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Pour sauver la droite, certains LR cultivent une nostalgie de l'UMP

Jean-Pierre Raffarin, à l'époque Premier ministre, Alain Juppé et le centriste Philippe Douste-Blazy, le 17 décembre 2002

Jean-Pierre Raffarin, à l'époque Premier ministre, Alain Juppé et le centriste Philippe Douste-Blazy, le 17 décembre 2002 - AFP - Philippe Desmazes

Plusieurs ténors du parti, notamment le président du Sénat Gérard Larcher, estiment que la ligne droitière de Laurent Wauquiez a conduit à la défaite des européennes. Et en déduisent qu'il faut recréer l'union avec le centre.

S'agit-il d'une OPA ou d'une initiative salvatrice? Depuis la défaite historique qu'ont subi les Républicains aux élections européennes, certains ténors du parti nourrissent un rêve. D'abord, acculer Laurent Wauquiez, qu'ils estiment responsable de la déroute de dimanche, à démissionner de la présidence de LR afin de tourner la page. Ce premier objectif va vite s'avérer difficile à atteindre, tant le patron de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a verrouillé son dispositif.

Du reste, des personnalités comme Gérard Larcher et Valérie Pécresse, mais aussi de nombreux élus remontés comme des coucous, veulent tenter de contourner l'obstacle. Et ce en cultivant la nostalgie d'un sigle disparu il y a quatre ans jour pour jour: celui de l'UMP. Un parti qui, pendant plus d'une décennie, a rassemblé plusieurs courants de la droite et du centre, avant d'être sacrifié sur l'autel des affaires judiciaires de l'ère Sarkozy.

Rééditer la stratégie de Chirac et Juppé

Lorsque le président du Sénat annonce, mardi matin sur Franceinfo, une "démarche" censée "reconstruire un projet qui rassemble la droite et le centre", il ne dit pas autre chose. En clair, il faudrait tendre la main aux cousins fâchés de l'UDI (2,5% aux européennes) et aux élus modérés qui ont pris leurs distances avec LR depuis l'accession de Laurent Wauquiez à sa tête.

"Je ne peux pas me résoudre à ce que Les Républicains n'incarnent qu'un segment qui aujourd'hui pèse 8%, (...) le segment conservateur", a-t-il prévenu.

Dans la foulée, le président de l'Association des maires de France et chiraquien historique, François Baroin, a fait savoir qu'il soutenait l'initiative. Idem pour Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR et représentant, pourtant, de ce courant conservateur voué aux gémonies par Gérard Larcher.

Si aucun de ces poids lourds ne cite nommément l'UMP comme base de travail, d'autres le font à leur place. À commencer par l'ancien ministre Dominique Bussereau, cofondateur de l'UMP qui, auprès du Figaro, appelle à la dissolution de LR et de l'UDI pour rééditer ce qu'avaient fait Jacques Chirac et Alain Juppé en 2002. À savoir, fusionner la droite traditionnelle, incarnée à l'époque par le RPR, et le centre, représenté par des alliés comme Démocratie libérale et des parlementaires de l'UDF.

"Si LR en est là, c'est à cause de l'UMP"

Selon l'historien Arnaud Teyssier, spécialiste de la Ve République, cette solution est l'inverse de ce que doit faire la droite pour survivre.

"On tourne en rond... S'ils en sont là, c'est bien à cause de l'UMP, qui avait permis au centre de phagocyter le mouvement gaulliste. Donc refaire cela, c'est retourner dans le trou dont ils sortent à peine", résume-t-il auprès de BFMTV.com. Derrière ce mot connoté de "centre", il y a des personnalités modérées comme Jean-Pierre Raffarin (qui soutient la macronie) ou Édouard Balladur.

Et l'historien, auteur d'une biographie de Philippe Séguin (Perrin, 2017), de poursuivre son analyse de l'entre-deux impossible dans lequel se trouve actuellement le parti de Laurent Wauquiez:

"Aujourd'hui, le Rassemblement national occupe un espace de plus en plus installé. La droite a laissé tous ses fondamentaux gaullistes sur la plage et le RN les lui a piqués: l'importance de l'État comme principale armature de la cohésion nationale, l'unité territoriale, l'identité... Les LR se sont retrouvés nus. De l'autre côté, en ne parlant que de déficits budgétaires, la droite a tenu un discours finalement peu éloigné de celui de La République en marche. Emmanuel Macron a donc récupéré une partie de l'espace occupé jadis par l'UMP." 

Droite et centre irréconciliables?

En 2002, la stratégie de l'union avait permis à la chiraquie d'obtenir une victoire massive aux élections législatives, dans la foulée du duel avec Jean-Marie Le Pen. Mais pas bien davantage, puisque quasiment tous les scrutins qui ont suivi, à l'exception notable de la présidentielle de 2007, remportée triomphalement par Nicolas Sarkozy, ont été perdus par la droite.

"L'UMP a bien fonctionné pendant deux ans parce qu'elle avait un leader charismatique qui a su transcender les clivages entre la droite et le centre", soupire un cadre de LR auprès de BFMTV.com. 

Centriste historique, qui n'a jamais voulu adhérer à l'UMP, le député Charles de Courson nous donne sa version de l'échec de la formule dite du "parti unique": 

"J'ai refusé toutes les sollicitations en leur disant, 'vous voulez une formation qui aille des modérés à la droite dure, très bien, mais une fois que vous avez tout ce beau monde ensemble, vous allez faire comment?' Et ça s'est d'ailleurs vérifié: c'est forcément la stratégie 'à droite toute' qui l'emporte, car elle est portée par des gens beaucoup plus assoiffés de pouvoir."

Plutôt recréer le RPR et l'UDF

Pour se sortir de l'ornière, certains proposent de bricoler une sorte de duopole, capable de concurrencer à la fois le RN et LaREM. Un "système confédéral", dixit le secrétaire général adjoint de LR, Julien Aubert, auprès de BFMTV.com:

"Il nous faut deux partis, munis d'une identité forte, qui portent deux lignes distinctes, l'une à droite, l'autre au centre. Chacun aurait son président, et il y aurait un troisième, élu par les adhérents des deux formations, qui chapeauterait le tout et qui deviendrait le candidat à l'élection présidentielle. Il serait un point d'équilibre, qui ne découlerait pas d'un concours d'apparatchiks." 

Charles de Courson souscrit à cette analyse, estimant qu'il faut "un parti qui tienne l'aile droite et un qui tienne l'aile gauche". Plutôt que refonder l'UMP, recréer le RPR et l'UDF? "Si on essaie de faire la synthèse, on subira le même sort que le Parti socialiste", prévient un cadre LR.

En attendant, Gérard Larcher réunira les hiérarques du parti et sa périphérie mardi prochain, à 17 heures, pour parler "rassemblement". Sont conviés les présidents des groupes parlementaires, Christian Jacob et Bruno Retailleau, d'associations d'élus, François Baroin, Dominique Busserau et Hervé Morin, et de régions. Cette dernière catégorie inclut donc Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez... et un certain Xavier Bertrand, qui a quitté LR pour se consacrer aux Hauts-de-France et qui ne s'est pas encore exprimé depuis dimanche. Certains chez LR le voient comme un "recours". Mais comme l'a révélé Le Figaro, l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy a décidé de snober l'événement.

Il ne faut toutefois pas s'y tromper. Si Gérard Larcher et d'autres sénateurs LR se mobilisent tant, c'est aussi pour préparer le terrain des municipales de 2020, que la droite aborde en mauvaise posture. Comme le veulent nos institutions, ce scrutin aura des conséquences mécaniques sur un autre, prévu la même année: celui des sénatoriales.

Jules Pecnard