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Européennes: François-Xavier Bellamy, tête de liste pour noyau dur

François-Xavier Bellamy

François-Xavier Bellamy - Joël Saget/ AFP

PORTRAIT - C'est François-Xavier Bellamy qui emmène la liste des Républicains aux européennes. Si son profil conservateur - un terme qui n'a pas ses faveurs - divise, le professeur de philosophie semble taillé pour plaire au noyau dur de la droite.

"La droite est de retour", plastronnait récemment Le Figaro Magazine. Sur la Une, François-Xavier Bellamy fait mine de reboutonner sa veste. Car c'est cet homme de 33 ans, encore un nouveau venu dans la politique proprement dite et tête de liste des Républicains aux européennes, qui est censé être le prophète annonçant la "bonne nouvelle" au public de droite. 

Encore mal connu du grand public après des mois de campagne, il n'est pas personnage à dissiper le mystère de lui-même. Ainsi, au chapitre de ses éventuelles erreurs de jeunesse, à peine apprendra-t-on dans l'entretien qu'il a accordé à la revue: "J'ai fait beaucoup d'erreurs comme tout le monde sans doute. Mais il y a une chose dont je suis heureux: il n'y a aucun engagement que j'aie pris dans le passé, pas une ligne que j'aie écrite, que je n'assumerais pas aujourd'hui". 

Normalien, conférencier prolifique 

Et François-Xavier Bellamy a beau être tout juste trentenaire, des engagements, il a eu le temps d'en prendre. Ce Parisien, dont la mère enseigne le français, a fait ses classes à Versailles, où il est adjoint au maire divers-droite depuis 2008. Mais il a toujours gardé un pied dans la capitale en parallèle. Pendant ses études, tout d'abord, en les poursuivant en prépa au lycée Henri IV puis à deux pas de là, à l'Ecole Normale supérieure où il entre en 2005. En 2008, il décroche l'agrégation de philosophie. Professionnellement ensuite, car dès 2011, il est affecté à un poste de professeur de philosophie dans les classes préparatoires parisiennes du lycée Blomet. 

Mais la politique l'accapare très vite. Encore normalien, il est brièvement chargé de mission au sein du ministère de la Culture alors tenu par Renaud Donnedieu de Vabres, et plus tard, au sein du ministère de la Justice de Rachida Dati. Ce n'est cependant pas par ce très classique cursus honorum qu'il se fait une place dans le monde politique, mais en empruntant des chemins moins directs, à défaut d'être détournés. Conférencier prolifique et animateur de soirées philosophiques, François-Xavier Bellamy est aussi essayiste. Auteur entre autres des Deshérités en 2014, il creuse son sillon autour d'un thème qui lui est cher: la transmission.

Polémiques 

Catholique, volontiers contempteur du progressisme, il se taille vite une réputation conservatrice au sein des médias qui apprennent peu à peu à le connaître dans la foulée de la Manif' pour Tous, à laquelle il est lié. Il a quelques réserves cependant à reprendre l'épithète de conservateur, comme il s'en explique auprès du Figaro en septembre 2018: "Je préfère regarder notre condition humaine, avec les limites qui la rendent féconde, comme un bien inestimable qui mérite d'être considéré, d'être préservé - non pas pour être seulement 'conservé', mais pour être pleinement vécu et pleinement transmis."

En 2013, au moment du débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, il participe au mouvement des Veilleurs. Plus tard, en 2017, il s'oppose à Marlène Schiappa au sujet de la Procréation médicalement assistée (PMA) qu'il décrit comme "la dernière frontière avant le transhumanisme". Peu auparavant, ses positions et sa relative visibilité médiatique lui valent d'être investi par les Républicains aux législatives dans la 1ère circonscription des Yvelines. Une circonscription réputée imperdable pour la droite et qu'il perd tout de même au second tour face au candidat La République en marche, à 800 voix près. 

Une défaite qui n'a donc pas empêché Laurent Wauquiez de miser sur lui pour ces européennes. Cette initiative a suscité une forme d'incompréhension chez certaines personnalités de droite, en raison notamment de son discours sociétal. Régulièrement, il doit d'ailleurs désamorcer le volet le plus controversé de sa pensée: si le droit à l'avortement n'a pas franchement sa faveur, il rappelle qu'il ne milite pas plus pour son abolition qu'il ne la croit possible. "Aujourd’hui, personne en France ne pense qu’il est possible d’abroger la loi Veil", dit-il déjà en janvier 2008 sur France 5. 

Terrain de connaissance 

Pour le reste, François-Xavier Bellamy colle au plus près du canon habituel de la droite: libéral économiquement, partisan des institutions européennes pour l'essentiel, disert sur la lutte contre l'immigration. Ce profil semble d'ailleurs fonctionner correctement sur plan électoral. 

Après avoir laissé craindre à sa famille politique de s'arrimer à la barre des 10%, il emmène désormais sa liste, selon notre sondage Elabe paru mercredi dernier, au-dessus de ce seuil, bien qu'un ressac l'ait dernièrement ravalé autour des 11% après qu'il a entrevu les 15% une quinzaine de jours plus tôt. Mais l'examen détaillé de la tendance montre que la figure de proue ne fait que regagner un terrain déjà bien connu de son camp. C'est chez les personnes âgées de plus de 65 ans, les cadres supérieurs et professions intellectuelles et dans les villes de 20.000 à 100.000 habitants, ainsi qu'en Île-de-France qu'il récolte ses meilleurs scores. 

"Il n'y a pas de mobilisation spécifique pour François-Xavier Bellamy", confirme Bernard Sananès auprès de BFMTV.com. "Mais les européennes étant un scrutin à un tour, l'enjeu est avant tout de mobiliser son électorat".

Fédérer son propre socle apparaît par conséquent comme l'alpha et l'oméga durant les européennes et essayer de faire preuve d'originalité pour aller mordre sur celui du voisin semble d'autant plus piégeux que, traditionnellement, les européennes sont marquées par une forte abstention.

Un électorat sûr de lui mais restreint

Il faut dire que François-Xavier Bellamy est le bon candidat pour plaire aux sympathisants de François Fillon, un électorat souvent pourvu d'un certain patrimoine, plus rétif à la dimension sociétale du libéralisme qu'à sa traduction économique. Et ce segment de la population présente une autre vertu pour son candidat naturel: il est solide et peu aventureux.

"Ce qui est frappant, c'est l'augmentation du taux de la sûreté du choix pour François-Xavier Bellamy au sein de son électorat", note Bernard Sananès. Parmi les sondés ayant dit à l'institut Elabe au début du mois de mai qu'ils comptaient voter pour sa liste aux européennes, 76% ajoutent qu'ils sont certains de joindre l'acte à la parole. 

Pour autant, il est un fragment de l'électorat de cet hémisphère du monde politique pour lequel François-Xavier Bellamy pourrait bien n'avoir aucun charme particulier. Le parcours de ce Versaillais de bonne famille ne semble pas tracé pour plaire à la portion des foyers populaires habitués à accorder leurs suffrages à la droite. "Depuis 2012 au moins, l'électorat populaire ne vote plus de ce côté-là", pose toutefois Bernard Sananès. 

Une part de ces citoyens choisissent désormais le Rassemblement national. C'est aussi au sein des couches plus modestes de la population que l'on distingue le plus d'abstentionnistes, a fortiori à l'occasion des européennes. Et aller les chercher pour les convaincre de voter n'est sans doute pas sur la feuille de route de François-Xavier Bellamy. 

Robin Verner