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Après la défaite cuisante de la liste Bellamy, LR se prépare à une nouvelle guerre interne

Plusieurs dirigeants de LR, dont Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse, le 30 juin 2018

Plusieurs dirigeants de LR, dont Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse, le 30 juin 2018 - AFP - Valery Hache

Réunis en bureau politique ce lundi soir, les ténors de la droite tentent de tirer les conséquences de l'effondrement de leur liste aux élections européennes. Dans l'esprit de certains, le rebond passe par un départ de Laurent Wauquiez.

L'odeur de poudre a de nouveau imprégné les murs du 238, rue de Vaugirard. Au lendemain de la cuisante défaite subie par la liste Les Républicains, créditée du score de 8,4% aux élections européennes, le siège du parti a accueilli ce lundi soir un bureau politique aux allures de prélude à O.K. Corral

Simple prélude, car d'éminents membres de l'instance ont séché l'événement, notamment le président du Sénat Gérard Larcher et le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau. Deux personnalités qui, dès dimanche soir, ont vite pointé du doigt "l'échec" que représentait la contre-performance de François-Xavier Bellamy.

Le retour de Pécresse

Officiellement, Bruno Retailleau a invoqué son besoin d'assister "aux discussions sur le projet de loi concernant la reconstruction de Notre-Dame". En coulisses, son entourage complète auprès de BFMTV en expliquant que le bureau politique a été convoqué en urgence, alors que chacun a ses obligations... Parmi elles, sans doute, celle d'éviter pour l'heure le champ de tir

En revanche, une autre figure du parti s'est invitée à la réunion: Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France et principale adversaire de Laurent Wauquiez depuis l'élection de celui-ci à la tête de LR. Le temps de la campagne des européennes, les haches de guerre ont été temporairement enfouies. Dès ce lundi matin, l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy a déclaré sur RTL qu'à la place de l'intéressé, elle aurait démissionné, elle

Wauquiez débarqué?

Haro sur Wauquiez, donc. Un à un, les caciques du parti sont sortis du bois pour indiquer combien la ligne et le projet de LR étaient à revoir "du sol au plafond".

Pour résoudre l'équation et permettre à la droite de repartir, une solution revient en boucle: la démission du patron, comme Nicolas Sarkozy en 1999 après l'échec de la liste RPR, là aussi lors d'élections européennes. 

"C'est intenable pour lui. En l'état il ne peut pas rester à la tête du parti. S'il refait la même chose qu'hier soir en disant que c'est la faute de Macron, ce sera à côté de la plaque", prévient un poids lourd de LR, membre du bureau politique. Et d'ajouter: "S'il décide de rester, ça va partir dans tous les sens." 

D'après un sarkozyste, "la scène de dimanche soir était lunaire". "Il nous a lu un texte qui aurait été le même si on avait fait 15%. Je pense qu’il va devoir partir", glisse-t-il à BFMTV.

Une ambiance survoltée qui rappelle celle d'il y a cinq ans, jour pour jour, lorsqu'à la suite de l'éclatement de l'affaire Bygmalion, Jean-François Copé avait été exfiltré de la présidence de feu l'UMP. Le maire de Meaux a d'ailleurs fait une apparition remarquée ce lundi soir. "On ne survivra pas à un deuxième Trocadéro", a-t-il déclaré durant le bureau politique. Une référence au meeting de la dernière chance de François Fillon à la fin de la campagne présidentielle, qui a durablement fracturé la droite.

"Ce sera le bunker"

Le souci, c'est que Laurent Wauquiez n'est pas Jean-François Copé. "Ce sera le bunker", soupire un jeune député LR en vue auprès de BFMTV.com. Depuis son accession à la présidence du parti, le patron de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a fait de l'étanchéité absolue sa marque de fabrique. Au grand dam de ses troupes. "Le mec ne m'a quasiment jamais adressé la parole", sourit un député du parti auprès de BFMTV.com.

"Il a verrouillé les instances et notamment le bureau politique", confie de son côté un proche de Valérie Pécresse à BFMTV.

Est-ce que les cadres de LR sont prêts à se coordonner pour prendre une initiative commune destinée à asphyxier le chef? "Qui aura les couilles d'aller le chercher? Quand on voit que le maximum dont est capable Valérie, c'est de dire qu'à sa place elle aurait démissionné...", déplore un ténor du mouvement. Il ajoute: 

"La politique c’est physique. Pour dégager Copé, on l’a regardé dans les yeux en lui disant, 'il faut que tu t’en ailles'. Là, personne n’osera le faire." 

D'après un élu bien informé, la présidente du conseil régional d'Île-de-France "n'aura même pas à demander le départ de Wauquiez: la plupart des membres de son 'shadow cabinet' y œuvrent déjà." À savoir, selon cette source, des personnalités comme Eric Ciotti, Aurélien Pradié et Pierre-Henri Dumont.

"Sauver les meubles"

Le même élu poursuit auprès de BFMTV.com: "Je pense qu'il faut que Valérie prenne le lead, peut-être dans un collectif pour sauver les meubles jusqu'aux municipales et préserver la primaire." Primaire dont Laurent Wauquiez n'a aucune envie, au vu des dégâts causés par celle de 2016. Dans son esprit, le patron de LR doit tout faire pour se positionner en candidat indiscutable de la droite en 2022. 

En attendant, plusieurs cadres ont d'ores et déjà quitté leur poste. Membre du bureau politique, le sénateur Pascal Allizard a démissionné de la présidence de la fédération LR du Calvados. Geoffroy Boulard, secrétaire départemental à Paris, a également quitté le navire. 

Un cadre du parti évoque la possibilité d'une initiative commune de Retailleau et Larcher contre le patron: 

"Soit Wauquiez démissionne et cela règle le problème, soit il décide de rester. Et dans ce cas, il se passera quelque chose. Un type comme Larcher est une caution morale à droite, il ne peut pas accepter que rien ne se passe." 

Faire une nouvelle UMP?

Quels que soient les dénouements à venir au niveau de la chefferie, les Républicains entament une période de profonde remise en question. Interrogé par BFMTV, un ténor du parti tente d'analyser l'échec "considérable" de dimanche:

"En réalité, le score d’hier, c'est celui de François Fillon à la primaire. On a totalement asséché notre socle. Si on continue comme ça, notre destin c’est d’être le Parti socialiste."

D'après un élu, la grave défaite de François-Xavier Bellamy confirme les prédictions de Xavier Bertrand, président de la Région des Hauts-de-France, qui a claqué la porte de LR après l'élection de Laurent Wauquiez:

"Les Républicains, ça ne représente plus rien. Il faut élargir, aller parler à la droite macroniste qui considère que le job n’est pas fait sur la sécurité, sur l’immigration, sur la laïcité." 

Une situation qui rappelle furieusement celle du RPR à la fin des années 1990. À l'époque, le parti fondé par Jacques Chirac est à bout de souffle, battu à plate couture aux européennes et incapable de monter un front uni face à la gauche, qui jouit d'une solide popularité sous l'égide de Lionel Jospin. Ce n'est qu'à l'occasion de la présidentielle de 2002 que le mouvement gaulliste se fond, avec des alliés centristes, dans une grande alliance qui s'appellera l'UMP. Une option qu'ont en tête aujourd'hui, à n'en pas douter, de nombreux dirigeants de LR. 

Jules Pecnard et Benjamin Duhamel