrement de l'EM Lyon

Laurent Wauquiez le revendique: il n'hésitera pas à marcher sur les plates-bandes du Rassemblement national. En janvier 2018, il affirme ainsi ne pas vouloir laisser le "monopole du discours sur l'immigration à l'extrême droite" dans L'Emission politique. Et en avril 2018, il propose "un référendum sur l'immigration". Ce revirement, effectué en quelques années, lui colle à la peau une image clivante et un sentiment d'insincérité politique. 

Cette image est d'autant plus renforcée lorsque, quelques semaines après son élection, le nouveau président du parti crée un scandale lors d'un cours devant des étudiants de l'école de commerce de l'EM Lyon. Enregistré à son insu, Laurent Wauquiez affirme raconter "du bullshit" sur les plateaux de télévision. Il s'en prend également à Nicolas Sarkozy, accusé d'avoir mis sur écoute ses ministres de l'époque. Une sortie qui passe mal, très mal, dans un parti où la figure de l'ancien chef de l'Etat reste adorée par de nombreux militants. 

Intox sur les gilets jaunes

"Il a installé un soupçon d'insincérité permanent", observe un ténor de LR. Malgré ce sérieux avertissement, cela n'empêche pas Laurent Wauquiez d'être à nouveau pris la main dans le sac. En plein mouvement des gilets jaunes, le président LR avait commencé par apporter son soutien aux manifestants. Mais face aux violences, notamment après l'attaque de la préfecture du Puy-en-Velay, l'ancien énarque décide de prendre ses distances. 

Lors d'une interview en décembre 2018, il assure ainsi n'avoir "jamais enfilé un gilet jaune". Une version aussitôt démentie par une photo prise au Puy-en-Velay le 24 novembre, où l'on voit le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, vêtu d'un gilet jaune par-dessus sa fameuse parka rouge, discuter avec des manifestants. 

Bellamy, le choix de Wauquiez

D'autres épisodes continuent de plomber un président qui n'en finit plus de voir son impopularité grandir – en janvier 2019, il recueille 69% d'opinions défavorables, selon le baromètre politique Ipsos. Sa supposée proximité avec sœur Emmanuelle est à plusieurs reprises démenties, sa comparaison entre PMA et "eugénisme" mené par le "régime nazi" provoque un tollé et l'invitation de l'essayiste polémique Eric Zemmour en janvier 2019 - "Eric est ici chez lui", lance alors Laurent Wauquiez - ravive les critiques sur sa ligne.

Ultime erreur: à l'automne 2019, Laurent Wauquiez impose François-Xavier Bellamy, philosophe, proche de la Manif pour tous et opposé à l'IVG, comme tête de liste aux élections européennes. L'objectif est de séduire la droite conservatrice. Donné à 13% dans les sondages quelques jours avant les élections, Laurent Wauquiez et Les Républicains espèrent jusqu'au bout avoir réussi ce pari. Mais les résultats sont un échec. La liste arrive quatrième, sous la barre des 10%. La goutte de trop pour un président qui n'aura jamais réellement convaincu. 

Benjamin Rieth