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Chez LR, de jeunes députés ruent dans les brancards et défient Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez à Lyon le 16 mars 2019.

Laurent Wauquiez à Lyon le 16 mars 2019. - ROMAIN LAFABREGUE / AFP

Une dizaine de membres du groupe LR à l'Assemblée nationale ont signé une tribune, publiée sur les réseaux sociaux et dans laquelle il est demandé à Laurent Wauquiez d'associer davantage la nouvelle génération aux travaux de reconstruction du parti.

Le navire Wauquiez tangue sévèrement, tiré à hue et à dia par des initiatives d'élus Les Républicains qui ne se remettent pas de la déroute des élections européennes. Et qui en veulent tous au chef. Après la "démarche" de "rassemblement" de la droite et du centre amorcée par le président du Sénat Gérard Larcher, c'est au tour de la jeune garde LR à l'Assemblée nationale de faire entendre sa voix. 

Comme l'a révélé mercredi Le Figaro, une dizaine de députés, sous l'égide d'Aurélien Pradié et Pierre-Henri Dumont, publient ce jeudi une tribune via les réseaux sociaux. Il y est question, notamment, de mettre en place un "comité de renouvellement", instance dont l'objet serait d'inciter l'appareil LR à inclure davantage les jeunes talents du parti, mais également les élus issus des territoires, dans ses travaux de reconstruction

Faire exister la "nouvelle génération"

Parmi les signataires se trouvent plusieurs membres en vue du groupe LR au palais Bourbon, comme Fabien Di Filippo (Moselle), Virginie Duby-Muller (Haute-Savoie), Raphaël Schellenberger (Haut-Rhin) ou Ian Boucard (Territoire de Belfort). Tous des élus qui, à un moment ou un autre, ont manifesté auprès de Laurent Wauquiez leur envie de peser sur l'avenir de la droite. "La reconstruction (...) devra aussi se faire avec la nouvelle génération", a déclaré Aurélien Pradié au Figaro

Estimant que "la droite française a perdu ses repères" et qu'elle n'est "pas éternelle", ces députés appellent, dans leur tribune, à ce que le "socle commun" de LR soit "celui du travail". 

"Notre droite est une droite populaire, crédible, sincère, enracinée. Celle qui n'a pas oublié les grands enseignements du Général de Gaulle, les réussites de Georges Pompidou, la sincérité de Jacques Chirac, l'audace de Nicolas Sarkozy. Le temps est venu de fabriquer des idées, audacieuses, nouvelles", poursuivent-ils.

Les signataires du texte qualifient par ailleurs d'étape "positive" le lancement par Laurent Wauquiez des "états généraux de la droite" et saluent la démarche de Gérard Larcher. 

Ces onze députés mettent toutefois en garde leurs devanciers: "Il est impossible de faire croire aux Français que nous changeons si ceux qui portent notre voix aujourd'hui la portait (sic) déjà hier ou avant-hier."

"L'urgence, c'est le rassemblement"

Robin Reda, souvent associé à ce quarteron de jeunes députés de terrain, n'a pas souhaité participer à l'initiative: 

"Non pas pour des raisons personnelles, car j'apprécie les signataires de cette tribune, mais je trouve la démarche prématurée. L'urgence pour la droite, aujourd'hui, c'est le rassemblement, pas le renouvellement", affirme-t-il auprès de BFMTV.com. 

En clair, le député de l'Essonne et ex-maire de Juvisy estime qu'il faut d'abord voir ce que va donner la réunion prévue mardi prochain sous l'égide de Gérard Larcher. "J'espère qu'il ne s'agira pas d'un comité organisé uniquement par des sénateurs et des vieux pontes du parti", prévient-il toutefois. 

Un "machin" sous la coupe de Wauquiez?

Le risque, par ailleurs, est que ces initiatives s'entrechoquent. Une aubaine pour Laurent Wauquiez, qui veut avant tout éviter de se voir exfiltrer de la présidence de LR, à l'instar d'un Jean-François Copé en 2014 après l'éclatement de l'affaire Bygmalion. Le patron de la Région Auvergne-Rhône-Alpes sait jouer des divisions internes de son mouvement pour se maintenir à sa tête. La méthode du "bunker", toujours. 

D'autant que l'idée d'une droite "populaire, crédible, sincère, enracinée" n'est pas si lointaine, sur le papier, de la profession de foi de Laurent Wauquiez depuis qu'il dirige la droite.

"Je crains que le comité de renouvellement ne devienne vite un nouveau machin sous la houlette de Wauquiez. Alors que le comité Larcher, lui, n'est pas sous sa coupe, il est en périphérie. Donc ça échappe à son contrôle", décrypte auprès de BFMTV.com un élu, qui estime que le parti doit d'abord analyser sa défaite historique. 

"Après une claque comme celle qu'on a reçue, il faut de l'humilité. Il faut retourner sur le terrain. On reproche souvent à Macron de ne pas connaître la France des territoires. Au final, on constate que nous-mêmes, nous ne comprenons plus ce qu'il se passe."
Jules Pecnard