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Sonnés par la défaite aux européennes, les députés LR chargent Wauquiez sans l'écarter

Laurent Wauquiez à Lyon le 16 mars 2019.

Laurent Wauquiez à Lyon le 16 mars 2019. - ROMAIN LAFABREGUE / AFP

À l'occasion de leur réunion de groupe à l'Assemblée nationale, l'ensemble des députés LR ont mis le doigt sur "l'insincérité" qui colle à la peau de leur chef. Sans toutefois l'appeler à la démission, contrairement à certains barons du parti.

La tectonique des droites est en plein chamboulement. Les Républicains peinent à se remettre de la déroute qu'ils ont subie aux élections européennes dimanche. Avec 8,44% des suffrages exprimés, la droite républicaine a atteint son plus bas historique. Depuis bientôt 48 heures, les barons du parti se succèdent sur les antennes pour appeler - de manière à peine détournée - Laurent Wauquiez à démissionner. 

Ce mardi, les députés du groupe LR se sont réunis à l'Assemblée nationale pour dire ses quatre vérités au chef. Lequel a entamé la réunion en faisant part de son diagnostic de la défaite historique qu'ont infligé les Français à la droite. "J'en prends toute ma part. (...) On n'a pas réussi à faire comprendre à quoi servait le vote LR", a reconnu Laurent Wauquiez face aux élus. 

"On n'a pas envie d'en rajouter"

Après ce mea culpa, accueilli par quelques applaudissements polis, sont venues les récriminations. Aurélien Pradié, député du Lot et représentant de la jeune garde du parti, y est allé franco avec le chef. "L'opinion publique te considère comme insincère", lui a-t-il lancé, soutenu par d'autres élus tels que Pierre-Henri Dumont (Pas-de-Calais) et Robin Reda (Essonne). 

Un motif d'espoir, cependant, pour Laurent Wauquiez: les députés n'ont pas été unanimes dans l'appel à son départ. Certains ténors, comme Eric Woerth, lui ont demandé s'il était "le mieux placé pour faire le rassemblement à droite" et le député des Bouches-du-Rhône Eric Diard a clairement exigé sa démission. D'autres, plus pondérés, veulent éviter une nouvelle guerre des chefs, syndrome récurrent de la droite française.

"Tout le monde est assez sonné, on n'a pas envie d'en rajouter. Si on regarde les choses lucidement, une tête qui tomberait, à ce stade au moins, ne résoudrait pas tout. Loin s'en faut", a résumé auprès de BFMTV un participant à la réunion de groupe au palais Bourbon.

"Il ne s'agit pas de demander des têtes au bout d'une pique" mais de procéder à un "aggiornamento idéologique" au sein de LR, a fait valoir l'un des vice-présidents du parti, Guillaume Peltier.

Des "états généraux" avant l'été?

En dégainant son idée d'organiser des "états généraux" à l'automne pour sortir la droite de la crise, Laurent Wauquiez veut jouer la montre. Se donner du temps pour rebondir, se "bunkériser", comme disent de nombreux élus qui ne lui sont pas favorables. 

"Je veux remettre tout à plat, (...) reconstruire avec toutes les générations et toutes les sensibilités", a affirmé le président de LR, disant vouloir dépasser les "querelles de chapelle". 

Au lieu de l'attaquer frontalement sur sa légitimité à la tête du parti, les députés se sont concentrés sur le calendrier. À l'automne, "on sera déjà en pleins préparatifs pour les municipales", prévient un participant. Les élus ont donc demandé à ce que cette séquence de débats internes soit avancée au mois de juin.

Cette proposition a été approuvée par Laurent Wauquiez qui, du côté du Sénat, va devoir composer avec la "démarche de rassemblement" initiée par Gérard Larcher, en quête d'élargissement de LR vers le centre. Pressé de toutes parts, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes va pouvoir tester la solidité de son bunker.

Jules Pecnard avec Elisa Bertholomey