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Pourquoi la campagne de Hamon s’enlise

Benoit Hamon.

Benoit Hamon. - GUILLAUME SOUVANT / AFP

Problème d’espace électoral, manque de cohérence politique, fautes stratégiques, la campagne de Benoît Hamon a cumulé les difficultés.

Quand ça ne veut pas… A dix-huit jours du premier tour de la présidentielle, la campagne de Benoît Hamon reste encalminée dans le marasme. Malgré une prestation plus qu’honorable mardi lors du grand débat sur BFMTV-RMC, le candidat du PS ne voit toujours pas le bout du tunnel dans les sondages. Il ne récolte désormais plus que 9% d’intentions de vote (-1 point) dans le dernier sondage Elabe pour BFMTV et L’Express paru ce mercredi soir. Du jamais vu pour un prétendant à l’Elysée issu du Parti socialiste. Mais les raisons de ce faux plat ne datent pas d’hier. Entre erreurs objectives et circonstances malheureuses, retour en quatre point sur le parcours du combattant de Benoît Hamon.

Un vainqueur de la primaire délégitimé

Ce devait être le tremplin pour le rassemblement et la victoire. C’est du moins ce que croyait Benoît Hamon, fort de ses 58% au deuxième tour de la primaire face à Manuel Valls fin janvier. Il n’en a rien été. Au lieu de légitimer l’élu des sympathisants de gauche, la primaire a acté la fracture et la recomposition entre l’aile gauche et l’aile droite de cette famille politique.

"Nous vivons une crise de la social-démocratie, analyse Guillaume Balas, fidèle hamoniste, auprès de BFMTV.com. Le PS a choisi un mode de désignation, la primaire, dont il pensait qu’il soignerait les plaies de cette crise. Or, c’est justement à cette occasion que les contradictions sont apparues". L’erreur de Benoît Hamon est d’avoir parié sur un rassemblement automatique derrière lui, comme pour François Hollande en 2012, en dépit des divergences idéologiques profondes à gauche.

Un candidat pris au piège de Mélenchon

Il faut dire que Benoît Hamon n’a pas forcément donné toutes ses chances à la réconciliation au sein de son camp. C’est en tout cas ce que les tenants de l’aile droite du PS, Manuel Valls au premier chef, lui ont reproché. Sitôt après son investiture comme candidat du PS à la présidentielle, le député des Yvelines s’est tourné vers Jean-Luc Mélenchon pour lui proposer d’unir leurs forces. Refus net et répété du candidat de la France insoumise. Lequel a été bien inspiré de son intransigeance.

Après une prestation en demi-teinte au premier débat présidentiel, diffusé le 20 mars sur TF1, Benoît Hamon voit ses intentions de vote chuter. A l’inverse, celles de Jean-Luc Mélenchon montent en flèche. L’eurodéputé, qui fait tout pour polir son image et séduit les téléspectateurs dans les débats, semble en mesure de réussir son pari de toujours: dépasser le PS. Editorialiste politique de BFMTV, Bruno Jeudy constatait mardi sur notre antenne:

"Jean-Luc Mélenchon est en train faire le plein des voix sur la gauche du paysage politique, il siphonne celles de Benoît Hamon, qui a du mal à revenir dans la course".

L'aimant Macron

Menacé sur sa gauche, Benoît Hamon se retrouve aussi en difficulté sur sa droite. L’aimant Emmanuel Macron a attiré un nombre croissant de cadres du PS au fil des derniers mois de campagne, dont plusieurs poids-lourds, comme Jean-Yves Le Drian et Manuel Valls.

"C’est le signe de l’abaissement de l’éthique en politique, il était impossible de douter de la bonne foi de Manuel Valls", déplore Guillaume Balas, soutien de Benoit Hamon. Voilà que l’ex-frondeur fait face à une fronde dans sa propre formation! Même si, selon le député européen proche de Benoît Hamon, "le parti profond est extrêmement soudé derrière son candidat".

Mais les barons du PS ne sont pas seuls en cause. Les sympathisants socialistes sont aussi tentés de rallier le candidat d’En Marche! pour éviter un second tour Fillon-Le Pen au scrutin présidentiel. Au risque d’alimenter un cercle vicieux pour Benoît Hamon. Depuis la mi-février, la part des électeurs de François Hollande en 2012 prêtes à voter pour Emmanuel Macron est passée de 34% à 41%, selon une étude d’Elabe et de la Fondation Jean-Jaurès.

Face à ce risque d’hémorragie électorale, Benoît Hamon a bien tenté de reprendre à son compte une partie de l’héritage du quinquennat Hollande. Au détriment de sa cohérence politique, puisqu’il avait fondé sa candidature sur la rupture avec le réformisme du locataire de l’Elysée. De quoi déboussoler les électeurs de Jean-Luc Mélenchon comme ceux d’Emmanuel Macron.

Un style de campagne inadapté au contexte

Après un premier débat compliqué, Benoît Hamon a livré une bien meilleure performance mardi lors du grand débat sur BFMTV-RMC, selon l’avis de nombreux observateurs. "Il était plus libre, moins corseté. Il s’est même déchainé contre François Fillon", saluait Anna Cabanna, éditorialiste politique à BFMTV, dans la foulée de l'émission. "Il a oublié son obsession Macron et s’est concentré sur ses adversaires, François Fillon et Marine Le Pen", notait pour sa part Laurent Neumann, autre éditorialiste de notre antenne.

L’émergence d’un nouveau Benoît Hamon? Il est vrai que jusqu’alors, l’ex-porte-parole du PS a quelque peu répugné au conflit, préférant se concentrer sur son projet. Au risque d’être peu audible dans une campagne où la personnalisation pèse lourd dans le de choix des électeurs. D’autant que les affaires autour de François Fillon ont monopolisé l’attention médiatique, rappelle Guillaume Balas:

"La démarche de Benoît Hamon a toujours été une démarche extrêmement pédagogique. Sauf que dans des moments politiques comme ceux-là, ça ne suffit plus. Il est donc apparu que Benoît Hamon devait incarner cette pédagogie à la télévision, y compris en insistant sur ce qui le différencie de ses adversaires".

Reste à vérifier si cette image plus "musclée" aura un impact sur les électeurs. Guillaume Balas s'accroche à cet espoir:

"Il y a une volatilité de l’électorat incroyable. Je suis persuadé que les choses peuvent bouger jusqu’au jour du vote".

Ghislain de Violet