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Limitation à 80 km/h: pourquoi ce revirement de la part d'Édouard Philippe?

Édouard Philippe

Édouard Philippe - Thomas Samson - AFP

À seulement dix jours des européennes, assouplir la limitation à 80 km/h pourrait permettre à LaREM de gagner des voix, tout en faisant peser la responsabilité de la vitesse maximale autorisée sur les conseils départementaux.

Édouard Philippe avait défendu bec et ongles cette mesure extrêmement impopulaire, hautement critiquée par le mouvement des gilets jaunes et régulièrement citée dans les contributions citoyennes du grand débat national. En mars dernier, il avait encore affirmé que le gouvernement ne reviendrait pas dessus.

Le Premier ministre a finalement fait marche arrière sur sa mesure phare, affirmant jeudi au micro de Franceinfo qu'il ne voyait "aucun inconvénient" à laisser les conseils départementaux déroger à la limitation à 80 km/h sur les routes secondaires, entrée en vigueur en juillet 2018, et à fixer eux-mêmes la vitesse maximale autorisée.

"Si les présidents de conseils départementaux souhaitent prendre leurs responsabilités, je n'y vois aucun inconvénient", a déclaré le chef du gouvernement. Mais je souhaite que dans le texte, cette capacité, cette faculté, soit systématiquement assortie de mesures, d’examens, qui permettent de garantir le plus haut niveau de sécurité routière possible.”

Gagner des voix aux européennes?

À seulement dix jours des élections européennes, le revirement d'Édouard Philippe sur cette mesure qu'il avait défendue envers et contre tout interroge. Alors que le Rassemblement national est au coude-à-coude avec LaREM dans la plupart des sondages voire en tête dans certains d'entre eux, lâcher du lest sur la très impopulaire limitation à 80 km/h apparaît comme l'une des dernières cartes à jouer pour le gouvernement pour calmer la grogne populaire et éviter que ces élections ne se transforment en un référendum anti-Macron.

Les 80 km/h, considérés comme efficaces par la plupart des experts de la sécurité routière, sont en effet dénoncés comme le symbole des villes déconnectées de la vie quotidienne des campagnes. Selon les sondages réalisés ces derniers mois, environ huit Français sur dix sont favorables à l'abandon ou du moins à l'assouplissement de la mesure, note l'AFP.

Une enquête Odoxa Dentsu consulting réalisée en janvier 2019 pour Franceinfo et Le Figaro relevait par exemple que 86% des Français souhaitaient que le gouvernement revienne sur cette limitation de vitesse.

La responsabilité des futurs accidents sur les conseils départementaux?

Ce rétropédalage de la part du Premier ministre est également perçu comme une manière de se dédouaner de possibles futurs morts sur les routes secondaires, en transmettant la patate chaude des 80 km/h aux présidents de conseil départementaux, chargés de modifier ou non la vitesse maximale autorisée.

"S'il y a des accidents mortels sur ces tronçons à 90 km/h, c’est vers eux (les conseils départementaux, NDLR) que ces familles vont se tourner", a estimé jeudi sur notre antenne Stéphane Vernay, directeur de la rédaction parisienne de Ouest France.

Reste ainsi à savoir si les présidents de conseils départementaux seront prêts à assumer la responsabilité de déroger aux 80 km/h, quitte à être pointés du doigts en cas d'accidents mortels. 

"Laisser la responsabilité au département, c'est un peu pervers et malhonnête", a déclaré à l'AFP le président PS du conseil départemental du Tarn, Christophe Ramond, dénonçant "une manoeuvre politicienne".

À noter que pour l'instant, seules les routes départementales seront concernées par cet assouplissement de la limitation, et non les routes nationales.

Juliette Mitoyen