BFMTV

Qui sont ces experts de la société civile débauchés par Macron?

Laura Flessel, Nicolas Hulot et Marlène Schiappa

Laura Flessel, Nicolas Hulot et Marlène Schiappa - AFP

Laura Flessel, Nicolas Hulot, Marlène Schiappa ou encore Frédérique Vidal sont devenus ministres ce mercredi. Au total, ils sont onze, soit la moitié du gouvernement, à venir de la société civile, comme l'avait promis Emmanuel Macron.

Le gouvernement d'Emmanuel Macron a été dévoilé ce mercredi: onze hommes et onze femmes. Parmi eux, de nombreuses personnes issues de la société civile. Avant son élection, le candidat d'En Marche! avait annoncé qu'une "partie conséquente" des ministres seraient issus de la société civile "dans toute sa diversité", sans en préciser le nombre. Et faisait du renouvellement de la classe politique une priorité. "Il faut changer les visages. On ne peut pas faire du neuf avec du vieux", assurait-il.

De qui parle-t-on? "Ce sont des gens qui ne sont pas des professionnels de la politique", précise pour Public Sénat Laurent Bouvet, politologue et professeur à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Ces personnalités sont au nombre de onze, soit la moitié du gouvernement. Si elles sont toutes, plus ou moins, novices en politique et n'ont jamais été élues, toutes ces personnalités sont expertes dans leur domaine de ministère. Car chacune d'entre elle, y ayant effectué sa carrière professionnelle, peut se targuer de maîtriser son maroquin.

La personnalité préférée des Français, numéro 2 

L'exemple le plus flagrant est certainement le cas Nicolas Hulot, qui rejoint le gouvernement à la Transition écologique et solidaire, deuxième dans l'ordre protocolaire. L'ancien animateur de télévision, qui préside la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme, est une des figures de proue de l'écologie: il a été nommé envoyé spécial pour la protection de la planète par François Hollande en 2012. C'est d'ailleurs dans ce cadre qu'il a activement préparé la Cop21, organisée à Paris en 2015, qui a débouché sur les accords de Paris.

Il est l'un des seuls à être particulièrement connu et reconnu du grand public -élu personnalité préférée des Français en 2017- et surtout à ne pas être complètement novice en politique. Nicolas Hulot a déjà une petite expérience, tout du moins d'une campagne: il a envisagé en 2007 de se présenter à la présidentielle et a été candidat à la primaire écologiste en 2011 avant d'être battu par Eva Joly. Mais il n'a jamais été élu. Jusqu'à présent, Nicolas Hulot avait refusé toutes les propositions politiques, celles de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, ou encore François Hollande.

Une championne olympique devenue ministre

D'autres entrants issus de la société civile du premier gouvernement du quinquennat d'Emmanuel Macron ont également une belle notoriété. À l'exemple de Laura Flessel, la nouvelle ministre des Sports. L'ancienne escrimeuse est connue du grand public, entre autres, pour avoir remporté deux médailles d'or aux Jeux olympiques et pour avoir gagné à six reprises les championnats du monde. Elle était également porte-drapeau de la délégation française lors des JO-2012 à Londres et est ambassadrice pour la candidature de Paris à l'organisation des JO-2024.

Après la fin de sa carrière sportive, Laura Flessel s'est engagée auprès de nombreuses associations, notamment Handicap international, dont elle est la marraine. Elle a aussi managé des sportifs et été nommée en 2010 au Conseil économique, social et environnemental (CESE). Dans l'entre-deux-tours, elle avait signé, avec d'autres sportifs, une tribune en faveur d'Emmanuel Macron. Seule ombre dans son palmarès sportif fourni, Laura Flessel a été suspendue trois mois par la fédération internationale d'escrime en 2002 à la suite d'un contrôle positif à un produit dopant.

Une blogueuse au gouvernement

De manière plus confidentielle, Marlène Schiappa, la nouvelle secrétaire d'État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, est aussi connue pour être une figure de la lutte pour les droits des femmes. Et en maîtrise le sujet. La jeune femme de 34 ans s'est fait connaître par son blog Maman travaille, dans lequel elle raconte la difficulté de concilier vie privée et vie professionnelle alors qu'elle travaillait dans une agence de communication. Son blog est ensuite devenu un réseau de mères actives. Marlène Schiappa a ensuite été chroniqueuse, organisatrice d'événements en lien avec son réseau et publié une quinzaine de livres sur la question des inégalités et du harcèlement.

La jeune femme comptait déjà une petite expérience en politique en étant adjointe au maire PS de la ville du Mans. Elle a également effectué un bref passage au cabinet de la ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, en 2016 puis a été référente à l'égalité femme-homme dans l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron.

Des spécialistes de leurs domaines

Frédérique Vidal est quant à elle inconnue des Français, à l'exception des Niçois. Nommée ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, cette quinquagénaire a fait toute sa carrière à l'université: cette généticienne de la reproduction est devenue maîtresse de conférences à l'Université de Nice-Sofia-Antipolis, puis professeure des universités en sciences de la vie, directrice de la faculté de sciences avant de prendre la tête de cet établissement en 2012. À cela s'ajoute une expérience d'une décennie à l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur.

Autre inconnue du grand public mais pourtant spécialiste de son domaine: Françoise Nyssen, la nouvelle ministre de la Culture. Co-directrice de la maison d'édition Actes Sud, cette femme de lettres âgée de 66 ans avait affirmé, à la veille de l'élection présidentielle, qu'elle voterait "avec détermination et joie pour Emmanuel Macron".

Il est une autres des figures de la société civile chère à Emmanuel Macron. Jean-Michel Blanquer, 52 ans, a été nommé ministre de l'Éducation nationale. Lui aussi est un universitaire. Ce juriste a occupé de hauts postes de direction dans le domaine de l'enseignement: directeur de l'Institut des hautes études d'Amérique latine, recteur de l'académie de Guyane, puis de celle de Créteil et directeur général de l'Essec. Il a par ailleurs occupé des fonctions plus politiques, en tant que directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien, ministre de l'Éducation nationale en 2006. Et a été nommé directeur général de l'Enseignement scolaire, la direction de l'administration de la rue de Grenelle la plus importante. Dans l'entre-deux-tours de la présidentielle, Jean-Michel Blanquer avait appelé ses étudiants à voter pour Emmanuel Macron afin de faire barrage au Front national.

De même, à la Santé a été nommée Agnès Buzyn, professeure de médecine qui a dirigé l'unité de soins intensifs d'hématologie et de greffe de moelle à l'hôpital Necker. Elle a enseigné à l'Université Pierre-et-Marie-Curie et a présidé l'Institut national du cancer et la Haute Autorité de santé. Autre exemple de la logique d'Emmanuel Macron: Elisabeth Borne, présidente de la RATP, est nommée ministre déléguée aux Transports. Une première promesse tenue pour le nouveau locataire de l'Élysée.

Céline Hussonnois-Alaya